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Un médicament testé contre la maladie de Lou Gehrig

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Une personne handicapée

Une personne handicapée

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Est-il possible de freiner la progression de la terrible sclérose latérale amyotrophique, la SLA, cette grave maladie neurodégénérative mortelle, aussi appelée maladie de Lou Gehrig, pour laquelle il n'existe actuellement aucun traitement efficace? Une équipe de chercheurs du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) croit être en mesure de le faire au moyen d'un médicament utilisé depuis une cinquantaine d'années pour traiter la schizophrénie et vendu à très bas prix.

Un texte de Normand Grondin

Son nom : le pimozide. Et pour l’instant, les premiers résultats d’un essai clinique chez l’humain semblent leur donner raison.

« Un des grands problèmes avec la SLA, c’est qu’on connaît maintenant la plupart des gènes impliqués dans la maladie, mais qu’on n'a encore presque rien à offrir aux patients pour les soulager », constate Pierre Drapeau, chercheur en neurosciences au centre de recherche du CHUM.

Pierre Drapeau et son collègue Alex Parker, également chercheur en neurosciences au CHUM, ont donc entrepris en 2012 d’approcher cette difficulté d’un angle différent.

Ils ont d’abord modifié génétiquement deux espèces utilisées couramment en laboratoire pour qu’ils présentent la forme humaine de la SLA : le poisson-zèbre et le minuscule ver C. elegans.

« Comme ce sont des animaux avec un système nerveux relativement simple, on peut faire beaucoup de manipulations en laboratoire en peu de temps et de façon très économique », souligne Alex Parker.

Et des manipulations, ils vont en faire beaucoup. Pendant cinq ans, ils testent sur leurs cobayes l’efficacité de plus de 3800 médicaments connus et approuvés!

« On a testé des médicaments déjà connus, explique Pierre Drapeau, avec l'idée que si l'on trouvait une molécule avec un effet sur la SLA, ce serait ensuite beaucoup plus facile de l'utiliser chez des patients. »

Finalement, ils découvrent le meilleur candidat : le pimozide, un antipsychotique.

Potentiel du pimozide

Exposés au pimozide, les cobayes dont les muscles sont paralysés par la version humaine de la SLA se remettent à se déplacer plus normalement. « Le produit fonctionne particulièrement bien pour prévenir la paralysie chez le poisson », précise Pierre Drapeau. Chez le ver C. elegans, même résultat : le produit rétablit le pont entre le cerveau, le système nerveux et les muscles. On teste ensuite le produit chez la souris avec succès.

Puis, en 2015, c’est le premier essai clinique chez l’humain avec un petit groupe de 25 personnes. Un essai d’à peine six semaines, mais qui démontre que le pimozide a du potentiel. Ce qui ouvre la porte à un deuxième essai clinique, plus important, qui commence cet automne avec une centaine de volontaires dans neuf centres hospitaliers canadiens.

Daniel Rompré, qui est atteint de la SLA depuis 18 mois, espère pouvoir faire partie de ce groupe. « On m’a dit que c’est un produit qui ne guérirait pas la maladie, mais qui, possiblement, en freinerait ou en arrêterait la progression. »

Pour cet homme qui, jusqu’à tout récemment, avait une vie remplie et très active, un espoir de guérison, même le plus mince, vaut la peine d’être saisi.

Dans les circonstances comme ça, quand on connaît le dénouement, on est prêt à essayer n'importe quoi.

Daniel Rompré, atteint par la sclérose latérale amyotrophique

Effets secondaires

Alex Parker qui, comme son collègue, est professeur à l’Université de Montréal en neurosciences rappelle cependant que le pimozide est un médicament puissant, avec des effets secondaires parfois très sérieux, et que seul un essai clinique pourra permettre d’évaluer si le poids des avantages du médicament pèse plus lourd que celui des désavantages.

« Nous sommes en train de tester plusieurs milliers de dérivés de la même molécule (le pimozide) pour en trouver une qui aurait potentiellement le même effet positif, mais sans les effets négatifs. »

Finalement, le pimozide présente un autre avantage de taille : son coût extrêmement bas : 10 cents la pilule, 100 $ pour un traitement annuel.

Quand on le compare avec l’edaravone, un des seuls autres traitements disponibles dans le monde (mais pas au Canada), dont l’efficacité est réduite et qui coûte plus de 15 000 $ par année, c'est un argument qui a du poids.

La sclérose latérale amyotrophique

Aussi appelée maladie de Lou Gehrig, la SLA frappe 2 personnes sur 100 000 par année – de 2500 à 3000 Canadiens vivent présentement avec la maladie. Les gens de 40 à 75 ans sont les plus touchés et leur espérance moyenne de vie est de cinq ans. La maladie évolue généralement rapidement, en détruisant progressivement les neurones moteurs qui transmettent les messages du cerveau vers les muscles. Seul un faible pourcentage des cas (5 %) est d’origine héréditaire, les autres apparaissent sporadiquement, sans qu’on puisse en déterminer la cause.

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