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La détresse des adolescents transgenres : « J'ai peur de lire les mots haineux collés à mon casier. »

Une adolescente est assise seule sur un quai
Les adolescents transgenres vivent une grande détresse dans l'expression de leur identité. Photo: Radio-Canada / Martine Laberge
Radio-Canada

Les adolescents sont plus nombreux que jamais à dire ouvertement qu'ils sont transgenres. Très vulnérables, ils se retrouvent alors sur un terrain miné pour défendre leur droit à l'authenticité.

Un texte de Jacqueline Landry

Ces jeunes sont âgés de 12 à 18 ans, ils habitent partout en Colombie-Britannique et ils vivent une grande détresse.

« La pression sociale empêche encore beaucoup de personnes transgenres d'afficher leur identité », souligne Morgane Oger, la présidente de l'Association transgenre de la Colombie-Britannique et candidate transgenre dans Vancouver-False Creek pour le Nouveau Parti démocratique (NPD) aux dernières élections provinciales.

Une personne transgenre est quelqu'un qui modifie, voire rejette, son identité sexuelle d'origine et affiche une nouvelle identité de genre.

Un élève transgenre de 17 ans d'une école secondaire de Langley a écrit une lettre anonyme dans laquelle il ne mentionne pas son genre. Mais il relate toute la souffrance qu'il vit à l'école. Voici quelques extraits de cette lettre envoyée à Radio-Canada.

Lettre anonyme d'un jeune transgenre

« Je ne veux plus avoir peur d'aller à l'école, enlever ces messages de haine collés à mon casier chaque matin qui frappent plus fort qu'un coup de poing, porter mes écouteurs lorsque je marche dans les corridors pour ne plus entendre les remarques méchantes des élèves.

On me dit que je suis détesté, que j'irai en enfer, que je suis dégoûtant et laid.

J'en arrive à penser que je ne mérite pas de vivre.

Je veux seulement être moi-même. Je veux que l'on m'accepte. Je veux être traité comme une personne.

La contrainte familiale

La pression que les jeunes transgenres subissent au cours de leurs activités scolaires ou parascolaires est énorme, mais les plus grandes difficultés sont vécues à l'intérieur même du cercle familial.

Les jeunes transgenres sans soutien vivent des difficultés énormesLes jeunes transgenres sans soutien vivent des difficultés énormes Photo : iStock

Menaces, intimidation et chantage deviennent le rituel quotidien de nombre de ces adolescents, dans une tentative désespérée des parents de les « ramener à la raison ».

« Lorsqu'ils apprennent que leur fils ou leur fille est transgenre, explique Morgane Oger, les parents voient leur monde, la vie dont ils avaient rêvé pour leur enfant s'écrouler. Ils ont peur, et cette peur les déboussole et va se traduire par beaucoup de résistance. »

Lorsque les jeunes ne sont pas soutenus, c'est la porte ouverte sur l'ostracisme et la violence sous toutes ses formes.

Morgane Oger, présidente de l'Association transgenre de la Colombie-Britannique
Morgane Oger, présidente de l'Association transgenre de la Colombie-Britannique et vice-présidente du parti néo-démocrate de la provinceMorgane Oger, présidente de l'Association transgenre de la Colombie-Britannique et vice-présidente du Nouveau Parti démocratique de la province Photo : Radio-Canada / NPD

Pendant que les organismes et les écoles s'efforcent peu à peu d'offrir de l'aide aux jeunes transgenres, des parents rejettent carrément cette aide de l'extérieur et mettent fin à la discussion, ajoute Morgane Oger, qui a vu des parents interdire à un adolescent de 17 ans, envoyé par un psychologue, de s'entretenir avec elle.

Ces parents qui refusent l'aide mettent leur enfant à risque.

Morgane Oger, présidente de l'Association transgenre de la Colombie-Britannique

Des enfants qui n'en peuvent plus

Certains jeunes transgenres, en désespoir de cause, songent au suicide, et quelques-uns ont tenté de s'enlever la vie. Morgane Oger, qui a rencontré trois de ces adolescents, explique qu'ils éprouvaient un profond sentiment de mise à l'écart, l'impression de ne plus être maîtres de leur destinée.

L'un de ces jeunes dit se sentir seul au monde, entre les moqueries constantes à l'école et le combat continuel avec ses parents.

Morgane Oger, présidente de l'Association transgenre de la Colombie-Britannique

Le changement prend du temps

Morgane Oger raconte que, pendant son adolescence, le mot transgenre n'existait pas. Sans aide et sans modèles, elle s'est conformée à ce que la société attendait d'elle.

À 45 ans, ce sont ses enfants qui lui ont fait prendre conscience de l'importance d'affirmer son identité.

Morgane Oger, présidente de l'Association transgenre de la Colombie-Britannique, debout, le soir des élections provincialesMorgane Oger, présidente de l'Association transgenre de la Colombie-Britannique Photo : Radio-Canada / NPD

« Je me sentais de plus en plus mal à l'aise avec ça, confie-t-elle. Mes enfants grandissaient, et je leur parlais d'honnêteté. Et je reconnaissais l'hypocrisie profonde d'apprendre à mes enfants à être plus honnêtes que je l'étais moi-même. »

Selon Morgane Oger, même si les changements sont lents dans la société, on assiste tout de même à une évolution. Les droits fondamentaux des personnes transgenres sont protégés contre la discrimination. Et l'aide s'installe, dit-elle, petit à petit.

Elle vient d'ailleurs de créer une fondation pour défendre les droits des populations marginalisées au Canada, la Fondation Morgane Oger pour la justice.

Les personnes transgenres qui souhaitent recevoir de l'aide et des conseils peuvent contacter l'Association transgenre de la Colombie-Britannique, au numéro suivant : 1 800 825-2405.

Colombie-Britannique et Yukon

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