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Des mammouths mâles plus aventureux que les femelles

Représentation artistique d'un groupe de mammouths.
Représentation artistique d'un groupe de mammouths. Photo: iStock / Corey Ford

La prépondérance des mâles parmi les fossiles de mammouths a permis d'établir, un peu par accident, qu'ils prenaient beaucoup plus de risques que les femelles et que leurs comportements téméraires leur étaient souvent fatals.

Un texte de Renaud Manuguerra-Gagné

Chez beaucoup d’espèces animales, ce sont souvent les mâles qui vont prendre des risques susceptibles de mettre leur vie en danger. Il en va de même pour des espèces éteintes, comme les mammouths, indique une étude publiée dans la revue Current Biology (Nouvelle fenêtre).

Ces énormes éléphants nordiques ont commencé à disparaître il y a 10 000 ans, et les derniers spécimens se sont éteints dans des îles de Sibérie, il y a plus de 4000 ans. Alors, comment peut-on savoir que leurs mâles étaient téméraires?

C’est parce que la majorité des fossiles dont on dispose aujourd’hui sont ceux de mâles.

Représentation artistique de mammouthsReprésentation artistique de mammouths Photo : iStockphoto

Témérité immortalisée

Au départ, les chercheurs effectuaient une étude sur la génomique des mammouths. Ils ont accumulé leurs données à partir de poils, de dents, de défenses et de tissus organiques.

À mesure que les informations s’accumulaient, ils ont constaté que la majorité des spécimens avaient un chromosome Y. Sur les 98 mammouths testés, il y avait 66 mâles et 29 femelles.

Chez la majorité des espèces mammifères, le ratio mâle/femelle est d’environ 50 %, mais étrangement, 69 % des fossiles de mammouths appartenaient à des mâles.

Une première explication vient des conditions nécessaires à la fossilisation de ces fragments. Pour qu’un fossile traverse les millénaires, il est primordial que le corps soit enseveli rapidement, afin d’éviter qu’il ne soit détruit par les charognards et les éléments.

La grande majorité des mammouths retrouvés aujourd’hui vient de pièges naturels : il s’agit d’animaux qui se seraient aventurés sur de la glace qui a cédé, qui se seraient retrouvés piégés dans des tourbières ou qui auraient été emportés par des torrents de boue.

Aucune information sur l’âge de ces animaux au moment de leur mort n’était disponible pour les chercheurs, mais la surreprésentation des mâles indique toutefois que cet événement n’est pas uniquement dû au hasard.

Un groupe de mammouths dans des montagnes enneigéesReprésentation artistique de mammouths dans des montagnes enneigées Photo : iStock

La survie selon le sexe

Pour comprendre cette réalité, les chercheurs se sont tournés vers le comportement d’éléphants modernes, puisque les structures sociales des deux espèces auraient été extrêmement semblables.

Les éléphants évoluent dans des sociétés matriarcales au sein desquelles des femelles adultes se regroupent pour protéger leurs jeunes.

À la puberté, les jeunes mâles n’y sont plus admis et se retrouvent seuls ou dans des groupes de mâles dirigés par des adultes peu expérimentés et souvent affaiblis par des combats.

Ces jeunes éléphants risquent davantage de commettre des actes impulsifs et de se blesser. Dans le cas des mammouths, pareille situation aurait pu les rendre plus vulnérables à des accidents et à des pièges qui auraient enseveli rapidement les corps et les auraient conservés jusqu’à notre époque.

De leur côté, les groupes de femelles, dirigés par des bêtes plus expérimentées, auraient disparu dans des circonstances moins dramatiques et les corps auraient donc été exposés aux éléments, ce qui aurait rendu la fossilisation des femelles plus rare.

Ces comparaisons restent du domaine de la spéculation et la principale critique envers ces travaux concerne le fait qu’ils se basent sur le comportement d’animaux modernes pour comprendre ceux d’espèces disparues.

Toutefois, certains experts pensent que cette façon de procéder ouvre la porte à d’autres études consacrées aux mammifères nordiques disparus, tels que certains bisons ou chevaux préhistoriques, pour essayer de mieux comprendre leur comportement.

Science