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Plaidoyer en faveur des Rohingyas

Fozia Alvi, Fizza Rafiq et Sameena Kamran

Fozia Alvi, Fizza Rafiq et Sameena Kamran

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Trois docteures de la région de Calgary se sont donné pour mission de sensibiliser les Canadiens à la situation des Rohingyas, cette minorité forcée de fuir les persécutions de la majorité bouddhiste au Myanmar.

Un texte de Vanessa Destiné avec la collaboration de Mario de Ciccio

Misère et injustice. C’est le constat que dressent Fozia Alvi, Sameena Kamran et Fizza Rafiq, trois docteures de Calgary, à la suite de leur séjour dans un camp de réfugiés Rohingyas au Bangladesh.

Lors d’un événement vendredi, les trois femmes sont revenues sur leur voyage, qu’elles décrivent comme une expérience de travail marquante. « Il n’y a pas d’hôpital, pas d’assurance médicale, ni d'eau potable. Les malades sont nombreux et ont besoin d’attention médicale », raconte Fozia Alvi.

« [On parle] de pneumonies, de brûlures, de blessures, de dépression, de syndrome de choc post-traumatique », ajoute Sameena Kamran.

Fozia Alvi, Sameena Kamran et Fizza Rafiq lors de leur séjour dans un camp de réfugiés rohingyas au Bangladesh.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Fozia Alvi, Sameena Kamran et Fizza Rafiq lors de leur séjour dans un camp de réfugiés rohingyas au Bangladesh.

Photo : Courtoisie Fozia Alvi

Les conditions sont si horribles que je n’ai pas de mots pour les décrire […] Je ne peux plus dormir la nuit.

Une citation de : Fozia Alvi

Depuis le début des persécutions à la fin du mois d’août, près de 600 000 civils ont fui le Myanmar pour se réfugier au Bangladesh, où ils vivent dans des conditions particulièrement précaires.

Le pays accueille maintenant environ 800 000 de ces personnes, en comptant les réfugiés des vagues précédentes de violence.

Qui sont les Rohingyas?

Les Rohingyas sont une minorité musulmane d’origine bengalie qui vit depuis au moins deux siècles dans l’ouest du Myanmar. Ils forment la plus importante population apatride du monde. Considérés comme des étrangers par la majorité bouddhiste du pays qui représente 90 % de la population, les Rohingyas sont l’objet de persécutions et de violences depuis des décennies. Les Birmans, qui ont acquis leur indépendance en 1948, leur reprochent notamment d’avoir pris le parti de la Couronne britannique à deux reprises dans leur histoire, contre la majorité bouddhiste du pays.

Face à cette crise, les trois docteures cherchent maintenant à interpeller le gouvernement Trudeau afin qu’il accentue la pression auprès des autorités birmanes.

Avec d’autres acteurs de la communauté musulmane de la métropole albertaine, elles ont lancé une pétition à l’intention du gouvernement et invitent la population à la signer.

Pour l’instant, le Canada a joint sa voix à celles d’autres pays qui ont qualifié la crise des Rohingyas au Myanmar de nettoyage ethnique. Les intervenants présents à l’événement de vendredi croient toutefois qu’il est possible d’en faire plus.

Ils demandent notamment au gouvernement de révoquer le titre de citoyenne honoraire du Canada accordé en 2007 à leader birmane Aung San Suu Kyi. Mme Suu Kyi a été accusée plusieurs fois au cours des derniers mois de fermer les yeux sur les opérations en cours dans son pays.

« Si [nous parvenons] à rejoindre un million de personnes à Calgary, ça pourrait engendrer de gros impacts », avance Riazuddin Ahmed du Conseil musulman de Calgary, qui était présent à l’événement.

« Mon corps n’était que douleur »

L’événement à Calgary survient au lendemain de la publication d’un rapport accablant de l’organisme Human Rights Watch, qui fait état de violences sexuelles systématiques à l’égard des femmes et des filles rohingyas.

Viols collectifs, meurtres, détention arbitraire : tous ces actes seraient en majorité perpétrés par des membres de l’armée birmane, selon les témoignages recueillis par l’organisme.

S'appuyant sur les rapports des différentes organisations humanitaires sur le terrain, Human Rights Watch estime que plusieurs centaines de femmes et de fillettes ont été violées. L’organisme ne peut toutefois pas confirmer le nombre exact de victimes.

Les survivantes ont souvent du mal à obtenir des soins médicaux à la suite de leur viol, puisqu’elles sont souvent contraintes de prendre la fuite à pied vers le Bangladesh ou sont abandonnées dans leur village, sans ressources.

« Mon corps n’était que douleur », a ainsi raconté Zohra Shaju, une jeune femme de 25 ans, en parlant de son trajet dans les montagnes après son viol.

Je saignais. À chaque fois que j’allais aux toilettes, je saignais.

Une citation de : Le témoignage de Hala Sadak, jeune Rohingya de 15 ans, tel que rapporté par Human Rights Watch

« Je voulais juste que ça s’arrête, j’étais si fatiguée…je ne peux même pas commencer à vous expliquer la douleur que j’éprouvais juste à marcher », a pour sa part relaté Hasina Begum.

Le rapport souligne aussi que des exactions ont été commises à l’égard des vieillards et des garçons; certains ont été violés ou battus alors que d’autres ont été assassinés ou laissés pour morts dans des villages incendiés.

Human Rights Watch parle d’une crise humanitaire grave et qualifie les violences des derniers mois à l’égard des Rohingyas de crimes contre l’humanité, selon la définition du droit international.

L’organisme fournit dans son rapport une liste de recommandations à l’intention des différents acteurs de la scène internationale où il invite les pays membres des Nations unies à dénoncer les violences et à imposer des sanctions économiques contre le gouvernement birman.

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