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Surutilisation d'antibiotiques au Canada, selon une étude

Le reportage de Mélissa François
Radio-Canada

Les professionnels de la santé au Canada prescrivent des antibiotiques à une fréquence plus élevée que dans d'autres pays qui ont un système de santé comparable, selon des données de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), publiées vendredi.

En 2015, plus de 25 millions d’ordonnances d’antibiotiques ont été effectuées au pays. C’est presque une ordonnance par Canadien âgé de 20 à 69 ans.

Chaque jour, 21 Canadiens sur 1000 prennent des antibiotiques. C’est deux fois plus que la dose quotidienne aux Pays-Bas, en 2015. À ce chapitre, le Canada devance aussi la Suède, l’Allemagne, la Norvège et le Royaume-Uni.

Carte comparant le nombre de doses quotidiennes d'antibiotiques administrées par 1000 habitants, dans différents pays.Le Canada est dans la moyenne des pays semblables pour ce qui est des doses quotidiennes d'antibiotiques administrées. Photo : Institut canadien d'information sur la santé

L’ICIS fournit ces données à partir d’un outil interactif de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) de comparaisons internationales.

Six catégories y sont présentées, dont la pratique de prescription en soins de santé primaires.

Ces catégories se déclinent ensuite en plusieurs indicateurs qui mesurent, dans le cas des prescriptions, l’utilisation d’antibiotiques, de benzodiazépines (anxiolytiques) et de médicaments antihypertenseurs pour les personnes atteintes de diabète.

« Nos données démontrent qu’il y a surutilisation, mais aussi mauvaise utilisation des antibiotiques au Canada », indique la vice-présidente de la recherche et de l’analyse à l’ICIS, Kathleen Morris.

La prise d’antibiotiques sans réel besoin peut nuire aux patients vulnérables, en plus d’en réduire l’efficacité à long terme et d’accroître le risque de résistance aux antibiotiques.

Kathleen Morris, de l'ICIS

Au Canada, il y a 33 % plus d’antibiotiques prescrits que dans d’autres pays de l’OCDE, comme la Suède et l’Allemagne.

Le Canada en prescrit deux fois plus souvent qu’aux Pays-Bas, qui remportent la palme du pays ayant le moins d'ordonnance d’antibiotiques.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) offre le même diagnostic sur les antibiotiques souvent surutilisés et mal utilisés, et soutient que la résistance aux antibiotiques est l'une des pires menaces pour la santé mondiale.

Perte d’efficacité

La Dre Wendy Levinson, de la campagne nationale « Choisir avec soin », estime qu’il s’agit d’un « problème très inquiétant » qui touche la population à l’échelle planétaire.

« Il y a de moins en moins d’antibiotiques efficaces, dit-elle, et il est évident que les pratiques au Canada en la matière n’aident pas. »

La campagne Choisir avec soin vise notamment à aider les professionnels de la santé « à déterminer dans quelles circonstances on devrait recourir ou non aux antibiotiques », explique la Dre Levinson.

Nous aimerions mobiliser davantage de professionnels de la santé et de patients; les chiffres montrent hors de tout doute qu’il nous reste à tous beaucoup de pain sur la planche.

Dre Wendy Levinson

Par ailleurs, Choisir avec soin indique que les antibiotiques ne devraient pas être prescrits pour le traitement d’un rhume et de ses symptômes, comme la toux ou un mal de gorge.

Soins de santé : de bonnes et de mauvaises notes pour le Canada

Lorsqu’il se compare à d’autres pays semblables, le Canada fait bonne figure en ce qui a trait à certains facteurs liés au style de vie et à l’état de santé.

Par exemple, les hommes canadiens sont 35 % moins susceptibles de fumer que ceux d’autres pays de l’OCDE.

Et les adultes canadiens risquent deux fois moins de succomber à un accident vasculaire cérébral (AVC) que leurs semblables dans d’autres pays de l’OCDE.

L’accès aux soins de santé demeure toutefois l'un des points faibles du Canada.

Plus de la moitié des Canadiens (57 %) attendent plus d’un mois avant de consulter un spécialiste, comparativement à 42 % des gens d’autres pays de l’OCDE.

Tableau démontrant que 57 % des Canadiens attendent plus de quatre semaines avant de voir un spécialiste.57 % des Canadiens attendent plus de quatre semaines avant de voir un spécialiste. Photo : Institut canadien d'information sur la santé (ICIS)

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