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Crimes sexuels dans l'Église : les paroissiens payeront-ils pour les erreurs des prêtres?

En plus d'ébranler la foi des paroissiens, les 56 nouvelles poursuites au civil déposées devant les tribunaux inquiètent les diocèses de Moncton et de Bathurst. Leurs coffres financiers sont de moins en moins nantis.
En plus d'ébranler la foi des paroissiens, les 56 nouvelles poursuites au civil déposées devant les tribunaux inquiètent les diocèses de Moncton et de Bathurst. Leurs coffres financiers sont de moins en moins nantis. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

L'Église catholique en Acadie croule sous une série de nouvelles poursuites pour des allégations de crimes sexuels commis par des prêtres. Ces batailles judiciaires coûtent très cher et l'archevêque de Moncton n'écarte pas la possibilité de déclarer faillite. Mais les paroissiens sont-ils prêts à payer pour les erreurs du passé?

Un texte de Pierre-Alexandre Bolduc

L'Église catholique a toujours demandé à ses fidèles de donner. Mais les 56 nouvelles poursuites contre des prêtres devant les tribunaux du Nouveau-Brunswick pourraient faire diminuer le nombre de dons. Dans presque toutes les poursuites, l'Église est directement montrée du doigt par les présumées victimes.

Les coffres de l'Église se vident

En 2012, le processus de conciliation pour les 200 victimes des prêtres menés par l'ancien juge Michel Bastarache a coûté presque 20 millions de dollars aux diocèses de Moncton et de Bathurst.

« Les gens ne veulent vraiment pas donner pour que ça aille aux victimes. Ça, les gens me le disent très clairement. Il y a cette peur-là », Valéry Vienneau, archevêque de Moncton.« Les gens ne veulent vraiment pas donner pour que [les dons] aillent aux victimes. Ça, les gens me le disent très clairement. Il y a cette peur-là », Valéry Vienneau, archevêque de Moncton. Photo : Radio-Canada

Ça nous coûte très cher. Dans le moment, on est en poursuite pour nos assurances. Si on réussi à obtenir quelque chose peut-être qu'on pourra bien se tenir la tête au-dessus de l'eau. Si on n'a rien des assurances, je ne sais pas ce qui arrivera exactement.

Valéry Vienneau, archevêque de Moncton

Depuis, les diocèses ont décidé de poursuivre leurs compagnies d'assurances pour obtenir un dédommagement financier.

Mais les compagnies d'assurances se défendent. Elles affirment qu'elles n'ont pas à rembourser l'Église puisque l'institution était au courant des agressions sexuelles.

Une messe du dimanche à l'église Christ-Roi de Moncton, au Nouveau-Brunswick.Une messe du dimanche à l'église Christ-Roi de Moncton, au Nouveau-Brunswick. Photo : Radio-Canada

Le remboursement des compagnies d'assurances est en quelque sorte le dernier espoir pour l'Église. Sans quoi, l'institution risque de déclarer faillite.

« J'espère qu'on n'a pas besoin de prendre cette route-là, mais il y en a d'autres qui ont été obligés de [déclarer faillite], lance Mgr Vienneau. On n'est pas rendu là, mais si les assurances ne remboursent pas, je ne sais pas ce qui peut arriver. »

Un fardeau financier insoutenable?

La facture des poursuites civiles pourrait être salée pour les diocèses visés au Nouveau-Brunswick.

L'ancien juge de la Cour suprême Michel Bastarache croit que déclarer faillite ne rapporterait pas grand-chose à l'Église catholique en Acadie.

« Qu'est-ce que vous voulez faire avec une église? Ils ont déjà vendu les terrains qu'ils avaient, les maisons. Ils ont coupé le personnel, explique Michel Bastarache. Ils ont épuisé tout ce qu'ils avaient dans les banques. Je crois qu'ils ont aussi fait des emprunts. Alors, ce n'est pas une solution. »

L'ancien juge Michel Bastarache a interrogé quelque 200 victimes de prêtres pédophiles en Acadie. Il est surpris de voir autant de nouvelles poursuites au civil puisque les gens doivent divulguer leur identité. L'ancien juge Michel Bastarache a interrogé quelque 200 victimes de prêtres pédophiles en Acadie. Il est surpris de voir autant de nouvelles poursuites au civil puisque les gens doivent divulguer leur identité. Photo : Radio-Canada

Des paroissiens ne veulent pas donner pour les prêtres fautifs

Plusieurs paroissiens sont catégoriques : ils ne veulent pas donner d'argent pour financer les erreurs des prêtres.

Les gens ne veulent vraiment pas donner pour que ça aille aux victimes. Ça, les gens me le disent très clairement. Il y a cette peur-là.

Valéry Vienneau, archevêque de Moncton

« Les gens disent qu'on va donner à l'Église puis ça va finir dans une cause en justice alors que ça devrait servir pour le développement, la pastorale, les choses comme ça », explique le professeur retraité de sciences religieuses à l'Université de Moncton, Pierre-Marin Boucher.

« Nous autres l'argent qu'on donne c'est pour chauffer, réparer puis entretenir. » Berta, paroissienne Photo : Radio-Canada

Ancien professeur de la Faculté de théologie de l'Université de Montréal, Jean-Guy Nadeau croit aussi que les scandales des prêtres agresseurs rendent la quête moins attrayante.

« Je sais que les fidèles trouvent ça injuste d'avoir à payer actuellement pour ce qui s'est fait il y a 30 ou 40 ans dans un autre contexte », explique Jean-Guy Nadeau.

« Pour moi, c'est aider mon prochain. C'est pour cela que je donne. »Gérard, paroissien Photo : Radio-Canada

Des croyants pour toujours

Malgré tout, certains paroissiens ne laissent pas ces scandales et allégations contre des prêtres ébranler leur foi. Parmi les 200 victimes que Michel Bastarache a rencontrées en 2012-2014, certaines réactions l'ont surprise.

« Il y a des gens très pauvres qui ont reçu une compensation et qui l'ont retournée à l'Église en disant qu'ils ne voulaient pas que les autres paroissiens soient finalement les gens qui payent la compensation financière de façon indirecte », se souvient l'ancien juge Michel Bastarache.

Nouveau-Brunswick

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