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Le combat d'Yvon Cournoyer pour mourir dans la dignité

Yvon Cournoyer

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

S'il avait respecté les dispositions de la loi concernant les soins de fin de vie, Yvon Cournoyer y aurait été admissible à partir de janvier 2018. Mais le Lanaudois, atteint de la maladie de Lou Gehrig et qui a toujours voulu partir « avec dignité », s'est éteint le 11 novembre, entouré des siens. Au cours des huit derniers mois, Radio-Canada a suivi de près Yvon Cournoyer. En voici le récit poignant.

Un texte de Davide Gentile

Même s'il se savait condamné, il était calme et déterminé. « La dignité. J'ai toujours répété ce mot-là. Dignité », nous disait-il, vendredi dernier, à quelques heures de son décès.

Un an après l'apparition des symptômes, un neurologue lui annonce le diagnostic en 2016. « Ça ressemble beaucoup à la maladie de Lou Gehrig », dit le spécialiste.

Aussi appelée sclérose latérale amyotrophique, la maladie laisse de deux à cinq ans d'espérance de vie aux personnes qui en sont atteintes.

Ç'a été automatique. Je me suis dit que je ne me ferais pas manger par cette maladie-là.

Yvon Cournoyer

C'est ce qu'il déclarait en mars, lors de notre première entrevue. L'homme, que nous avons suivi pendant huit mois, ne changera jamais d'idée.

Il veut avoir l'aide médicale à mourir, mais il comprend l'hiver dernier que c'est impossible. L'une des conditions pour y avoir droit est d'être « en fin de vie ». Et le Collège des médecins a énoncé que la fin de vie veut dire qu'il reste moins d'un an à vivre. Or, son espérance de vie à ce moment est d'au moins 18 mois.

Têtu, Yvon Cournoyer décide de s'adresser aux médias afin de changer les choses.

« Mon âme est prête. Ma tête est prête. Il s'agit simplement que nos politiciens fassent preuve d'ouverture », déclare-t-il à l'émission Tout le monde en parle en mars. L'animateur Guy A. Lepage semble étonné de l'empressement d'Yvon Cournoyer qui veut l'aide médicale à mourir au printemps. « Je voulais le faire à ma fête le 2 mai. Ce serait mon cadeau », dit-il.

Il donne quelques entrevues au micro de l'animateur Paul Arcand. Sa présence dans les médias lui vaut aussi une invitation de la Coalition avenir Québec, à l'Assemblée nationale, en juin.

Il invite à nouveau le gouvernement à envisager d'élargir l'accès à l'aide médicale à mourir. Il est difficile pour lui de l'obtenir en juin, parce qu'il est à plus d'un an de son décès naturel.

Les députés caquistes François Bonarel (centre), François Paradis (droite) et M. Yvon Cournoyer.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les députés caquistes François Bonarel (centre), François Paradis (droite) et M. Yvon Cournoyer.

Photo : Radio-Canada

Profiter de la vie

En attendant l'inévitable, Yvon Cournoyer profite de la vie avec ses proches.

Nous le rencontrons à nouveau au mois d'août, avant qu'il n'effectue un dernier saut de parachute à l'École Voltige, située dans Lanaudière.

Questionné à savoir s'il envisage de vivre plus longtemps, il répond : « Je suis déterminé depuis le début et ça reste comme ça. »

La maladie progresse. À la fin de septembre, il revoit la neurologue Geneviève Matte, du Centre hospitalier de l'Université de Montréal. « On voit une atteinte des forces d'inspiration », constate la spécialiste. Ses poumons sont touchés. C'est le début de la phase la plus cruelle de la maladie. En octobre, le déclin s'accentue.

Yvon Cournoyer formule alors sa demande d'aide médicale à mourir à une autre médecin, l'omnipraticienne qui le suit depuis des années dans Lanaudière. Lors de l'entrevue réalisée avec nous à la mi-octobre, il décrit la rencontre avec sa médecin de famille qui a souhaité ne pas être identifiée.

« J'ai dit regarde, moi j'étais éligible à partir de janvier 2018, raconte-t-il. Est-ce qu'on peut devancer? Elle m'a dit oui. »

La médecin de famille lui propose alors la date du 11 novembre.

C'est sûr, ça m'a surpris quand il a eu sa réponse. C'est apeurant, parce que je sais que, bientôt, je ne le verrai plus.

Chantal Fafard, conjointe d'Yvon Cournoyer

Pour ses proches, le deuil commence à devenir concret. « Je vais pouvoir me libérer de mon corps », explique calmement l'homme.

Il estime que sa décision protégera sa famille. « Ma conjointe et ma sœur voulaient m'aider », explique-t-il. Mais celui qui est atteint de la maladie de Lou Gerhig ne s'imagine pas réduit à être nourri, lavé et couché par ses proches.

Chantal Fafard a accompagné son conjoint Yvon Cournoyer tout au long de ses démarches afin d'obtenir l'aide médicale à mourir.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Chantal Fafard a accompagné son conjoint Yvon Cournoyer tout au long de ses démarches afin d'obtenir l'aide médicale à mourir.

Photo : Radio-Canada

Une dernière rencontre

Nous le rencontrons pour une dernière fois le 10 novembre, la veille du décès prévu. Il est déjà physiquement préparé à son départ.

« Ils m'ont installé les cathéters. C'est le tube où le médecin va brancher ses aiguilles », raconte-t-il.

Yvon Cournoyer fait face à la mort sans broncher. Il pense avoir contribué à changer les choses avec ses déclarations sur la nécessité d'élargir l'accès à l'aide médicale à mourir.

J'étais éligible uniquement en janvier 2018, mais ça va se faire demain le, 11 novembre 2017. C'est une victoire pour moi.

Yvon Cournoyer

L'homme était populaire et les visites se succèdent à son domicile. Des amis viennent faire leurs adieux. Un nouveau rite possible avec l'aide médicale à mourir, parce que la date et l'heure du départ sont connues.

« Les gens ont eu le temps de venir me voir. Me dire qu'ils m'aiment. C'est drôle, mais ça m'allège », confie-t-il.

Pour ses proches, le deuil débute déjà. « La peine, on a les deux pieds dedans », dit sa conjointe Chantal Fafard.

Mais Yvon, qui est croyant, refuse de parler d'adieux. « Moi, je vais retrouver tous mes proches. Mon père, ma mère, mon cousin André avec qui je jouais au hockey », raconte-t-il.

L'homme a gardé le sourire et son calme jusqu'à la fin. « Merci, Davide, je suis content de t'avoir rencontré », dit-il avant de donner une sincère poignée de main.

Yvon Cournoyer est mort paisiblement, samedi, à l'Hôpital de Joliette. Une quinzaine de personnes étaient dans la chambre, où un musicien jouait de la guitare. Le battant est décédé allongé aux côtés de sa conjointe Chantal, qui l'a serré contre elle jusqu'à la fin.

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