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Les limites de la production hors quota

Trois poules brunes picorent dans un pré

Des poules de la ferme de Dominic Lamontagne, à Sainte-Lucie-des-Laurentides

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Au cours des dernières années, on a vu apparaître de plus en plus de fermes qui cultivent sur de petites surfaces une diversité de produits vendus localement. Ces producteurs veulent pouvoir offrir aux consommateurs des légumes, de la viande et des œufs. Or, le système actuel les limite.

Un texte de Ginette Marceau, de La semaine verte

Dominic Lamontagne rêvait d’avoir une ferme avec deux vaches, 200 poules pondeuses et 500 poulets.

« On s'est dit qu'on serait capables d'aller chercher un chiffre d'affaires d'environ 100 000 $ en vendant ces produits-là bruts dans un marché public », explique-t-il. « En les transformant, puis en les mettant en marché à la ferme, on serait capables d'aller chercher 200 000 $ ou 230 000 $. »

À sa ferme de Sainte-Lucie-des-Laurentides, il y a une serre, une cuisine où il transforme des produits, deux chèvres, des poules pondeuses et des poulets. Mais on est loin du nombre espéré.

Plan rapproché de M. LamontagneAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Dominic Lamontagne, agriculteur

Photo : Radio-Canada

On empêche les gens d’avoir une ferme qui peut, entre autres (ou d’abord), être vivrière.

Dominic Lamontagne, agriculteur

Benoît Girouard dirigeait jusqu’à tout récemment l’Union paysanne. Lui aussi rêvait d’avoir une ferme artisanale. « Je voulais faire du poulet et pouvoir l’abattre à la ferme », raconte-t-il. « J’aurais voulu faire du lait cru, des œufs fermiers. Si je l’avais fait, j'aurais été hors-la-loi. »

J'ai enseigné dans un centre de formation agricole dans lequel mes élèves venaient justement pour apprendre sur les petits élevages et j'ai volontairement presque tué des projets lorsque je leur démontrais les règles dans lesquelles ils devraient opérer.

Benoît Girouard, ancien président de l’Union paysanne

Le quota et le hors quota

Au Québec, comme dans toutes les provinces canadiennes, il faut détenir des quotas pour produire du poulet, des œufs, du dindon et du lait.

Or, les quotas sont limités, parfois non disponibles et, surtout, très chers. Il est toutefois permis de produire en petites quantités sans détenir de quota.

La seule province qui permet la production de lait hors quota est l’Alberta, qui autorise 50 litres par jour.

Le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador se retrouvent tout en bas de la liste quand il est question de permettre des productions hors quota.

Avec 100 poulets, qu’est-ce que tu veux faire? Nous, on en mange entre 60 et 70 juste à quatre. Le reste, on le passe en soupers quand il y a des amis qui viennent.

Dominic Lamontagne, agriculteur
Une vingtaine de poules mangent des grainsAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Des poules de la ferme Selby, à Dunham

Photo : Radio-Canada

Au Québec (comme ailleurs au pays), le seuil de production sans quota est déterminé par les associations d’éleveurs qui détiennent des quotas.

Jean-Philippe Deschênes-Gilbert, directeur des affaires réglementaires à la Fédération des éleveurs de volailles du Québec, explique les raisons qui font varier ces seuils.

« Du côté de la Colombie-Britannique, il y a des seuils un peu plus élevés pour répondre à des besoins particuliers, notamment les besoins des communautés culturelles », affirme-t-il. « En Ontario, on a tenu compte des abattoirs. […] C’est plus facile de permettre un seuil plus élevé parce qu'il y a plus d'abattoirs qu'au Québec. »

Ce n'est pas une volonté de protectionnisme.

Jean-Philippe Deschênes-Gilbert, directeur des affaires réglementaires à la Fédération des éleveurs de volailles du Québec

La preuve, dit-il, c’est que la Fédération a mis en place des programmes destinés à permettre à certains producteurs de la relève de se lancer en production et d’obtenir plus facilement des quotas. Jusqu’à maintenant, 80 jeunes agriculteurs en ont bénéficié.

Un autre projet est à l’étude à la Régie des marchés agricoles et alimentaires au Québec pour répondre plus spécifiquement aux besoins des marchés de proximité.

La Fédération des producteurs de volailles dit vouloir s’assurer de la viabilité des fermes, du respect des normes sur le bien-être animal et de la salubrité. L’association, qui fait partie de l’Union des producteurs agricoles (UPA), craint qu'un déséquilibre entre l’offre et la demande apparaisse en haussant le plafond hors quota.

Si c'est bar ouvert pour tout le monde, est-ce qu'on va être capables de répondre à ce principe fondamental de la gestion de l'offre?

Jean-Philippe Deschênes-Gilbert, de l’UPA

La demande pour les œufs, le poulet et le dindon fermiers

Un carton d'oeufs dans l'étalage d'un producteur agricoleAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le marché agricole de Sainte-Foy

Photo : Radio-Canada

Y a-t-il une demande des consommateurs pour ces produits de niche? Oui, répond Benoît Girouard, de l’Union paysanne.

« J’ai produit au noir pendant plusieurs années des centaines de poulets », raconte-t-il. « J'ai eu des commandes de 700 à 1000 poulets pour un seul individu. »

Patrick Mundler, professeur à l’Université Laval, s’intéresse aux circuits courts – c’est-à-dire les marchés publics et la vente à la ferme – ainsi qu’au dossier de la production sans quota. « Aujourd’hui, on s'aperçoit qu'une bonne partie de la relève non apparentée [hors du cadre familial] souhaite s'orienter vers les circuits courts », explique-t-il.

Selon lui, les produits provenant des circuits courts ne représentent que 3 % de l'alimentation des Québécois. « Ce n’est pas beaucoup, mais il y a une grande marge de progression », conclut-il.

L’Union paysanne demande à la Régie des marchés agricoles et agroalimentaires du Québec de permettre une hausse substantielle de la production hors quota.

Dans son rapport sur la relève agricole (Nouvelle fenêtre) (publié en avril 2016), le sous-ministre à la retraite Jean Pronovost allait, lui aussi, dans le même sens.

Le ministre de l’Agriculture a commandé une étude sur la question qui devrait être rendue publique cet automne.

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