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ALENA : ce qui inquiète les producteurs de lait canadiens

Le producteur est dans son étable, mains dans les poches, et regarde ses vaches brouter du foin.
Yves Gauthier est un agriculteur qui possède une ferme laitière à Earlton, dans le Nord-Est de l'Ontario. Photo: Radio-Canada / Joël Ashak
Radio-Canada

Le système canadien de gestion de l'offre, qui limite les importations de lait, d'oeufs et de volailles, est menacé dans la cinquième ronde de négociations de l'ALENA, qui a lieu en ce moment.

Un texte de Joël Ashak

« Si la gestion de l'offre tombait demain matin, je commencerais tout de suite à lâcher la production du lait. » C'est ainsi que le fermier ontarien Yves Gauthier résume sa situation.

Il réside au Témiscamingue ontarien, dans le nord-est de la province, et représente la troisième génération de producteur laitier de sa famille.

L’homme de 48 ans possède 300 vaches et a une vie occupée, mais prospère. Une stabilité qu’il attribue à la gestion de l’offre.

Au Canada, le gouvernement s'engage à limiter l'importation d'oeufs, de volailles et de lait pour que la demande soit comblée par la production canadienne.

Mais cette chasse gardée est une épine dans le pied de l'administration Trump. Par sa nature même, elle va à l'encontre du libre-échange. En octobre, les négociateurs américains auraient même parlé de demander l'abolition de ce système.

Comprendre la gestion de l'offre en moins d'une minute

« L'enjeu, pour les Américains, c'est d'obtenir un accès accru au marché canadien, explique Daniel-Mercier Gouin, professeur d'agroéconomie à l'Université Laval. Donc de dire au gouvernement canadien de ne plus limiter les importations venant des États-Unis, ce qui signifie de mettre fin à la gestion de l'offre. »

Le Canada importe peu de produits laitiers, et en exporte encore moins. Dans les deux cas, les États-Unis sont le principal partenaire.

En 2016, le Canada a exporté 235 millions de dollars de produits laitiers, soit 0,05 % de ses exportations totales. Les importations sont de l'ordre de 969 millions de dollars, soit 2 % des importations totales.L'industrie laitière du Canada est avant tout gérée pour répondre à la demande intérieure. Photo : Radio-Canada

Augmenter ces importations équivaudrait à de la concurrence déloyale, estime Yves Gauthier.

« Les producteurs américains n’ont pas besoin de grosses bâtisses pour des - 30 degrés Celsius, dit-il. Ils n'ont pas besoin de ramasser du foin pour cinq mois d'hiver. Et puis il y a des fermes aux États-Unis qui ont au-dessus de 30 000 vaches. Tu peux avoir une ferme qui produit plus de lait que la Colombie-Britannique au complet, c'est épeurant. »

Des négociations qui s'annoncent musclées

L'association qui représente 3700 producteurs laitiers en Ontario se veut toutefois rassurante et dit être en communication constante avec Ottawa et le gouvernement ontarien.

Graham Lloyd est assis à son bureau et parle au téléphone.Le directeur de l'association des producteurs laitiers de l'Ontario, Graham Lloyd, se dit rassuré par les discussions qu'il a fréquemment avec Ottawa et Queen's Park. Photo : Radio-Canada / Pierre-Olivier Bernatchez

« Ils ont dit qu'ils vont défendre notre système et qu'on ne va pas donner d'accès [aux Américains], dit Graham Lloyd, le directeur de Dairy Farmers of Ontario. Parce que notre système marche et les autres systèmes ne marchent pas. »

Or, avant le retrait américain des négociations du Partenariat Transpacifique en janvier, le Canada était prêt à concéder aux États-Unis 3,25 % de son marché laitier.

Un système dépassé?

Ainsi, certains pensent que la révision de la gestion de l'offre est inévitable.

Ils critiquent un système dont les normes sont trop rigides, notamment quand il s'agit d'obtenir la désignation des produits bio.

Sylvain Charlebois, professeur en politique alimentaire à l'Université Dalhousie, reproche également à la gestion de l'offre d'empêcher l'introduction de nouveaux produits pour les consommateurs canadiens, et d'être trop coûteuse pour ceux qui souhaitent se lancer dans l'industrie laitière.

En ce moment, un producteur laitier qui voudrait acheter un quota, soit garantir la vente du lait produit par une seule vache, devrait payer 24 000 $ au gouvernement.

« On veut satisfaire une demande [intérieure], on tient pour acquis que cette demande-là ne change pas trop, qu'elle est homogène, déplore Sylvain Charlebois. Or, c'est le contraire : le consommateur est une bête de plus en plus compliquée. On cherche de plus en plus autre chose. »

Au lieu de se faire imposer un agenda par les Américains, on devrait plutôt songer à la gestion de l'offre 2.0.

Sylvain Charlebois, professeur en politique alimentaire à l'Université Dalhousie

Ces arguments, Yves Gauthier a du mal à les avaler, d'autant plus qu'en comptant sur la stabilité de revenus qu'assure la gestion de l'offre, il dit avoir fait d'importants investissements dans son entreprise ces dernières années.

Le producteur discute avec un journaliste de Radio-Canada sur sa ferme laitière.Plus que tout, dit Yves Gauthier, la gestion de l'offre apporte de la « stabilité » aux producteurs canadiens. Photo : Radio-Canada / Joël Ashak

« Je ne me serais jamais lancé dans les fermes sans la gestion de l'offre parce que le retour n’est pas là, dit-il. J'ai vu d'autres secteurs, spécifiquement dans le secteur du boeuf, où ils ont de la misère. Ce n’est pas une vie qui m'intéresse et que je veux imposer à ma famille. »

Infographie : Vincent Wallon

Nord de l'Ontario

Agro-industrie