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Crainte d'une deuxième vague de demandeurs d'asile au chemin Roxham

Cette photo prise en août dernier montre une file de demandeurs d'asile qui attendent de franchir un point de contrôle installé au bout du chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle.
Cette photo prise en août dernier montre une file de demandeurs d'asile qui attendent de franchir un point de contrôle installé au bout du chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle. Photo: Reuters / Christinne Muschi

Des résidents du chemin Roxham à Saint-Bernard-de-Lacolle craignent l'arrivée d'une deuxième vague de demandeurs d'asile. Encore en octobre, 1500 personnes ont traversé irrégulièrement la frontière canado-américaine. Ce chiffre pourrait augmenter, car les États-Unis ont annoncé la semaine dernière que 300 000 migrants, principalement d'Amérique centrale, pourraient devoir quitter le sol américain en 2018.

Un reportage de René Saint-Louis

Sur le bucolique chemin Roxham, plusieurs ont fermé leur résidence d'été pour la saison froide. Mais ceux qui y habitent toute l'année n'en peuvent plus d'une situation qui perdure et qu'ils jugent absurde.

C'est le cas d'Hélène Gravel, qui entrevoit la reprise d'un bal impromptu et continu de véhicules qui vont se remettre à circuler sur ce chemin de campagne jadis tranquille.

Des minibus, des camions de valises, des autopatrouilles, des journalistes et le camion pour nettoyer les toilettes... Ma rue, dit-elle, est devenue un bureau de la GRC avec des installations, ce qui veut donc dire du passage.

Il serait peut-être temps de les faire entrer par ailleurs que par un fossé. Obligeant également les policiers payés par les taxes des Canadiens à travailler là sur le bord du fossé en attendant que les gens traversent. Ça n'a comme pas de sens !

Hélène Gravel, résidente du chemin Roxham
Hélène Gravel habite toute l'année sur le chemin Roxham devenu la porte d'entrée au Canada pour des milliers de demandeurs d'asile.Hélène Gravel habite toute l'année sur le chemin Roxham devenu la porte d'entrée au Canada pour des milliers de demandeurs d'asile. Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

La solution qu'elle préconise pour mettre fin à tout cela est politique. À savoir que le Canada se retire de l'entente de 2004 sur les tiers pays sûrs qui fait en sorte qu'un migrant doit faire sa demande d'asile dans le premier pays où il arrive, donc États-Unis ou Canada, sauf s'il traverse la frontière à travers champs...

À mon avis, il n'y a qu'une seule solution, mais le gouvernement canadien l'a refusée jusqu'à présent. Mais maintenant que le gouvernement américain a changé et qu'il est fortement à droite, moi, je pense que cette entente n'a plus de raison d'être pour nous ici au Canada. Surtout qu'il faut s'attendre à ce qu'il y ait de plus en plus de demandeurs d'asile.

Hélène Gravel, résidente du chemin Roxham

Puisque les migrants doivent entrer à travers bois ou à travers champs, certains proposent qu'ils passent par d'autres routes de campagnes moins habitées.

Des chemins d'entrée au Canada comme le chemin Roxham, il en existe des dizaines d'autres. Et c'est un peu le fruit du hasard, soutient Hélène Gravel, si le bouche-à-oreille puis les médias sociaux ont fait en sorte que c'est le chemin Roxham qui est devenu la porte d'entrée officieuse.

Ainsi, des migrants pourraient passer à travers champs entre les routes 223 et 221 ou encore par le prolongement de la route 217, soit le rang Saint-André.

Outre le fait de compter moins de résidents que le chemin Roxham, le rang Saint-André est plus près du centre d'accueil des migrants situé au poste-frontière de l'autoroute 15. La distance n'est que de 2 km alors que le chemin Roxham est à 7 km.

André Lafrance vient tout juste de se faire élire conseiller municipal à Saint-Bernard-de-Lacolle. André Lafrance vient tout juste de se faire élire conseiller municipal à Saint-Bernard-de-Lacolle. Photo : Radio-Canada / René Saint-Louis

Mais même s'il existe des lieux de passage plus tranquille que le chemin Roxham, cela ne ferait que déplacer le problème, croit le nouveau conseiller municipal de Saint-Bernard-de-Lacolle, André Lafrance. La solution qu'il privilégie est plutôt de tout déplacer à Montréal, où les infrastructures sont mieux adaptées pour accueillir tout ce monde.

Moi, ce que je préconise, c'est que le fédéral démantèle tout ce qu'il y a ici. On a des édifices à Montréal qui sont propres à recevoir tous ces réfugiés-là. Tout ce qu'on a à faire, c'est de prendre quatre autobus de l'armée, des coachs, pis faire une navette constante entre Montréal pis ici. On n'a pas à garder ces gens-là dans des roulottes, dans des conditions misérables.

André Lafrance, conseiller municipal à Saint-Bernard-de-Lacolle.

L'Agence des services frontaliers du Canada refuse pour l'instant de commenter ces propositions. L'ASFC dit se préparer pour l'hiver et terminer l'installation de 27 roulottes chauffées qui remplaceront les tentes installées par l'armée l'été dernier. Disposées le long de l'autoroute 15, juste avant le poste frontière, elles peuvent loger jusqu'à 200 personnes.

Du côté de la Gendarmerie royale du Canada, on refuse aussi de commenter l'idée de faire passer les migrants par des routes moins habitées que le chemin Roxham. « Nous évaluons constamment les entrées illégales et la criminalité transfrontalière et ne pouvons conseiller qui que ce soit quant à la façon de commettre une infraction, peu importe l'endroit de la frontière », écrit la GRC dans un courriel.

MISE AU POINT
Dans une version précédente de ce texte, nous employions l’expression « traversés illégalement » pour désigner l'entrée irrégulière des demandeurs d’asile dont il est question ici.
S’il est vrai que ces individus sont, pour la plupart, entrés de manière irrégulière au Canada, ils n’en sont pas pour autant illégaux ou clandestins.
Par souci d’exactitude, Radio-Canada privilégie l’expression demandeur d’asile quand il est question de ces personnes.

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