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Bois d'oeuvre : toujours beaucoup d'inquiétude à l'horizon

Du bois d'oeuvre

Du bois d'oeuvre

Photo : Radio-Canada / Gilles Munger

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les producteurs canadiens demeurent inquiets devant toute l'incertitude qui entoure l'industrie du bois d'oeuvre. Avec des droits compensateurs et des droits antidumping à payer pour toutes les cargaisons qui traversent la frontière américaine, et avec la peur d'une entente qui réduirait de façon importante la part du marché des Canadiens aux États-Unis, plusieurs craignent les conséquences à long terme du conflit sur cette industrie.

Un texte de Julie-Anne Lamoureux

Il s'agit du cinquième conflit du bois d'oeuvre entre le Canada et les États-Unis en 35 ans.

Chaque fois, le problème est le même : les producteurs de bois d'oeuvre américains accusent le Canada de subventionner ses producteurs ainsi que les scieries canadiennes de vendre leur bois en dessous du prix coûtant.

Résultat? Le département américain du Commerce a imposé des droits compensateurs et des droits antidumping d'environ 20 % aux Canadiens.

Frank Dottori s'inquiète pour l'industrie canadienne du bois d'oeuvre.
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Frank Dottori est président de White River Forest Products et Hornepayne Lumber

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

Ainsi, lorsque la mesure entrera en vigueur, toute compagnie qui exporte son bois d'oeuvre aux États-Unis devra payer 20 % de la valeur de sa cargaison pour pouvoir entrer en territoire américain.

« Aujourd'hui, on exporte à peu près 70 % de notre production aux États-Unis, alors c'est le marché le plus important qu'on a; 20 % de tarifs sur 70 %, c'est sûr que ça fait mal. »

— Une citation de  Frank Dottori, président, White River Forest Products et Hornepayne Lumber

De bonnes conditions de marché, mais pour combien de temps?

Tout le monde s'entend pour dire que c'est lourd à porter et que les entreprises les plus fragiles pourraient sentir cette pression très rapidement.

Malgré cela, les conditions du marché aux États-Unis sont actuellement excellentes, de sorte que les producteurs ont les moyens, pour l'instant, d'absorber ces frais supplémentaires.

« La construction domiciliaire va très bien aux États-Unis. On a des prix records [du bois d'oeuvre]. En plus, on bénéficie d'un avantage avec le taux de change. Cependant, tout cela peut changer en deux, trois ans et là, on a un gros problème. Déjà que cette taxe de près de 21 % va faire mal aux entreprises qui sont un peu désuètes, au sein desquelles la productivité n'est pas élevée, alors un coût additionnel de 20 %, ça peut être un coup de mort. »

— Une citation de  Luc Bouthillier, professeur de politique forestière, Université Laval
Jim Peterson estime que le conflit du bois d'oeuvre est plus difficile qu'il ne l'était il y a 11 ans. Il a participé aux négociations à cette époque également.
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Jim Peterson est le négociateur en chef de l'Ontario sur la question du bois d'oeuvre.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland

À long terme, lorsque le marché ralentira, c'est là que les producteurs pourraient en subir les conséquences. Devant toute l'incertitude qui persiste en ce moment, il est aussi difficile pour les producteurs de moderniser leur entreprise sans savoir si l'industrie sera la même dans quelques années.

Pour payer les droits compensateurs et les droits antidumping à la frontière, les producteurs ont besoin de liquidités.

« Tu ne vas pas investir si tu ne sais pas ce qui va arriver ou si tu n'as pas l'argent. Maintenant, si on avait un bon accès au marché, on peut faire de l'argent, investir, réduire nos coûts et quand le marché va tomber, on peut encore vivre et traverser les périodes difficiles. »

— Une citation de  Frank Dottori, président, White River Forest Products et Hornepayne Lumber

L'accès au marché américain

Il faut savoir que les Américains, durant ces 35 ans de conflits, ont toujours voulu réduire la part de marché des producteurs canadiens même s'ils ne sont pas autosuffisants et qu'ils ont besoin d'importer du bois canadien pour répondre à la demande du marché.

Luc Bouthillier est professeur de politique forestière à l'Université Laval.
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Luc Bouthillier est professeur de politique forestière à l'Université Laval

Photo : Radio-Canada / Regis Desrosiers

Les Canadiens, eux, ont toujours réclamé le libre marché.

« Ce n'est pas un hasard si les Canadiens occupent 32 %, 33 % du marché. C'est que le marché est très, très bon aux États-Unis et si on occupe une place importante comme Canadiens sur le marché américain, c'est pas à cause de subventions indues. C'est parce que la demande est là et que les Américains sont incapables de répondre à cette demande. »

— Une citation de  Luc Bouthillier, professeur de politique forestière, Université Laval

Jim Peterson est le négociateur en chef de l'Ontario dans le dossier du bois d'oeuvre. Ancien ministre fédéral, il a aussi participé aux négociations lors du dernier conflit, il y a 11 ans.

Il explique que les négociations sont très difficiles cette fois-ci. Il parle d'un partenaire américain « inflexible » et de négociations plus « dures » que par le passé.

C'est que les pourparlers se déroulent alors que les deux pays sont en pleine renégociation de l'ALENA. Selon Jim Peterson, cela n'aidera pas le Canada dans le dossier du bois d'oeuvre et pourrait même ralentir les discussions.

« Nous avons accepté les demandes des États-Unis pour établir un plafond. Nous avons accepté que ce ne soit pas le libre marché. »

— Une citation de  Jim Peterson, négociateur en chef de l'Ontario

La question est de savoir à combien se chiffrera le plafond. Lors des dernières négociations, en 2006, on parlait d'octroyer 34 % du marché aux Canadiens.

Aujourd'hui, les négociations se situent autour de 28 % ou 29 %. Ce qui n'est pas acceptable pour l'industrie canadienne si cela inclut tous les producteurs du pays.

L'industrie canadienne souhaiterait exclure, entre autres, les producteurs des Maritimes dans cette part du marché.

Et la suite?

Bois d'oeuvre sur un chantier de construction
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Bois d'oeuvre

Photo : Radio-Canada / Martin Thibault

L'incertitude est bien présente, l'inquiétude palpable... et tout cela pourrait durer, surtout avec des recours devant les tribunaux qui s'amorcent pour contester les droits compensateurs et les droits antidumping.

« Nous irons devant les tribunaux et nous irons aussitôt que possible. D'ici là, nous sommes toujours ouverts à une entente. »

— Une citation de  Jim Peterson, négociateur en chef de l'Ontario

Plusieurs veulent voir une production canadienne plus diversifiée, qui propose de nouveaux produits et qui se tourne vers d'autres marchés, pour justement se libérer de ces conflits à répétition.

Les producteurs, eux, n'espèrent qu'une chose : une entente rapide et de longue durée.

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