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L’écrivaine amie des chiens

L'auteure Sophie Bienvenu

L'auteure Sophie Bienvenu

Photo : Jean-François Lemire

Radio-Canada

Sophie Bienvenu est l'une des invitées d'honneur du Salon du livre de Montréal, qui se tient du 15 au 20 novembre. Écrivaine et scénariste, elle ne cesse d'ajouter des cordes à son arc. Elle a répondu à nos questions.

Un texte de Cécile Gladel

Nous arrivons exactement en même temps au Café Lézard, sur la Promenade Masson, lieu choisi par Sophie Bienvenu pour l’entrevue. C’est un peu sa deuxième maison, elle habite tout près. Elle y a beaucoup écrit, mais ce n’est plus le cas.

Depuis que les murs du café ont été repeints, l’écrivaine, à qui l’on vient de diagnostiquer un syndrome d’Asperger, n’y trouve plus la stabilité nécessaire à son inspiration. Elle écrit donc chez elle. « Mais tout doit être rangé. Sinon je ne peux pas écrire », raconte-t-elle, en ajoutant que la poésie qu’elle écrit sur son téléphone est une exception.

Ce diagnostic a grandement soulagé la jeune femme, qui se savait différente, et pour qui les médecins avaient évoqué tant de troubles possibles, allant de la bipolarité à la dépression.

Sa différence et son intelligence se sont manifestées dès son plus jeune âge. « J’ai appris à lire à 4 ans et demi. J’ai lu tous les livres de la bibliothèque de ma grand-mère jusqu’à l’âge de 6 ans. Non, je n’avais pas d’amis », raconte-t-elle.

C'est cette bibliothèque qui est à l’origine de son amour des chiens et de l’écriture.

Je me souviens d’une encyclopédie des chiens. Quand j’ai fini par lire tous les livres de ma grand-mère, je me suis dit que j’allais devoir en écrire, puisqu’il n’y en avait plus.

C’est ainsi que sa carrière d’écrivaine a commencé. Elle s’est mise à écrire des histoires. « Je m’inspirais des histoires que je lisais et des films que je voyais. Mais je n’avais jamais pensé faire ça comme métier, car je croyais que tous les auteurs étaient morts. Puis j’ai vu le film 37,2 le matin, et j’ai compris que tu pouvais être contemporain et auteur. »

Un temps, elle a voulu être professeure, sous l’influence de ses parents, qui sont architectes. Finalement, Sophie Bienvenu a arrêté l’école à 16 ans et n’a jamais obtenu le baccalauréat français [le diplôme de fin d’études secondaires en France].

Sans savoir ce qu’elle avait envie de faire, elle est partie vivre à Paris pour étudier dans une école d’art et devenir illustratrice. Elle y a plutôt rencontré l’amour, un Québécois de 21 ans, et a traversé l’Atlantique pour s’établir à Québec.

Tout commence par un blogue sur son chien

Si elle n’est plus avec cet homme et qu’elle a maintenant posé ses valises à Montréal, c’est en arrivant au Québec qu’elle a commencé à tenir un blogue pour donner de ses nouvelles à ses amis en France. Puis, il y a eu le blogue Lucie le chien, la première publication de ses écrits et la collection K pour les adolescents.

« La littérature pour adolescents, je n’y crois pas. Ils peuvent lire n’importe quoi. Mon personnage de la série K, je le trouvais trop lisse. Je me suis donc dit, si je scrappe sa vie, ça donne Aicha [Le personnage principal de son premier roman, Et au pire on se mariera ]. »

Sophie Bienvenu et Léa Pool au micro de Catherine Perrin

Sophie Bienvenu et Léa Pool

Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Quand elle a écrit ce premier roman, elle n'espérait pas une si bonne réception. « Je pensais que quatre personnes achèteraient mon livre. Puis, on m’a comparée à mes idoles, j’ai eu des prix et ça a marché. »

Le succès continue. Le livre a été traduit au Canada anglais, et en 2013, la réalisatrice Léa Pool l’a contactée pour adapter son roman au cinéma. Le film est sorti cet automne, avec, en vedette, Sophie Nélisse et Karine Vanasse.

« Entre Léa Pool et moi, ç’a été un véritable coup de foudre professionnel et amical », raconte celle qui a goûté à l’écriture d’un scénario lors de cette aventure cinématographique.

Écrivaine à temps plein

Sophie Bienvenue travaillait dans le monde de la publicité avant de vivre de sa plume. Puis, elle a démissionné du jour au lendemain, après une rencontre avec des jeunes. Elle avait maintenant du temps pour écrire un deuxième roman. « J’avais peur, on m’attendait au détour. Je me suis finalement dit tant pis si le monde n’aime pas ça, et j’ai foncé. »

Elle s’est inspirée de l’une des grandes peurs de sa vie, véritable phobie : se faire voler sa chienne. « Un jour dans l’autobus, j’ai vu un itinérant avec son chien. J’ai eu un éclair et ça a donné Cherchez Sam. En 20 minutes, je savais ce qu’il se passait dans l’histoire et que mon personnage principal s’appellerait Mathieu. »

Peu de temps après, le hasard a voulu que Sophie Bienvenu rencontre dans la rue Masson un jeune itinérant qui s’appelait Mathieu et qui avait aussi un chien. « Quand il m’a dit son prénom, je n’en revenais pas. Il avait une petite fille, mais mon roman ne raconte pas du tout son histoire. Sauf que Mathieu [Gaudreault] m’a aidée pour le quotidien de mon personnage. »

Malheureusement, Mathieu Gaudreault est mort dans un accident de voiture en décembre 2014 (Nouvelle fenêtre), deux mois après la parution du livre, qu’il a eu la chance de lire. Ce livre sera aussi adapté au cinéma et il a fait l’objet d’une adaptation au théâtre par une troupe de Québec. « Des professeurs me disent qu’ils sont allés chercher les gars avec ce roman », raconte l’écrivaine.

« Chercher Sam », de Sophie Bienvenu

« Chercher Sam », de Sophie Bienvenu

Photo : Radio-Canada / Cheval d’août

Après avoir touché au blogue, au roman et au scénario, contre toute attente, Sophie Bienvenu s’est lancée dans la poésie, un style qu’elle ne connaissait pas et n’appréciait pas. Une rencontre avec l’écrivain slameur David Goudreault, qui lui a offert l’un de ses livres, l’a totalement ensorcelée. « Je n’allais pas bien, ma psy me disait que j’avais beaucoup de colère. “Tu ne peux tuer quelqu’un, donc écris”, m’a-t-elle dit. Dans un autobus en allant à New York, j’ai écrit 80 poèmes. Quand mon éditrice, Geneviève Thibault, les a lus, elle m’a dit que les trois quarts étaient pourris et qu’un quart était génial. Elle m’a recommandé à la poète Kim Doré qui a vu mon potentiel. »

Le résultat est qu’en octobre 2016, la maison d’édition Poètes de brousse a publié son premier recueil de poésie, Ceci n’est pas de l’amour. À peu près en même temps, elle publiait son troisième roman, Autour d’elle.

Des séries télé, du cinéma et un roman en Martinique

Si Sophie Bienvenu aime se concentrer pleinement sur un seul projet à la fois, elle aura de la difficulté à se tenir à cette manière de travailler dans les prochains mois. Les projets s’empilent sur son bureau de travail : deux projets de série télévisée, un film, un deuxième recueil de poèmes et un nouveau roman. Sans compter un premier livre jeunesse qui vient de sortir, La princesse qui voulait devenir générale (un deuxième tome est aussi prévu).

L'auteure Sophie Bienvenu sourit au micro lors de son entrevue avec Marie-Louise Arsenault

L'auteure et scénariste Sophie Bienvenu

Photo : Radio-Canada / Christian Côté

Son recueil de poèmes mettra en lien La Havane et Montréal, tandis que l’action de son roman quittera le Québec. « Je suis dans la recherche, car je m’en vais loin de mes habitudes. Mon identité d’autrice québécoise, j’ai dû la chercher. Maintenant, je veux voir si je suis rendue à sortir du Québec pour écrire sur un autre endroit. Ça sera un roman d’anticipation qui se passe en Martinique, l’histoire commence dans 5 ans et se déroulera sur 40 ans. Il parle d’indépendance, mais peut-on en parler sans s’éloigner du Québec? », s’interroge-t-elle.

Elle n’est jamais allée en Martinique, un voyage est donc prévu en février pour aller sur place s’imprégner de cette région, toujours française, mais si loin de l’Hexagone. Un colonialisme qui poursuit Sophie Bienvenu la Française.

Je viens d’un pays colonialiste, je veux déconstruire tout ça. Comme le français québécois, le créole n’est pas valorisé. Quand on va en France avec son livre québécois, on passe inaperçu.

Et quand elle n’écrit pas, Sophie Bienvenu fait de la rénovation ou de la décoration, ses deux grandes passions. Une amie lui a demandé de l’aider. « Pendant trois semaines, je n’ai pas travaillé, car je ne pensais qu’à sa décoration. Quand j’ai une obsession, j’ai du mal à m’en sortir », conclut-elle en riant.

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