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Rencontre de la dernière chance entre Québec et ses ingénieurs

Marc-André Martin

Le président de l'APIGQ, Marc-André Martin

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Le président du syndicat des ingénieurs de l'État, Marc-André Martin, est retourné à la table de négociations écouter une nouvelle proposition des représentants du Conseil du Trésor québécois. Enflammé par la menace de la loi spéciale brandie par le gouvernement au moment même où il laissait tomber la grève et tout moyen de pression, M. Martin fustige la partie patronale pour son mépris de l'expertise des ingénieurs de l'État.

Un texte de Yanick Cyr

Le président de l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec (APIGQ), M. Martin, déplore que ses collègues ne soient responsables que de la surveillance de 6 % des chantiers, selon les chiffres du syndicat.

Le reste (94 % des chantiers) est confié au privé, un problème associé par le rapport de la commission Charbonneau à un facteur de risque menant à la collusion et à la corruption.

Quand ils nous disent qu’il n’y a pas de problème d’expertise, ils nous bourrent ben raide.

Marc-André Martin

M. Martin déplore que le gouvernement ait accordé des augmentations salariales de 16 à 18 % à ses agronomes alors qu’il est incapable d’en faire autant pour les ingénieurs. « À ce que je sache, à la commission Charbonneau on n’avait pas un problème de collusion et de corruption en agriculture, poursuit M. Martin. C’est un problème d’ingénierie. »

« On va venir écouter le Conseil du Trésor », a-t-il confié avant de s’engouffrer dans les bureaux du Conseil du Trésor à quelques heures de l'expiration de l'ultimatum du gouvernement. « Nous avons déposé une offre qui était plutôt finale et négociable à la marge. On s’est déshabillés le plus loin qu’on pouvait le faire, on est allés le plus loin que je pense que je vais être capable de le vendre à mes membres. »

Menace de loi spéciale

Le gouvernement du Québec a brandi la menace d'une loi spéciale sous des prétextes fallacieux, selon les représentants du syndicat des ingénieurs de l'État. Ces derniers avancent qu'ils avaient mis fin à leur grève et à tous leurs moyens de pression – en signe de bonne foi – bien avant que le président du Conseil du Trésor n'annonce le dépôt d'une loi spéciale si aucune entente n'est conclue aujourd'hui.

M. Martin soutient qu’il a annoncé, dès le début de la rencontre avec les représentants du Conseil du Trésor hier, à 14 h, que les ingénieurs mettaient fin à leur grève et à leurs moyens de pression jusqu’au printemps prochain.

Le ministre des Transports André Fortin (à gauche) et le président du Conseil du Trésor Pierre Arcand en conférence de presseAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le ministre des Transports André Fortin (à gauche) et le président du Conseil du Trésor Pierre Arcand

Photo : Radio-Canada

C’est donc en invoquant des scénarios apocalyptiques fictifs que le président du Conseil du Trésor, Pierre Arcand, et le ministre des Transports, André Fortin, se sont présentés à la presse pour brandir la menace d’une loi spéciale, selon l’APIGQ.

« Pendant que les représentants de l’Association étaient en négociation avec les représentants du Conseil du Trésor, les ministres Arcand et Fortin annonçaient à la presse une loi spéciale afin d’éviter des congestions monstres à Québec et Montréal, sachant très bien que nous avions mis fin à notre grève et à nos moyens de pression jusqu’au printemps 2018 », a déclaré M. Martin en conférence de presse ce matin.

Des concessions de l'APIGQ

En plus d’abandonner ses moyens de pression, l’APIGQ – qui réclamait jusque-là un rattrapage salarial de 20 % sur sept ans – est arrivée à la table des négociations avec une nouvelle proposition pour le Conseil du Trésor. « L’APIGQ a déposé des concessions "drastiques" à la table des négociations et avait la profonde conviction qu’une entente était possible », a indiqué M. Martin.

« On s’est déshabillés suffisamment pour faire plus de la moitié du chemin pour [obtenir] une entente », a illustré le président du syndicat. « Mais, ils n’ont pas daigné nous présenter quelque chose de sérieux. »

Fort de la menace d’une loi spéciale, le gouvernement a présenté une nouvelle offre à ses ingénieurs.

Ils ont même ajouté l’insulte à l’injure en nous proposant quelque chose d’inférieur à ce que nous avions sur la table cet été.

Marc-André Martin

La proposition du gouvernement, avant le dépôt de l’offre de la dernière chance, hier, prévoyait des augmentations salariales de 9 % sur sept ans.

« Malheureusement, le gouvernement a été de mauvaise foi, poursuit M. Martin. Les ministres Arcand et Fortin n’ont même pas cherché à savoir comment progressaient les travaux à la table avant de convoquer la Chambre pour une loi spéciale. »

Il est manifeste que le gouvernement Couillard a créé ce scénario de toutes pièces pour en arriver à justifier une loi spéciale qui est maintenant complètement illégitime…

Marc-André Martin

Le président de l'APIGQ n'entend pas retourner à la table de négociations si le gouvernement refuse de lui présenter une offre sérieuse. Il ajoute que l'Association entend « se prévaloir de ses droits constitutionnels, de son droit fondamental de négocier si le gouvernement met sa menace de loi spéciale à exécution ».

Arcand prêt à laisser le temps au temps

Le ton du syndicat tranchait avec celui affiché, plus tôt en matinée, par le président du Conseil du Trésor.

« Les négociations vont se poursuivre, nous avons de nouveau convié les parties ce matin », avançait M. Arcand. « Alors on se laisse le temps qu’il faut pour essayer de trouver un règlement. »

« On va tout faire pour éviter une loi spéciale », alléguait-il en précisant que les parties avaient négocié toute la soirée. « Je pense qu’il faut aussi donner le temps aux gens de réfléchir. Il y a beaucoup de chiffres sur la table et, au moment où on se parle, nous sommes prêts à reprendre les négociations », ajoutait-il.

Le gouvernement Couillard ne cherche-t-il pas à détourner l’attention du public du réel scandale de l’affaire Bibeau?

Marc-André Martin

Le président du syndicat estime qu'il s'agirait de « la seule explication cohérente, puisque toutes les chances de règlement ont été sabordées volontairement hier par le gouvernement ».

Le premier ministre Philippe Couillard estime, quant à lui, que les ingénieurs de l’État québécois n’affichent pas un réel désir de terminer la négociation. « Ça fait trois ans, là; à un moment donné, il faut que ça finisse », a-t-il commenté.

Leur convention collective étant échue depuis 36 mois, les ingénieurs de l’État faisaient la grève des heures supplémentaires depuis la mi-septembre.

Ils refusaient notamment de travailler en dehors des heures de bureau. Les inspections des infrastructures routières auraient ainsi dû être effectuées de jour. Une situation qui aurait provoqué d’importantes congestions routières, mais les ingénieurs de l'État ont finalement renoncé à exercer ce moyen de pression, souhaitant donner une chance à la négociation.

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