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Recherché : leadership politique sur les changements climatiques

Des enfants défilent à l'ouverture de la COP23 à Bonn, le 6 novembre 2017.

Des enfants défilent à l'ouverture de la COP23 à Bonn, le 6 novembre 2017.

Photo : Reuters / Wolfgang Rattay

Radio-Canada

On a parfois l'impression de jouer dans un film dont la fin catastrophique nous est annoncée jour après jour. Au terme de la Conférence des Nations unies sur le climat à Bonn en Allemagne, peut-on espérer un dénouement plus heureux? Chose certaine, deux ans après la spectaculaire signature de l'Accord de Paris, le leadership politique sur la question climatique s'est effrité.

Une analyse d’Étienne Leblanc, journaliste spécialisé en environnement

S’il y a une chose que l’on est sûr d’entendre lors des conférences sur le climat, ce sont des discours truffés de bonnes intentions. La COP23 de Bonn n'y a pas fait exception.

Pour le président français, Emmanuel Macron, « le seuil de l’irréversible a été franchi » avec le réchauffement « qui ajoute de l’injustice à l’injustice, de la pauvreté à la pauvreté ».

Le président français Emmanuel Macron, le premier ministre fidjien Frank Bainimarama, la chancelière allemande Angela Merkel et un enfant fidjien à la COP23, à Bonn en Allemagne.

Le président français Emmanuel Macron, le premier ministre fidjien Frank Bainimarama, la chancelière allemande Angela Merkel et un enfant fidjien à la COP23, à Bonn en Allemagne.

Photo : Reuters / Wolfgang Rattay

Pour la chancelière allemande, Angela Merkel, les changements climatiques sont un « défi majeur qui détermine notre destin en tant qu’êtres humains ».

Le Secrétaire général des Nations unies n'a pas non plus lésiné sur les formules de circonstance.

Devant une salle bondée, entre autres, de représentants de pays, tels la Chine et les États-Unis, dont l'économie croît grâce au pétrole ou au charbon, le Portugais Antonio Guterres a lancé : « Investir dans les énergies fossiles promet un avenir insoutenable ».

Même le pape François, qui a le verbe facile, en a rajouté. Dans une lettre qu'il a envoyée au président de la COP23, le premier ministre des îles Fidji Frank Bainimarama, il écrit : « Notre engagement est soutenu par le Dieu Très-Haut ».

Alors, si Dieu s'en mêle!

Le pape François

Le pape François.

Photo : Reuters / Tony Gentile

Leadership émietté

Mais une fois que ces belles paroles ont été prononcées, une question fondamentale se pose : qui a la crédibilité nécessaire et une position diplomatique assez puissante pour conduire le train qui nous propulsera dans un monde libéré des gaz à effet de serre?

La Chine? L'Union européenne? L'Inde? Le Canada de Justin Trudeau? Les Nations unies? Les villes?

Au moins, une chose est certaine :ce ne seront pas les États-Unis que Donald Trump a retirés du jeu. C'est pourtant le deuxième plus grand pollueur de la planète et le plus important émetteur de gaz à effet de serre de l'histoire.

Ironiquement, si l'Accord de Paris existe, c'est en bonne partie grâce au leadership américain démontré par l'ancienne administration de Barack Obama.

Aujourd'hui, à peine deux ans plus tard, force est de constater qu'on cherche toujours les leaders qui sont aux commandes.

Justin Trudeau, Bill Gates, Barack Obama, François Hollande et Narendra Modi, à la COP21 à Paris.

Justin Trudeau, Bill Gates, Barack Obama, François Hollande et Narendra Modi, à la COP21 à Paris.

Photo : Reuters / POOL New

Avec des « si » on pourrait mettre l'Accord de Paris en bouteille

Ah! Si Obama était toujours là! Il aurait poursuivi son action, de concert avec la Chine! Le leadership sino-américain qu'on a vu s'opérer dans les mois qui ont précédé la fameuse COP21 à Paris en 2015 tirerait ainsi la planète tout entière vers une action plus vigoureuse en matière climatique.

Ah! Si l'Union européenne était plus unie, elle parlerait d'une seule voix et donnerait l'exemple à suivre en matière d'audace politique.

Ah! Si l'Inde acceptait de renoncer à une partie de sa croissance, elle pourrait ainsi sauter par-dessus l'étape obligée de l'utilisation des énergies fossiles pour assurer son développement!

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau prenant parole à la conférence de Paris sur le climat.

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau à la conférence de Paris sur le climat

Photo : Radio-Canada

Ah! Si Justin Trudeau avait tenu ses promesses en matière climatique, il admettrait que la croissance du secteur des sables bitumineux peut difficilement aller de pair avec un plan crédible de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Avec des « si », tout le monde irait dans la même direction, comme en 2015 à Paris, dans l'intérêt supérieur de la planète.

Force est de constater que ce n'est pas le scénario qui est en train de se dessiner, tous les acteurs faisant face à la cruelle réalité politique.

1 - Les États-Unis

Vingt-trois petits mois auront été suffisants pour effacer du tableau ceux qui ont porté l'Accord de Paris sur leurs épaules : les États-Unis.

Plus trublions que partenaires, les délégués américains sont arrivés à Bonn avec l'intention de faire la promotion des énergies fossiles « propres ».

Dans le discours officiel de son pays, qui vise à convaincre les autres de sa bonne volonté, la représentante américaine a dit que son administration était « engagée » à limiter les émissions de GES, mais de manière à ce que cela ne menace ni la sécurité énergétique ni la compétitivité américaine.

Certes, si on ne peut plus compter sur Washington, on pourra se rabattre sur des États américains, dont plusieurs expriment le désir de prendre le relais pour mener la barque.

Le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, à la COP23.

Le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, à la COP23.

Photo : AFP/Getty Images / PATRIK STOLLARZ

Jerry Brown, le gouverneur de la Californie, a clairement pris le leadership de ce mouvement des gouvernements « infranationaux », comme les États, les provinces ou les villes. Son propre État représente tout de même la sixième économie mondiale, derrière l'Allemagne et le Royaume-Uni.

Mais il avoue lui-même que le pouvoir des acteurs infranationaux est limité. Au mieux, souligne M. Brown, ils peuvent compenser environ « la moitié » de ce que ne fera plus l'administration Trump.

Des militants manifestent sur le Rhin contre la politique d'Angela Merkel sur le charbon, à Bonn, en Allemagne.

Des militants manifestent sur le Rhin contre la politique d'Angela Merkel sur le charbon, à Bonn, en Allemagne.

Photo : Reuters / Leon Kuegeler

2 - L'Union européenne

Leader traditionnel de la lutte contre les changements climatiques, acteur progressiste par excellence, l'Union européenne n'est plus la locomotive qu'elle était. Les divisions qui rongent ses membres et la réalité politique ont affaibli sa voix.

L'Allemagne, le chef de file européen en matière de climat, fait face à ses propres contradictions. Angela Merkel voit sa légitimité contestée sur la question, à cause du poids du charbon dans le pays.

Après la catastrophe de Fukushima en 2011, l'Allemagne s'est engagée à sortir du nucléaire. Conséquence : l'utilisation du charbon a augmenté.

Ailleurs en Europe, c'est à peine plus reluisant.

Au Royaume-Uni, le Brexit a refroidi les ardeurs en matière climatique.

La Pologne de son côté, qui est l'hôte de la prochaine conférence des Nations unies sur le climat en 2018, est en froid avec Bruxelles à cause de son refus de réduire l'utilisation du charbon. Environ 90 % de l'énergie de la Pologne provient des énergies fossiles (dont les deux tiers du charbon).

Le ministre français de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, et le président français, Emmanuel Macron, à la COP23.

Le ministre français de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, et le président français, Emmanuel Macron, à la COP23.

Photo : AFP/Getty Images / PATRIK STOLLARZ

En France, le nouveau ministre de la « transition écologique et solidaire », Nicolas Hulot, fait ce qu'il peut pour ne pas trop piler sur les principes de l'environnementaliste qu'il a été. La semaine dernière, il a dû annoncer le report de la réduction du nucléaire en France, pour éviter que son pays n'ait à se rabattre sur le charbon.

Une bonne nouvelle pour le climat. Mais c'est une annonce qui montre la faiblesse du développement des énergies renouvelables dans l'Hexagone.

La France a tout de même le mérite d'avoir été la première à annoncer la fin des voitures à essence et au diesel sur son territoire d'ici 2040, un exemple de leadership à retenir.

3 - La Chine

Depuis 2015, les Chinois se présentent comme les chantres de la lutte contre les changements climatiques. Main dans la main avec l'ex-président Obama, ils ont joué un rôle clé dans la naissance de l'Accord de Paris.

La Chine a promis un virage vert, devenant rapidement le plus gros producteur d'énergie solaire au monde. Il y a un mois, sur le parterre du congrès du Parti communiste chinois, le président Xi Jinping a déclaré que la Chine « était dans le siège du chauffeur sur la question de la coopération internationale en matière climatique ». C'est très bien!

Mais la Chine peut-elle prétendre conduire le monde vers une planète plus verte alors que son économie repose encore dans une vaste majorité sur le charbon?

De fait, l'énergie solaire représente moins de 2 % de l'assiette énergétique du pays.

Certes, la Chine est dans l'action et elle n'a pas d'autre choix. La mauvaise qualité de l'air dans les villes, causée surtout par les centrales au charbon qui crachent leurs particules fines, provoque la colère de la population.

Pour les Chinois, la lutte contre les changements climatiques est surtout une urgence de santé publique. Le dynamisme de cette puissance mondiale, qui a la force de pouvoir faire vraiment bouger les choses, est le bienvenu!

Mais ce n'est pas demain la veille que la Chine renoncera aux énergies fossiles. Encore une fois ici, les mots et les gestes ne s'accordent pas tout le temps.

Photo : Reuters / Cathal McNaughton

4 - L'Inde

L'Inde, c'est la prochaine Chine. La question : pourra-t-elle éviter le recours massif aux énergies fossiles pour améliorer la qualité de son développement? Pour l'heure, la pollution de l'air dans les villes indiennes atteint des records inégalés, causant la mort prématurée de plus d'un million de personnes par an.

C'est peut-être cet état de fait qui convaincra le sous-continent de passer directement aux énergies renouvelables.

La ministre canadienne de l'Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna.

La ministre canadienne de l'Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna.

Photo : Reuters / Max Rossi

5 - Le Canada

Représenté à Bonn par sa ministre de l'Environnement, Catherine McKenna, le Canada projette toujours une bonne image sur la scène climatique internationale.

Mme McKenna est une élue sincère et ouverte, à l'écoute des acteurs qui sont touchés par les questions énergétiques. Sa grande expérience de la scène internationale est un atout de taille.

À Bonn, elle a exercé un leadership apprécié, notamment en lançant une initiative très bien reçue : la création d'une alliance de 19 pays pour éliminer le charbon comme source d'énergie sur la planète. Un geste louable qui réussira peut-être à réunir encore plus de partenaires à l'avenir.

Car pour l'heure, cette nouvelle coalition ne représente que 3 % de la consommation mondiale de charbon. Y sont absents, entre autres, les États-Unis, la Chine, l'Inde et l'Allemagne.

Sur la scène internationale, Mme McKenna doit répondre de plus en plus souvent aux détracteurs qui reprochent au Canada d'essayer de faire une chose et son contraire.

Comment, en effet, défendre du même souffle le développement de l'industrie des sables bitumineux et une politique efficace de réduction des émissions de GES?

Pour le Canada, c'est la quadrature du cercle. Il est d'ailleurs en voie de rater ses cibles promises en vertu de l'Accord de Paris.

Aussi petit soit-il, le Canada pourrait-il prendre le leadership climatique?

Peut-être que oui, en montrant l'exemple de l'audace politique. Le premier ministre Justin Trudeau pourrait avoir le courage de dire sans détour que l'industrie des sables bitumineux ne pourra se développer autant qu'elle le souhaite dans l'avenir, au profit d'alternatives économiques et énergétiques plus vertes.

C'est un geste qui pourrait inspirer politiciens et entrepreneurs du monde entier.

Mais pour ça, il faudra qu'il soit prêt à en payer le prix politique au pays, ce qui est énorme.

Urgence climatique

Les scientifiques nous rappellent les mauvaises nouvelles sur le front climatique tous les jours, et elles sont connues des représentants politiques.

La question, bien entendu, est de savoir si elles sont prises au sérieux par les décideurs.

« Les scientifiques viennent de Mars et les décideurs de Vénus », rappelait cette semaine à Montréal Gavin Schmidt, le directeur de l'Institut Goddard en sciences spatiales de la NASA.

Son commentaire ne pourrait être plus juste. Ce décalage entre les connaissances scientifiques et la réalité politique est décourageant. Car les effets des changements climatiques se font sentir maintenant, et cela coûte très cher. En vies humaines, mais aussi en argent sonnant.

Bien entendu, chaque citoyen doit faire sa part. À cet égard, les Canadiens n'ont de leçon à donner à personne. Peu de pays dans le monde émettent autant de GES par habitant que le Canada.

Mais pour que les citoyens embarquent dans le jeu, il doivent être inspirés par leurs leaders politiques.

Verrons-nous des dirigeants ou des dirigeantes s'élever au-dessus de la mêlée de la politique locale?

Bien entendu, chacun d'entre nous doit faire sa part.

Mais il en faudra plus pour être à la hauteur des enjeux.

Car entre les mots de Macron, Merkel, Trudeau ou même ceux du pape François, et les gestes concrets, le fossé est immense.

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