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L'armée prend le pouvoir au Zimbabwe

Un blindé de l'armée zimbabwéenne a pris position dans une rue de Harare, capitale du pays.

Photo : Getty Images / AFP/Getty Images

Radio-Canada

L'armée a pris le pouvoir au Zimbabwe dans la nuit de mardi à mercredi, affirmant viser les « criminels » dans l'entourage de Robert Mugabe qui déstabiliseraient le pays. Le président Mugabe a quant à lui été confiné dans sa résidence, selon le président sud-africain avec qui il a eu un échange.

Des soldats et des véhicules blindés bloquent les voies d'accès aux principaux ministères, au parlement et aux tribunaux dans le centre d'Harare, la capitale du pays. Les dépôts d'armes ainsi que les armureries de la police ont aussi été pris par l'armée.

Des explosions ont été entendues dans Harare et des coups de feu ont été tirés près la résidence du président Robert Mugabe au cours de la nuit. La situation était cependant calme mercredi matin près de la résidence présidentielle.

L'armée zimbabwéenne affirme qu'il ne s'agit pas d'un coup de force ni d'une prise de contrôle du pouvoir civil par les militaires, mais d'une opération ciblée contre certains éléments du pouvoir.

« Nous visons uniquement des criminels de son entourage [Robert Mugabe], qui commettent des crimes à l'origine de souffrances économiques et sociales dans le pays, dans le but de les traduire en justice », a assuré le général SB Moyo, chef d'état-major logistique, lors d'une allocution télévisée.

Le général SB Moyo, chef d'état-major logistique, lors de son adresse à la nation.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le général SB Moyo, chef d'état-major logistique, lors de son adresse à la nation.

Photo : Associated Press / AP

Dès que nous aurons accompli notre mission, nous pensons que la situation reviendra à la normalité.

SB Moyo, général et chef d'état-major logistique

Peu avant ce discours à la nation du général SB Moyo, des soldats s'étaient déployés dans les rues d'Harare et emparés du siège de la ZBC, la radiotélévision publique considérée comme le porte-voix du président Mugabe.

Le ministre des Finances Ignatius Chombo, un des dirigeants de la « Génération 40 » (G40), groupe formé au sein du parti au pouvoir Zanu-PF par la femme du président, est quant à lui détenu par l'armée, selon l'agence Reuters.

Bien qu'elle affirme que le président Mugabe et sa famille se portent bien, l'armée n'a pas donné davantage d'informations sur sa femme, Grace Mugabe, qui espère succéder à son mari à la tête de l'État.

Le président du Zimbabwe Robert Mugabe et son épouse Grace Mugabe.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le président du Zimbabwe Robert Mugabe et son épouse Grace Mugabe lors d'un rassemblement du parti présidentiel, la Zanu-PF, le 8 novembre 2017.

Photo : Reuters / Philimon Bulawayo

Lutte pour la succession de Mugabe

La femme de 52 ans s'était attiré les foudres de l'armée la semaine dernière en obtenant l'éviction du vice-président Emmerson Mnangagwa, pour « déloyauté ».

Ancien ministre de la Défense, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, était considéré par plusieurs comme le successeur légitime de Robert Mugabe.

La veille de son éviction, la femme du président l'avait publiquement traité de « comploteur » et avait annoncé qu'elle était prête le moment venu à succéder à son mari, et que le parti au pouvoir allait bientôt changer ses statuts pour qu'une femme soit vice-présidente.

Le limogeage de son vice-président par Robert Mugabe a été dénoncé dans le pays comme une manoeuvre en vue d'installer son épouse aux commandes de la présidence après son départ.

Le chef d'état-major de l'armée, le général Constantino Chiwenga, avait réagi lundi en lançant un sévère avertissement au parti du président Mugabe, la Zanu-PF, pour dénoncer l'éviction du pouvoir d'Emmerson Mnangagwa.

Le général Chiwenga avait alors prévenu le gouvernement Mugabe que l'armée n'hésiterait pas à intervenir pour « protéger notre révolution ».

« La purge actuelle [...] qui vise les membres du parti ayant été engagés dans la guerre d'indépendance doit cesser sur-le-champ », avait déclaré lundi le général.

Des militaires patrouillent dans les rues de la capitale du Zimbabwe, Harare, le 15 novembre 2017.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des militaires patrouilles les rues de la capitale du Zimbabwe, Harare, le 15 novembre 2017.

Photo : Reuters / Philimon Bulawayo

L'opposition réclame un règlement pacifique de la crise

Réagissant à la prise de pouvoir de l'armée, la principale formation d'opposition du pays, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), a appelé à un retour pacifique à la démocratie constitutionnelle, disant espérer que l'intervention militaire débouche sur « l'établissement d'un État-nation stable, démocratique et progressiste ».

L'influent chef de file des anciens combattants de la guerre de libération, Chris Mutsvangwa, a appelé les États de la région et notamment l'Afrique du Sud, ainsi que les pays occidentaux, à réinvestir au Zimbabwe, dont le déclin économique ces 20 dernières années a pesé sur l'ensemble de l'Afrique australe.

C'est la fin d'un chapitre très triste et très douloureux dans l'histoire d'un jeune pays, dans lequel un dictateur, en devenant vieux, s'en est remis à une bande de voleurs autour de sa femme.

Chris Mutsvangwa

Figure politique populaire dans le pays, Chris Mutsvangwa a été écarté du pouvoir en mars 2016 à la suite d'accusations d'inconduite et de déloyauté.

Réactions à l’étranger

De passage à Washington, où il rencontre le secrétaire d’État américain Rex Tillerson, le président de la Commission pour l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat affirme que l’armée zimbabwéenne lui a donné « l’assurance qu’il ne s’agit pas d’un coup d’État ». « L'Union africaine est opposée à tout changement de gouvernement anticonstitutionnel », a-t-il ajouté.

Les Américains ont pour leur part appelé les dirigeants zimbabwéens à la « retenue » pour « permettre un retour rapide à la normale ».

« Le gouvernement américain est préoccupé par les récents actes des forces militaires du Zimbabwe », a déclaré un responsable du département d'État. « Les États-Unis ne prennent pas parti dans les questions de politique intérieure zimbabwéenne », mais, en règle générale, « ils n'approuvent pas l'intervention de militaires dans les processus politiques », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a appelé au calme.

Les ministres de la Défense et de la Sécurité sud-africains se sont rendus immédiatement à Harare pour tenter une médiation entre Mugabe et les généraux.

Le ministre des Affaires étrangères britannique Boris Johnson a dit pour sa part qu’il allait s’assurer, avec d’autres partenaires internationaux, que ces événements permettent aux Zimbabwéens de décider de leur futur.

Le gouvernement canadien a ajouté une mention sur son site web, reconnaissant une « situation tendue » à Harare en raison d’une « activité militaire accrue ». Il recommande à ses ressortissants de demeurer à l’intérieur et de surveiller les médias.

Mugabe, héros pour les uns, dictateur pour les autres

Aujourd'hui âgé de 93 ans, Robert Mugabe est toujours admiré par de nombreux Africains comme un héros de la lutte anti-coloniale, mais il est considéré comme un despote à l'étranger. Il préside le gouvernement du Zimbabwe (ancienne colonie britannique de Rhodésie), depuis la fin de l'année1987, après en avoir été le premier ministre de 1980 à 1987. Il est le plus vieux dirigeant au monde toujours en poste.

Il est devenu très impopulaire en Occident en raison de sa gestion désastreuse de l'économie de son pays et de sa volonté de se maintenir au pouvoir par la violence.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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