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Climat : « Les scientifiques viennent de Mars et les décideurs de Vénus »

Gavin Schmidt, directeur du Goddard Institute of Space Studies de la Nasa.
Gavin Schmidt, directeur du Goddard Institute of Space Studies de la Nasa. Photo: Radio-Canada / Etienne Leblanc
Radio-Canada

Sera-t-il bientôt trop tard pour éviter les pires effets des changements climatiques? Gavin Schmidt, le directeur de l'Institut Goddard en sciences spatiales de la NASA, un des laboratoires de recherche en sciences climatiques les plus réputés du monde, pense que non. Mais selon lui, les politiciens sont décalés par rapport à la réalité décrite par les scientifiques. Nous l'avons rencontré alors qu'il était de passage à Montréal mercredi.

Un texte d'Étienne Leblanc

Cette semaine, 15 000 scientifiques ont lancé un cri d'alarme en disant qu'il sera bientôt trop tard pour éviter des conséquences très graves. Est-ce qu'il est trop tard?

Non! Il n'est jamais trop tard. Quand il y a de la vie, il y a de l'espoir. On est dans une période de changement climatique, et ça va continuer à changer. On ne peut pas mettre fin tout de suite au réchauffement de la planète. Mais il y a plein de décisions qu'on peut prendre maintenant qui vont changer la trajectoire du réchauffement.

Mais la décision qu'on prend aujourd'hui va soit améliorer la situation future, soit la rendre pire.

Il n'est jamais trop tard. Peut-être qu'il est trop tard pour éviter tout réchauffement climatique. Ça, c'est parti.

Mais il y a des choix qu'on peut faire maintenant qui vont faire la différence entre une planète aussi chaude qu'il y a trois millions d'années, ou une planète un peu plus chaude, avec des niveaux de la mer un peu plus élevés, mais qui rend la vie possible.

La communauté scientifique nous dit qu'il faut éviter à tout prix que la planète se réchauffe de plus de 2 degrés Celsius, sinon les effets des changements climatiques risquent de s'emballer. Est-ce qu'il est trop tard pour ce seuil de 2 degrés?

Gavin Schmidt, directeur du Goddard Institute of Space Studies de la Nasa lors de sa conférence à Montréal.Gavin Schmidt, directeur du Goddard Institute of Space Studies de la Nasa, lors de sa conférence à Montréal. Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

(Longue hésitation). Le rôle de ce seuil de 2 degrés, c'est comme une limite de vitesse sur l'autoroute. Ça ne veut pas dire que si je dépasse cette limite, quelque chose de terrible va m'arriver, mais si je la dépasse, ça devient plus dangereux.

2 degrés, c'est un seuil. Si on le dépasse, on va avoir des problèmes. Et plus on le dépasse, plus les problèmes vont se multiplier.

Ce n'est pas que tout est bien si on est à 1,9 et que c'est la catastrophe si on est à 2,1. C'est un avertissement qu'on arrive au point où des choses majeures peuvent arriver. De l'éviter, ce serait bien, de le dépasser au minimum, ça serait peut-être possible.

La conférence des Nations unies sur le climat est sur le point de se conclure à Bonn. Est-ce que vous avez l'impression que les responsables politiques comprennent bien ce que disent les scientifiques sur la question des changements climatiques?

Le point de vue des scientifiques et celui des décideurs sont très loin l'un de l'autre. On peut dire en fait que les scientifiques viennent de Mars et que les décideurs viennent de Vénus.

Nous les scientifiques, on est très pointus, on va dans les détails pour chaque chose. Les décideurs, eux, doivent penser à tout, prendre tout en compte. Le climat, mais aussi la qualité de l'air, la gestion, l'économie, etc. Le processus de l'Accord de Paris vise à faire ça. À échanger les idées et voir ce qui marche.

Est-ce que les décideurs sont en retard sur la réalité scientifique?

Quelques-uns, certainement! (Rires). Mais tous les pays ont signé l'Accord de Paris, et c'est le seul accord qui existe. Ça veut dire qu'il est reconnu par tout le monde comme le meilleur choix, et c'est très bien comme ça!

Les catastrophes naturelles ont frappé de plein fouet les États-Unis cette année. Est-ce que vous pensez que les Américains sont plus conscients aujourd’hui des effets que les changements climatiques peuvent avoir?

Je ne peux pas généraliser pour tous les Américains. Ils ont des points de vue divers.

Mais cela dit, même aux États-Unis, on reconnaît de plus en plus que les émissions de gaz à effet de serre et la déforestation ont un effet sur le climat. On voit les effets sur les épisodes extrêmes d’inondations, de canicule, sur le niveau de la mer qui monte. Les gens constatent cela.

Quel message aimeriez-vous entendre de la bouche des politiciens qui reviennent de la conférence des Nations unies à Bonn?

Qu’on a le pouvoir d’agir. Qu’ils soient conscients qu’il y a des liens entre les décisions qu’on prend quotidiennement et les impacts climatiques.

Je m’attends à ce qu’ils reconnaissent que les décisions prises ici ont des conséquences là-bas.

De plus en plus, on voit cela. On le voit au Canada, on le voit aux États-Unis, on le voit dans les grandes villes comme New York, Paris ou Rio. On le voit en Europe, et on va le voir partout en même temps.

Vous ne dites pas : « On ne le voit pas à Washington ».

Washington, c’est spécial…

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