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Louise Penny et Andrée A. Michaud : complices de crimes

Les deux auteures se sont dédicacés leur livre respectif et lisent la dédicace

La rencontre entre Andrée A. Michaud et Louise Penny

Photo : Radio-Canada / Cécile Gladel

Radio-Canada

Elles écrivent des polars, vivent en Estrie, ont 60 ans ou presque et n'ont pas d'enfants. Les écrivaines Louise Penny et Andrée A. Michaud ne s'étaient jamais rencontrées avant qu'on organise ce rendez-vous entre ces deux invitées d'honneur du Salon du livre de Montréal.

Un texte de Cécile Gladel

« Je réalise que nous avons beaucoup de points communs, même si nos livres ne se ressemblent pas, mais nous avons les mêmes motivations, la même approche », lance, surprise, Andrée A. Michaud au milieu de la conversation avec Louise Penny.

Le rendez-vous a été fixé pour la journée d’ouverture de la grande foire du livre. La conversation se déroule en français et en anglais. Les deux femmes passent d’une langue à l’autre lors des échanges. Nous avons traduit les passages en anglais pour la compréhension des lecteurs francophones. Et elles se sont dédicacé leur plus récent livre : Un outrage mortel de Louise Penny et Routes secondaires d'Andrée A. Michaud. Voyez ce qu'elles ont écrit.

L’Estrie au cœur de leurs romans

Première différence entre les deux écrivaines : si Louise Penny n’écrit que des romans policiers avec un personnage récurrent, l’inspecteur Armand Gamache, Andrée A. Michaud n’est pas spécialisée dans le polar et n’utilise pas le même personnage d’un livre à l’autre.

Andrée A. Michaud s’est mise au roman policier parce qu’il y avait toujours une part de mystère dans ses livres et qu’elle apprécie ce type de littérature. « La possibilité que ça nous donne d’explorer la folie humaine me fascine. J’essaye de comprendre pourquoi des humains en arrivent à commettre des meurtres. »

L’écrivaine ajoute que le lieu de ses romans est primordial. « Ce n’est pas aussi important qu’un personnage, mais c’est une enveloppe qui prend une importance capitale dans tous mes livres. Je me fonds dans le paysage, puis les personnages peuvent ensuite prendre vie. »

Son roman Bondrée se déroule à la frontière de l’Estrie, de la Beauce et des États-Unis. Il est né de souvenirs de son père, qui l’avait amenée à cet endroit quand elle avait 10 ans.

Les auteures Andrée A. Michaud et Louise Penny sont toutes les deux invitées d'honneur du Salon du livre de Montréal 2017Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les auteures de polars Andrée A. Michaud (à gauche) et Louise Penny se dédicacent mutuellement leurs livres

Photo : Radio-Canada / Cécile Gladel

L’Estrie est aussi au cœur des romans de Louise Penny. Avant d’y déménager, alors qu’elle habitait à Montréal, l’écrivaine ne parvenait pas à écrire, l’Estrie a permis à l'inspiration de s’épanouir. Maintenant, l’action de ses romans s’y déroule. « Même si personne ne pensait que les lecteurs s’intéresseraient à des romans policiers dont l’action se passe au Canada, encore moins au Québec. Et pourtant, je pense que c’est l’une des raisons de leur succès. »

L’histoire du nom Three Pines

Andrée A. Michaud a demandé à Louise Penny l’origine du nom du village Three Pines dans ses romans, puisqu’il n’existe pas en Estrie. Louise Penny raconte que le nom lui est venu de la rencontre avec une femme lors d’un dîner communautaire. Elle était très en colère qu’on ait coupé les trois pins devant une ferme. Il semblerait que ces trois pins étaient plantés pour indiquer aux Américains qui passaient la frontière qu’ils étaient en sol canadien. « Je ne sais pas si cette histoire est vraie, mais ça m’a inspirée. »

Écrire avec ou sans plan?

Les plans ne font pas partie de la méthode de travail des deux écrivaines, et en général, elles ne connaissent pas la fin de leur livre en le commençant. « Je suis le cours du texte, et si j’arrive dans un cul-de-sac, je recule. Pour Bondrée, quand j’ai décidé qui était le meurtrier, le livre était presque terminé. J’ai dû revenir dans le texte pour corriger de grandes parties afin que l’histoire soit vraisemblable », raconte Andrée A. Michaud.

« J’ai une sorte de plan, mais de moins en moins au fur et à mesure que je prends confiance en moi. Je connais le thème général du livre », ajoute Louise Penny.

Elles font aussi plusieurs versions, cinq ou six, avant d’avoir un manuscrit achevé. « Ma première version est de la merde », n’hésite pas à dire Louise Penny. Andrée A. Michaud est plus modérée. « Ma première version n’est pas très bonne, mais ce n’est pas de la merde. »

« Les personnages changent de sexe, certains disparaissent, d’autres deviennent des chiens. J’explore », raconte Louise Penny.

Les deux auteures se sont rencontrées lors du salon du livre de Montréal. Elles sont attablées et parlentAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Rencontre entre Louise Penny (à gauche) et Andrée A. Michaud

Photo : Radio-Canada / Cécile Gladel

« Moi, je me laisse aller. J’ai une idée. Les phrases s’enchaînent jour après jour », ajoute Andrée A. Michaud, qui ajoute que chaque écrivain à sa méthode de travail, avec ou sans plan.

Louise Penny demande à Andrée A. Michaud si le titre de son livre change souvent, car de son côté, ses idées de titres changent au fur et à mesure que l’écriture avance. « Non, en général, mon premier titre est le titre définitif », souligne Mme Michaud.

Écrire tous les jours?

Louise Penny écrit tous les jours, peu importe où elle se trouve, tôt le matin à partir de 7 h. « Je suis très paresseuse, j’ai donc besoin d'avoir un emploi du temps très structuré et d'être organisée », avoue-t-elle.

Elle écrit 1000 mots tous les matins, pas plus, et ils n’ont pas besoin d’être parfaits. « Je me suis donné le droit de ne pas être parfaite. Ça me donne la permission d’explorer et d’avoir tout faux. Pour mes premiers livres, je pensais que tout devait être parfait la première fois. »

Les auteures Andrée A. Michaud et Louise Penny sont toutes les deux invitées d'honneur du Salon du livre de Montréal 2017Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La dédicace de Louise Penny à Andrée A. Michaud

Photo : Radio-Canada / Cécile Gladel

Andrée A. Michaud n’écrit pas tous les jours et a besoin de période d’écriture sans activités autres pour s’immerger dans l’histoire qu’elle tricote. « Je dois avoir du temps devant moi, au moins deux semaines. Si j’ai juste deux ou trois jours, ça me mélange. Je dois avoir une continuité qui ne doit pas être interrompue. J’écris toujours chez moi dans mon bureau. Je pourrais écrire dans une chambre d’hôtel, mais ça ne m’intéresse pas. Je veux écrire dans un lieu que j’aime avec mon café, mes cigarettes, mon chocolat et mon chat. »

Écrivaine, un véritable travail

Ce travail qu’elles font tous les jours ou presque et ces réécritures ne paraissent pas dans la version définitive du livre, c’est pour cela que de nombreuses personnes pensent qu’il est facile d’écrire un livre. « Si le roman est réussi, le travail ne se voit pas », lance Andrée A. Michaud.

Sans surprise, elles s’entendent pour dire qu’écrire est une profession, un travail, pas un loisir. Et surtout, qu’écrire un livre est le résultat de beaucoup d’efforts. Les versions sont nombreuses. Le premier jet ne peut pas être parfait et demande de nombreuses réécritures et modifications.

Le livre Routes secondaires d'Andrée A. Michaud qu'elle a dédicacé à Louise PennyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La dédicace de l'auteure Andrée A. Michaud à sa consœur Louise Penny

Photo : Radio-Canada / Cécile Gladel

« Combien de personnes me disent : “Quand j’aurai du temps moi aussi je vais écrire.” Et ça me fait penser à une anecdote de Margaret Atwood, qui était dans une réception. Un chirurgien est venu la voir pour lui dire que lorsqu’il aurait du temps, il voudrait écrire un livre. Elle lui a répondu : “Quand j’aurai du temps, je voudrais être chirurgienne.” C’est une réponse parfaite », raconte Andrée A. Michaud.

« Totalement. Et sur le fait de ne pas être parfaite du premier coup, j’ai une autre comparaison. Si on prend une raquette de tennis, peut-on penser aller au tournoi de Flushing Meadow tout de suite? Non. On doit se donner le temps de s’entraîner et d’apprendre », renchérit Louise Penny.

Papier ou ordinateur?

La manière d’écrire la première version de leurs histoires est totalement différente. Andrée A. Michaud écrit à la main ce premier jet. Le papier lui permet d’être en contact direct avec son texte, elle le retranscrit ensuite à l’ordinateur et y travaille les versions subséquentes. « J’aime être penchée sur mon texte, le contenir, c’est physique. » Louise Penny est admirative. « Tu deviens une enveloppe pour ton histoire! », s'exclame-t-elle.

Si Louise Penny a un carnet de notes séparé en sections pour prendre des notes, elle écrit à l’ordinateur.

Les deux auteures parlentAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Discussion entre Andrée A. Michaud (à gauche) et Louise Penny

Photo : Radio-Canada / Cécile Gladel

Les deux écrivaines prennent des notes pour ne pas oublier des phrases, des idées, en particulier le soir avant de se coucher. « Si j’ai une idée et que je ne la note pas avant de m’endormir, c’est certain que je ne m’en souviens plus le lendemain matin », lance Andrée A. Michaud. « Moi aussi, j’ai un carnet de notes à côté de mon lit », ajoute Louise Penny.

Page blanche ou page noire?

Contrairement à de nombreux écrivains, Andrée A. Michaud souffre de ce qu’elle appelle le syndrome de la page noire.

J’ai trop d’idées. Il faut que j’élague. J’aimerais ça, une bonne page blanche

Andrée A. Michaud

Louise Penny, elle, a souffert de la page blanche après son premier roman. Au point qu’elle a consulté une psychologue pour s’en sortir. « Je sentais de la pression pour que le deuxième roman soit meilleur. La thérapeute m’a dit que la mauvaise personne écrivait le livre. […] Elle m’a encouragée à faire des erreurs. Elle m’a donné la permission de ne pas être parfaite. »

Les problèmes qu’elles rencontrent en écrivant peuvent aussi se régler lorsqu’elles prennent du temps pour penser, pour réfléchir et ne rien faire. « Parfois j’arrête de parler, et mon conjoint me demande ce qui se passe. Je lui chuchote : “J’écris” », raconte Andrée A. Michaud.

Parfois, je suis assise à fixer l’horizon, et les gens pensent que je ne fais rien. Mais ce n’est pas vrai, je crée. Le processus de création et ne rien faire sont deux actions qui se ressemblent

Louise Penny

Pour créer, elles s’entendent aussi sur le fait qu’il faut prendre des risques. Andrée A. Michaud avoue en avoir pris avec son roman Routes secondaires et croyait que les critiques l’attendraient avec une brique et un fanal. Ce qui n’a pas été le cas.

« C’est très important de risquer et de se pousser, pour être meilleure », reconnaît Louise Penny.

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