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Crimes sexuels dans l'Église : pourquoi autant de victimes au Nouveau-Brunswick?

À titre comparatif, au Québec, au moins 600 personnes ont été victimes d'agressions sexuelles de la part de membres de l'Église, selon le Comité des victimes de prêtres. Toutes proportions gardées, les 200 victimes reconnues par l'Église en Acadie représentent trois fois et demie plus de cas.

À titre comparatif, au Québec, au moins 600 personnes ont été victimes d'agression sexuelle de la part de membres de l'Église, selon le Comité des victimes de prêtres. Toutes proportions gardées, les 200 victimes reconnues par l'Église en Acadie représentent trois fois et demie plus de cas.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Les poursuites de victimes de prêtres catholiques au Nouveau-Brunswick ne cessent d'augmenter. Chaque mois, de nouvelles poursuites au civil sont déposées devant les tribunaux par des personnes qui décident de dénoncer leur agresseur. Mais pourquoi l'Acadie néo-brunswickoise a-t-elle connu autant de crimes sexuels au sein de son Église?

Un texte de Pierre-Alexandre Bolduc

Le porte-parole du Comité des victimes de prêtres du Québec, Carlo Tarini, a des mots forts pour décrire la situation néo-brunswickoise. Les 56 poursuites devant les tribunaux au civil visant au moins 11 prêtres néo-brunswickois « l'abasourdissent ».

Par habitant, c'est un nombre incroyablement élevé de victimes en Acadie.

Carlo Tarini, porte-parole du Comité des victimes de prêtres

Toutes proportions gardées, les 200 victimes reconnues par l'Église en Acadie représentent trois fois et demie plus de cas qu'au Québec. Selon le Comité des victimes de prêtres, au moins 600 personnes ont été victimes d'agression sexuelle de la part de membres de l'Église au Québec.

Les procédures civiles en cours au Nouveau-Brunswick témoignent du fait qu'il y a des gens qui se décident enfin à dénoncer leur agresseur, bien des années après les crimes allégués, selon Carlo Tarini.

Le porte-parole du Comité des victimes de prêtres, Carlo Tarini, croit que l'omniprésence de l'Église dans les institutions à une certaine époque explique en partie pourquoi il y a eu autant de scandales sexuels. Il croit que par habitant, le nombre de victimes en Acadie est « <img data-nonbreaking="" src="data:image/gif;base64,R0lGODlhAQABAIAAAAAAAP///yH5BAEAAAAALAAAAAABAAEAAAIBRAA7" class="nonbreaking">incroyablement élevé<img data-nonbreaking="" src="data:image/gif;base64,R0lGODlhAQABAIAAAAAAAP///yH5BAEAAAAALAAAAAABAAEAAAIBRAA7" class="nonbreaking"> ».Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le porte-parole du Comité des victimes de prêtres, Carlo Tarini, croit que l'omniprésence de l'Église dans les institutions à l'époque explique en partie la raison pour laquelle autant de cas de scandale sexuels ont eu lieu. Il croit que par habitant, le nombre de victimes en Acadie est « incroyablement élevé ».

Photo : Radio-Canada

« La raison qu'il y a autant de victimes en Acadie et au Nouveau-Brunswick francophone, c'est qu'on parle d'un endroit où le catholicisme, l'Église catholique, était très puissant, explique Carlo Tarini. Ils avaient le pouvoir d'enterrer les dénonciations des victimes, le pouvoir de transférer des prêtres pédophiles d'un endroit à l'autre. Ils avaient aussi le pouvoir [d'étouffer] les demandes de victimes en se défendant avec les meilleurs cabinets d'avocats. »

Carlo Tarini ajoute que l'Église était omniprésente dans les institutions et ne s'est jamais véritablement attaquée au problème des nombreux crimes sexuels commis par des prêtres.

La culture du silence

L'ancien curé Fernand Arsenault est attristé de voir les allégations et les accusations contre des prêtres acadiens au Nouveau-Brunswick. Après avoir été curé pendant une vingtaine d'années, il a décidé de quitter la prêtrise pour se marier et fonder une famille.

Il croit qu'à une certaine époque, l'idée que l'Église était « sacrée » et « sainte » faisait en sorte que les gens ne pouvaient pas dénoncer l'autorité des prêtres.

Fernand Arsenault a été curé pendant une vingtaine d'années avant de quitter la prêtrise. Les scandales sexuels de l'Église « lui font mal » et l'attristent parce qu'il connaissait la plupart des gens impliqués. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Fernand Arsenault a été curé pendant une vingtaine d'années avant de quitter la prêtrise. Les scandales sexuels de l'Église « lui font mal » et l'attristent parce qu'il connaissait la plupart des gens impliqués.

Photo : Radio-Canada

« Ce que les jeunes enfants ont vécu, c'est tout à fait atroce, lance Fernand Arsenault. Ils ont été abusés. Très souvent, ils ne pouvaient même pas se confier à leurs parents. Ce n'était pas dans la mentalité, ces choses-là. Un prêtre ne pouvait pas faire d'erreur. C'est sûr qu'on peut leur donner un dédommagement financier, mais ce n'est pas surtout [de] ça qu'ils ont besoin. Ils ont besoin de retrouver leur dignité qui a été bafouée. »

L'archevêque de Moncton défend son Église

L'archevêque de Moncton, Valéry Vienneau, reconnaît que la confiance des paroissiens peut être ébranlée par tous les scandales concernant des prêtres acadiens. Il maintient toutefois que les hautes instances de l'Église ne savaient pas tout.

C'est très difficile de dire qu'on n'a peut-être pas protégé les enfants, parce que pour beaucoup de cas, on n'était pas au courant du tout.

Valéry Vienneau, archevêque de Moncton

« On n'agissait pas parce qu'on ne savait pas. Aujourd'hui, on a des protocoles puis on a des politiques, explique Mgr Vienneau. Si quelque chose arrive, je sais exactement ce que je dois faire. Je sais que je dois aller à la police si c'est un enfant. Tout le protocole est très clair. »

L'archevêque de Moncton, Valéry Vienneau, est plongé dans les scandales sexuels de l'Église depuis une dizaine d'années. Il soutient que l'Église aurait dû en faire plus pour protéger les enfants, mais qu'en même temps, elle n'était pas au courant de tout.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'archevêque Valery Vienneau visitera les églises concernées pour les avertir de la nouvelle.

Photo : Radio-Canada

Selon Valéry Vienneau, étant donné qu'à l'époque où la plupart des crimes ont été commis, les mœurs étaient différentes et que personne ne parlait d'agressions sexuelles, il n'y avait aucun protocole en place.

« On est dans une autre époque, dit-il. Puis ce qui est difficile, c'est qu'on juge cette époque avec les yeux d'aujourd'hui. Mais on reste responsable. Je n'essaye pas d'enlever le blâme du côté de l'Église! »

Nouveau-Brunswick

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