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Tirages douteux de Bigfoot Paintball pour attirer des clients

Le reportage de Julie Dufresne
Radio-Canada

Bigfoot Paintball est de nouveau dans la mire de l'Office de la protection du consommateur. Près d'une soixantaine de personnes se sont plaintes des façons de faire de ce centre récréatif situé à Saint-Alphonse-Rodriguez, dans Lanaudière.

Un texte de Julie Dufresne, de La facture

L’entreprise, qui vend des forfaits de paintball, attire chez elle des milliers de consommateurs chaque année, grâce à des kiosques qu’elle installe dans les salons d’exposition et les centres commerciaux à travers le Québec.

Pour convaincre les gens de participer à ses tirages, elle les sollicite en faisant miroiter une expérience de simulation militaire d’une journée, repas et équipement inclus.

Les participants pensent au départ gagner un prix, mais ils finissent par débourser de l’argent.

C’est ce qui est arrivé à Kevin Fournier, de Saint-Jean-sur-Richelieu. Il a été approché au Salon de la moto l’an dernier.

Kevin FournierKevin Fournier Photo : Radio-Canada

Ils sont venus nous voir, et ils nous ont offert des coupons pour participer à un concours. Ce qu'ils m'ont dit sur les lieux, c'était : “Ça ne coûte rien pour participer. Vous avez juste à remplir le coupon”.

Kevin Fournier

Sur papier, le prix est alléchant. Il s’inscrit. Quelques jours plus tard, il reçoit un appel de Bigfoot Paintball : on lui annonce que le tirage a eu lieu et qu’il fait partie des gagnants.

Au téléphone, on lui indique de choisir une date pour lui et sept accompagnateurs. En quelques minutes, on lui lit un contrat qu’il a aussi reçu par courriel, et on lui demande son numéro de carte de crédit.

Bigfoot Paintball exige un dépôt de 30 $ par personne, si bien que la facture grimpe à 240 $. L'entreprise affirme qu’il garantit ainsi sa place. Kevin avance donc les fonds; de l’argent dont il ne reverra jamais la couleur.

Il n’est jamais allé jouer et a demandé un remboursement, en vain. Mais même s’il y était allé, le montant ne lui aurait pas été remis. Il aurait été crédité sur sa facture. Pour son prix, il devait donc payer.

« Dans mon livre à moi, quand on me dit que j'ai gagné quelque chose, je l'ai gagné », déplore-t-il.

Le tirage, outil de marketing

Bigfoot Paintball semble faire beaucoup de gagnants. Parfois, plusieurs membres d’une même famille.

Corine Tellier accompagnait un proche, déclaré gagnant par Bigfoot Paintball. « On s'est tous rendus là : moi, mon frère, mon père, mon cousin, le cousin de mon cousin, mon oncle », raconte-t-elle.

Corine TellierCorine Tellier Photo : Radio-Canada

Sur place, on leur fait à leur tour remplir un coupon. Ils sont donc inscrits au tirage. La suite les stupéfie.

« Tout le monde gagnait, sans exception. Tout le monde avait été appelé! », se souvient Corine. « Tous ceux qui allaient jouer chez Bigfoot recevaient un coupon, le remplissaient et se faisaient appeler. Alors, c'est quoi le terme “gagner"? » se demande-t-elle. D’autant que, sur place, ils ne récupèrent pas, eux non plus, l’argent qu’ils ont versé en dépôt. La somme est déduite de leur facture, qui grimpe rapidement.

Pour Corine, qui a notamment ajouté un équipement de protection pour la poitrine qui n’était pas inclus, le « prix » qu’elle croyait avoir gagné, grâce à son cousin, aura plutôt coûté 70 $.

On se fait avoir un peu. On s'attend de nous qu'on paye. C'est un peu fâchant.

Corine

La facture gagne aussi

La facture a voulu vérifier si tous les participants gagnaient systématiquement. Notre équipe s’est inscrite au tirage, et elle a reçu l’appel gagnant.

Cette façon de faire est plus que douteuse, selon le professeur titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval, Daniel Gardner.

Daniel GardnerDaniel Gardner, professeur titulaire à la Faculté de droit de l’Université Laval Photo : Radio-Canada

Utiliser un prétexte pour solliciter un consommateur, pour l’amener à passer un contrat, c’est illégal. [...] Le prétexte ici, c'est d'avoir utilisé un tirage qui, en fait, n'en est pas un, puisque tous les billets semblent gagnants, pour attirer le consommateur et ainsi pouvoir entrer en contact avec lui.

Daniel Gardner, de l’Université Laval

C’est d’ailleurs une des raisons pour laquelle l’Office de la protection du consommateur (OPC) a déclaré l’entreprise coupable, l’an passé, de pratiques commerciales illégales.

Bigfoot Paintball a dû payer plus de 9000 $ d’amendes pour des infractions commises entre 2011 et 2012.

« Les principales infractions reprochées au commerçant, c'était d’avoir utilisé un prétexte pour solliciter une vente; dans ce cas-ci, un concours », explique Charles Tanguay, responsable des relations avec les médias pour l’OPC. « Donc, vous avez gagné, mais vous devez payer. »

Bigfoot Paintball se défend

Bigfoot Paintball reconnaît avoir procédé à une centaine de tirages au cours des deux dernières années. Ces tirages, concède le président de l’entreprise, François Gagnon, sont au cœur de leur stratégie marketing. Il ajoute que chaque tirage avait son propre fonctionnement, sans en préciser les paramètres.

François Gagnon ne comprend pas pourquoi les gens se plaignent ni pourquoi ils disent que le tirage est un prétexte pour les attirer.

François GagnonFrançois Gagnon, président de Bigfoot Paintball Photo : Radio-Canada

Je crois qu'ils se trompent, puisque le tirage est fait exprès pour que les gens viennent jouer ici. Il ne s'agit pas d'un prétexte; il s'agit du but premier du tirage.

François Gagnon, président de Bigfoot Paintball

Selon lui, ceux qui ont gagné le tirage ont toutes les informations pour comprendre que leur dépôt ne sera pas remboursé.

« C'est clairement indiqué que c'est non remboursable, et on indique que ça va être crédité sur la facture de chaque joueur présent. Et mot à mot, c'est exactement ce qu'on répète au moment du contrat, et c'est ce qu'on fait dans la réalité. La plupart des gens, la grande, [l']énorme majorité des gens, viennent jouer ici, obtiennent le crédit comme convenu », explique François Gagnon.

Vrai tirage ou pas, l’OPC confirme que de nouvelles vérifications sont en cours à la suite des récentes plaintes. En cas de récidive, le montant des amendes pourrait doubler.

Le reportage de Julie Dufresne et Michel Philibert est diffusé le 21 novembre à La facture sur ICI Radio-Canada Télé.

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