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Devoir s'exiler à l'adolescence pour progresser dans son sport

Un ballon de water-polo en gros plan, sur le bord de la piscine

L'équipe de water-polo de Myriam Lizotte s'entraîne au Complexe sportif Claude-Robillard, à Montréal.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les jeunes sportifs de talent sont souvent confrontés à un choix important tôt à l'adolescence : rester dans leur famille ou la quitter pour progresser dans leur discipline. Prendre la décision de quitter son milieu familial à 13, 14 ou 15 ans peut être difficile et les résultats varient parfois en fonction de l'encadrement qu'on reçoit.

Un texte de Kim Vallière

Myriam Lizotte a compris rapidement qu'elle devait déménager si elle espérait jouer avec les meilleures équipes de water-polo.

À 14 ans, elle jouait avec les garçons à Gatineau puisqu'aucune équipe féminine n'existait dans sa catégorie.

La décision de partir s'est imposée d'elle-même. Au début de l'adolescence, la jeune fille a plié bagage et a déménagé chez ses grands-parents paternels à Montréal.

« C'est sûr qu'au début, tu es jeune et tu pars quand même de ta famille, donc c'est dur. Mais je les voyais quand même chaque fin de semaine », raconte la native de l'Outaouais. « Ça s'est bien fait, j'étais dans un milieu familial aussi, ce n'était pas juste partir toute seule à 14 ans. »

Elle n'a jamais regretté d'avoir choisi de vivre à deux heures de route de ses parents pour terminer son secondaire et ensuite poursuivre ses études collégiales.

« Ça m'a fait grandir. Je suis plus disciplinée et vraiment organisée dans toutes mes affaires. »

— Une citation de  Myriam Lizotte, joueuse de water-polo

Maintenant âgée de 18 ans, Myriam rêve de représenter un jour le Canada sur la scène internationale.

Elle a revêtu l'unifolié pour la première fois cet été au Championnat du monde junior de water-polo, en Grèce.

Myriam est interviewée dans l'escalier extérieur de la maison de ses grands-parents.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Myriam Lizotte, joueuse de water-polo de Gatineau

Photo : Radio-Canada

« Je retiens que j'ai encore du travail à faire. Je suis peut-être bonne au Canada, mais dans le monde, je ne suis pas au même niveau que tout le monde », mentionne celle qui se décrit comme une joueuse intense.

Les entraîneurs du programme national de water-polo la connaissent bien, puisqu'elle participe aux séances d'entraînement de l'équipe canadienne senior tous les matins.

C'est un avantage qu'elle n'aurait pas si elle habitait encore à Gatineau.

L'étudiante en langues poursuivra l'automne prochain ses études à l'Université Marist, dans l'État de New York. Elle sera un peu plus loin de sa famille, mais elle accueille cette étape à bras ouverts.

Partir pour mieux revenir

Les universités américaines font également de l'oeil à Sébastien Collard.

Le joueur de tennis de 16 ans considère emprunter cette voie l'an prochain. Si cela se concrétise, ce serait pour lui un deuxième départ de la maison.

Le Gatinois a en effet tenté l'aventure montréalaise à l'âge de 15 ans. Tennis Canada lui avait offert la possibilité de s'entraîner dans un programme du Centre national à Montréal.

Lui et sa famille n'ont eu qu'une petite semaine pour prendre leur décision.

« Je ne m'attendais vraiment pas à ça. Ç'a été un choc et j'ai attendu jusqu'à la dernière seconde pour prendre ma décision, parce que c'était vraiment une décision importante et que je n'étais pas sûr », se souvient-il.

L'adolescent a dû poser ses valises chez une famille d'accueil, puisqu'aucun membre de la famille n'habite la métropole québécoise.

La mère d'un joueur du Centre national l'a donc pris sous son aile et les parents de Sébastien le ramenaient à Gatineau toutes les fins de semaine.

« On change de famille, on change d'école, on change de centre d'entraînement, on change d'entraîneur. Il n'y a pas grand-chose de plus qu'on peut changer. »

— Une citation de  Johanne Demers, mère de Sébastien Collard

« Tu as l'impression que c'est temporaire, tu ne sens pas vraiment que c'est permanent. Donc, au début, c'est le fun, ça fait changement un peu », explique Sébastien, confortablement assis dans son salon de la résidence familiale. « Mais plus ça avançait, plus je que je commençais à m'ennuyer de certains éléments, comme être chez moi. »

Sébastien fait ses devoirs sur la table de cuisine, alors que sa mère prépare le repas.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sébastien Collard, jeune joueur de tennis de Gatineau

Photo : Radio-Canada

Une fois l'attrait de la nouveauté envolé, Sébastien s'est retrouvé dans une situation difficile.

Le programme auquel il participait ne comprenait pas un encadrement scolaire et ses parents n'arrivaient pas à exercer à distance le contrôle voulu sur ses études. Ses notes en ont souffert.

Les résultats sur les courts de tennis n'étaient pas non plus au rendez-vous, malgré le fait que Sébastien jouait aux côtés de certains des meilleurs joueurs de son âge au Canada.

« Je trouvais moins de motivation, je n'avais pas vraiment hâte d'aller m'entraîner. Comparativement à maintenant, si je ne joue pas pendant quelques jours, je vais être quasiment en manque. »

— Une citation de  Sébastien Collard, joueur de tennis

Six mois après avoir déménagé à Montréal, Sébastien s'est retrouvé devant un choix. Ses parents, voyant qu'il ne semblait plus vouloir retourner dans la métropole, lui ont offert de rester à Gatineau. Et c'est ce qu'il a fait.

« Sébastien est revenu, mais ce n'est pas un échec. Il l'a essayé, ça n'a pas fonctionné. S'il n'y était pas allé, probablement qu'il se poserait encore la question », explique sa mère, Johanne Demers.

« Je ne sais pas si je le referais, mais je ne le regrette pas. Ç'a m'a amené une vision différente d'être chez moi. Des fois, tu penses que c'est normal et que ce n'est pas si le fun que ça, mais tu te rends compte quand tu pars que finalement, tu aimerais mieux être là », résume Sébastien.

Sa petite soeur, Mélodie, représente aussi un bel espoir du tennis québécois. Les dirigeants de Tennis Canada ont approché ses parents pour évaluer l'intérêt qu'elle avait à s'entraîner à Montréal.

Pas question cependant pour Johanne Demers d'y envoyer sa cadette pour le moment. « On pense que quand tu as un bel environnement pour ton développement, avec un bon entraîneur… Quand tu as ces conditions-là, tu es mieux de rester dans ta famille », soutient-elle.

Penser au hockey chaque heure de chaque jour

À cinquante kilomètres à l'est de Gatineau, 78 garçons vivent, s'entraînent et s'éduquent sur le petit campus de l'Académie canadienne et internationale de hockey (CIH), située à Rockland.

Le tiers des participants provient de l'étranger, le reste, de l'Amérique du Nord. Les hockeyeurs de 13 à 18 ans ont quitté leur famille pour perfectionner leur jeu dans l'Est ontarien.

« Le hockey est tellement meilleur ici comparativement à chez moi. Je sens que je peux me rendre quelque part en venant ici », explique Bailey Harewood, un attaquant originaire de Barry, au pays de Galles.

L'adolescent de 14 ans a pu compter sur l'appui de sa communauté pour payer les coûts de près de 50 000 $ pour passer une année scolaire à l'Académie CIH.

Les jeunes joueurs écoutent sur la glace les directives de leur entraîneur.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un entraînement à l'Académie canadienne et internationale de hockey (CIH) à Rockland

Photo : Radio-Canada

« Ils sont à leur Disney World. Ils sont dans un pensionnat où ils vivent pratiquement à l'aréna », explique le coordonnateur des services aux élèves de l'établissement, Tom Lynn.

Disney World peut-être, mais ce n'est pas un camp de vacances pour autant.

Les jeunes vivent dans des dortoirs et doivent suivre un horaire bien établi : lever à 7 h 30, déjeuner, cours et entraînement, séance en gymnase et période d'étude.

Ce n'est que 12 heures plus tard, à 19 h 30, qu'ils profitent de temps libre jusqu'au couvre-feu.

« L'Académie CIH est un sacrifice pour les garçons. Ce n'est pas un environnement normal, ils ne sont pas à la maison avec leurs amis. Le bénéfice au final est les occasions se présentent à eux par la suite. »

— Une citation de  Tom Lynn, coordonnateur des services aux élèves

« Ça m'a pris une semaine environ pour m'habituer », souligne de son côté Titus Odermatt, un attaquant de 13 ans originaire de Sapporo, au Japon. « Le plus difficile était de vivre avec un colocataire. Je ne suis pas habitué de parler tant que ça. Ça m'a fait sortir de ma coquille. »

Les étudiants de l'Académie CIH sont nourris à la cafétéria, mais ils sont responsables de leur propre lavage ainsi que du ménage de leur chambre et de leur salle de bain. Des tâches que la plupart d'entre eux n'avaient jamais eu à accomplir au domicile familial.

« Nous sommes tous quand même bons là-dedans. Nos chambres sont bordéliques par moment, mais les responsables s'assurent qu'on les range », explique Dominic Wood, un Américain de 14 ans.

Les sacrifices valent le coup pour ces passionnés de hockey, originaires de pays où ce sport n'est pas dominant.

Ils s'ennuient toutefois de la maison et doivent souvent apprendre à grandir plus vite que les autres jeunes de leur âge. Mais leurs progrès sur la glace sont notables, puisqu'ils sont sur la glace cinq jours par semaine.

Des conseils pour planifier et tirer le maximum de l'expérience

Pour s'assurer que ces jeunes vivent des expériences positives lorsqu'ils quittent la maison à l'adolescence, les parents peuvent les aider à se préparer.

« Mon premier conseil serait de valider avec l'athlète : "Est-ce que c'est ça que tu veux?" Il faut qu'il ait une raison plus forte que tout le stress et les inquiétudes », recommande le spécialiste en psychologie sportive, Jonathan Lelièvre.

Il croit que le jeune athlète a intérêt à établir rapidement des routines dans son nouvel environnement, question de se donner des repères.

Par exemple, les parents peuvent contribuer en établissant dès le départ la fréquence de leurs contacts téléphoniques.

L'objectif principal demeure de ne pas laisser l'environnement perturber les performances sportives.

« Il faut être capable de faire une coupure. L'athlète qui se présente à l'entraînement, il faut qu'il soit capable de laisser derrière lui les tracas du quotidien et se concentrer vraiment sur son sport », conclut M. Lelièvre.

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