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Crimes sexuels dans l'Église : comment garder la foi?

Le Parti vert présente sa plateforme électorale en vue des élections provinciales de septembre 2019.

Radio-Canada

Au moins 56 poursuites au civil contre des prêtres acadiens accusés de sévices sexuels sont actuellement devant les tribunaux. Alors que l'Église catholique traverse une crise sans précédent au Nouveau-Brunswick, pourquoi les fidèles continuent-ils à remplir les bancs d'église?

Un texte de Pierre-Alexandre Bolduc

L'horizon semble bien sombre pour l'Église catholique en Acadie. Au Nouveau-Brunswick, les accusations et les allégations d'abus et d'agression sexuelles se multiplient. En tout, au moins 11 prêtres sont visés par 56 nouvelles poursuites civiles depuis 2014, lorsqu'a pris fin le processus de conciliation pour les victimes de prêtres pédophiles.

C'est sûr que ça dérange. C'est sûr que ça nuit, et c'est sûr que ça peut jouer sur la crédibilité de l'Église. Ça, je le conçois.

Valéry Vienneau, archevêque de Moncton

Souvent, les faits sont reprochés par d'anciens enfants de choeur qui participaient aussi à des activités sportives ou culturelles au sein même de l'Église.

Certains des prêtres visés sont décédés et d'autres sont en prison pour des crimes de nature sexuelle.

Moncton : 
Yvon Arsenault - 14 poursuites
Paul Breau - 1 poursuite 
Camille Léger - 32 poursuites
Guillaume Pellerin - 1 poursuite 
Edward Cormier - 1 poursuite
Clément Guy Melanson - 1 poursuite

Edmundston : 
Rino Deschênes - 5 poursuites

Bathurst :
Normand Dugas - 1 poursuite
Non-identifié - 1 poursuite

Total : 57 poursuitesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Poursuites contre des prêtres du Nouveau-Brunswick

Photo : Radio-Canada

La quantité de nouvelles victimes présumées surprend

Entre 2012 et 2014, l'ancien juge à la retraite Michel Bastarache a mené - à la demande de l'Église - un processus de conciliation pour les victimes de prêtres pédophiles.

Il a rencontré de manière confidentielle plus de 200 victimes des diocèses de Moncton et de Bathurst.

Aux termes du processus de conciliation, les victimes ont reçu des compensations financières de presque 18 millions de dollars.

Je ne comprends pas pourquoi ces personnes auraient attendu aussi longtemps.

Michel Bastarache, juge à la retraite.
L'ancien juge Michel Bastarache a interrogé quelque 200 victimes de prêtres pédophiles en Acadie. Il est surpris de voir autant de nouvelles poursuites au civil puisque les gens doivent divulguer leur identité.

L'ancien juge Michel Bastarache a interrogé quelque 200 victimes de prêtres pédophiles en Acadie. Il est surpris de voir autant de nouvelles poursuites au civil puisque les gens doivent divulguer leur identité.

Photo : Radio-Canada

Les 56 nouvelles poursuites étonnent l'ancien juge de la Cour suprême.

« Ça me surprend parce que j'ai vu pratiquement 100 victimes aussi bien à Moncton qu'une autre centaine à Bathurst et je vous dirais que 90 % tenaient absolument à la confidentialité. »

À titre comparatif :

Au Québec, au moins 600 personnes ont été victimes d'agression sexuelle de la part de membres de l'Église selon le Comité des victimes de prêtres du Québec. Toute proportion gardée, les 200 victimes reconnues par l'Église en Acadie représentent trois fois et demie plus de cas.

Quel impact sur la foi des paroissiens?

Depuis 2014, les nouvelles poursuites contre des prêtres et l'Église ont fait la manchette à plusieurs reprises. Certains paroissiens disent savoir faire la distinction entre l'Église et les gestes de certains prêtres. De leur côté, les experts ne sont pas tous d'accord sur l'impact des scandales sur la confiance des croyants.

« Il y en a pour lesquels ça va mettre en cause leur foi en Dieu, mais je ne pense pas que ce soit le plus grand nombre. En tous cas, les études n'indiquent pas ça », lance le professeur retraité de la Faculté de théologie de l'Université de Montréal Jean-Guy Nadeau.

Le professeur retraité de sciences religieuses à l'Université de Moncton Pierre-Marin Boucher croit que les nombreuses poursuites contre des prêtres peuvent avoir des conséquences graves pour l'Église.

Le professeur retraité de sciences religieuses à l'Université de Moncton, Pierre-Marin Boucher croit que les nombreuses poursuites contre des prêtres peuvent avoir des conséquences graves pour l'Église.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Le professeur retraité de sciences religieuses à l'Université de Moncton Pierre-Marin Boucher croit pour sa part que les allégations contre des prêtres catholiques peuvent faire tourner le dos à certains paroissiens. Il explique cependant que l'époque des faits reprochés était différente et que l'Église a agi comme toutes les autres institutions de l'époque l'ont fait.

On voulait sauver la grandeur de l'institution, on voulait sauver sa face dans le fond.

Pierre-Marin Boucher, professeur retraité de sciences religieuses à l'Université de Moncton

« On n'était pas conscient de la gravité que ça pouvait causer chez les enfants dans leur développement, explique Pierre-Marin Boucher. Mais de crise en crise, on a fini par prendre conscience que c'était sérieux, que c'était grave et que ça avait une influence décisive. Alors là, les autorités ont commencé à réfléchir. »

Un poids lourd pour l'archevêque de Moncton

Monseigneur Valéry Vienneau est plongé dans la tourmente des prêtres pédophiles depuis une dizaine d'années.

« Je suis fatigué, vraiment épuisé dans le dossier, lance Monseigneur Vienneau. D'un autre côté, ça fait aussi partie de mes responsabilités de faire de mon mieux pour rendre justice à ces gens-là. »

Mgr Valéry Vienneau du diocèse de Moncton est plongé dans le scandale des prêtres pédophiles depuis 10 ans. Il croit cependant que les croyants gardent la foi en l'Église.

Mgr Valéry Vienneau du diocèse de Moncton est plongé dans le scandale des prêtres pédophiles depuis 10 ans. Il croit cependant que les croyants gardent la foi en l'Église.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Valéry Vienneau est convaincu que ses paroissiens savent « ne pas mettre tout le monde dans le même panier ». S'il affirme que l'Église ne savait pas tout ce qui pouvait se passer à l'époque, il reconnaît les torts qui lui sont reprochés.

Je reconnais que, comme institution, on aurait dû protéger les enfants de quelque manière et ça n'a pas été fait comme ça aurait dû.

L'archevêque du diocèse de Moncton, Valéry Vienneau

L'archevêque de Moncton connaît pratiquement toutes les victimes. Certaines viennent même se confier à lui. Elles lui racontent leurs agressions.

« Leur intégrité a été trichée par quelqu'un qui était dans l'Église. Donc ça peut peut-être les aider à se réconcilier avec tout ça. »

Un ancien curé accuse l'institution

Pendant une vingtaine d'années, Fernand Arsenault a été curé au Nouveau-Brunswick. Il a par la suite décidé de quitter la prêtrise pour se marier et fonder une famille. L'ancien curé dit avoir connu la plupart des prêtres accusés et coupables.

Fernand Arsenault sur le bord de l'eau.

L'ancien prêtre Fernand Arsenault se dit attristé à chaque fois qu'il entend parler de nouvelles présumées victimes de prêtres pédophiles. Il croit que l'Église a caché ces crimes.

Photo : Radio-Canada / Pierre-Alexandre Bolduc

Moi j'accuse l'institution, l'Église catholique romaine et sa curie. Je les accuse vraiment d'avoir couvert ces drames-là.

Fernand Arsenault, ancien prêtre

« Il fallait garder le silence sur ce qui s'était passé et je crois qu'il y a des évêques qui ont obéi à ce commandement-là et moi je trouve ça terrible », lance Fernand Arsenault.

Nouveau-Brunswick

Société