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Une forte culture du tatouage, mais pas à son plein potentiel

Gros plan sur un bras recouvert de multiples tatouages. Le client est en train de recevoir un nouveau tatouage.
Un tatoueur dans un studio d'Ottawa Photo: Radio-Canada / Stéphanie Rhéaume

Les adeptes du tatouage vont converger dès vendredi au Hilton Lac-Leamy dans le cadre du 9e Salon du tatouage d'Ottawa-Gatineau. Si la région peut se targuer de compter plus de 70 studios sur son territoire, elle peine malgré tout à s'inscrire comme une réelle capitale du tatouage.

Un texte de Stéphanie Rhéaume

Les tatoueurs d’Ottawa et de Gatineau ne manquent pas de travail. Pourtant, selon des artistes-vétérans des deux côtés de la rivière, il y a encore loin de la coupe aux lèvres pour atteindre la réputation de villes artistiques comme Montréal ou Vancouver.

Daniel Pagé oeuvre seul dans son studio de Gatineau. Celui qui manie l’aiguille depuis une quinzaine d’années fait figure de doyen dans le domaine en Outaouais.

Portrait photo de Daniel Pagé dans son atelier. Il a une barbe clairsemée et porte une casquette rétro. Son cou est tatoué. Accrochée au mur derrière lui, un crâne et des cornes de taureau, un cadre religieux, un masque africain et des collants de crânes humains.Le tatoueur gatinois Daniel Pagé Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rhéaume

Pour lui, la notoriété de la région en tatouage reste encore à faire. En comparaison, la culture artistique du tatouage s’est bâtie naturellement à Montréal.

Tu t’en vas là, ça pue le tatouage. Ça pue l’art.

Daniel Pagé, tatoueur

Plus de studios, plus de tatoueurs

Pour le propriétaire du D Tales Tattoos, Daniel Pagé, le métier de tatoueur semble attirer la relève ici, parce qu’il permet de combiner un talent pour le dessin et l’appât du gain.

Depuis les cinq ou six dernières années, il y a eu un boom incroyable de nouveaux tatoueurs. Il y en a qui ont beaucoup de potentiel.

Daniel Pagé, tatoueur

« Mais ce n’est pas une job facile non plus. Il y a l’envers de la médaille, que bien des nouveaux tatoueurs ne connaissent pas », insiste Daniel Pagé, qui se relève cet automne d’un épisode d’épuisement professionnel.

Le tatoueur franco-ontarien Jason Potvin pratique le métier depuis 1987. En 30 ans, il a vu les salons se multiplier dans la capitale, mais il a surtout vu un changement des mentalités.

Un homme âgé dans la fin de la quarantaine est en train de faire un petit tatouage sur un poignet.Le tatoueur Jason Potvin Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rhéaume

« Quand j’ai commencé, il y avait le stéréotype que si tu avais un tatouage, c’est parce que tu venais de sortir de prison, ou t’étais un motard. Maintenant, il y a des madames de 60 ans qui rentrent avec leur famille qui se font tatouer. Il y a deux ou trois mois, j’ai tatoué une femme qui avait plus de 80 ans! », relate Jason Potvin, le sourire aux lèvres.

Tout le monde se fait tatouer de nos jours.

Jason Potvin, tatoueur

En fait, plus d’un Canadien sur cinq a un tatouage. C’est ce que révélait un sondage de la firme Ipsos-Reid en 2012.

Gros plan sur un petit tatouage d'ananas en cours sur un poignet. On peut voir les gants bleus de caoutchouc portés par le tatoueur Jason Potvin.Jason Potvin à l'oeuvre Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rhéaume

Même si Ottawa et Gatineau ne peuvent pour l’instant se mesurer aux métropoles canadiennes du tatouage, elles attirent néanmoins des amateurs de l’extérieur.

Jason Potvin, qui est le propriétaire du Black Pearl Body Art and Piercing Salon, raconte que certains de ses clients sont venus d’aussi loin que de l’Alberta et de l’Islande pour lui rendre visite dans son studio du quartier Vanier.

Une région conservatrice

Pour ces deux vieux routiers, l’ADN du tatouage dans la région est fortement marqué par la fonction publique. Les tatouages noirs et gris ont la cote, le réalisme aussi.

Daniel Pagé souligne que ce sont les employés du gouvernement fédéral qui font carrément vivre l’industrie du tatouage à Ottawa-Gatineau. Par conséquent, la culture de la fonction publique rend plus difficile un réel éclatement artistique de la scène locale du tatouage.

La jeune tatoueuse Becky Dahl, qui commence sa carrière aux côtés de Jason Potvin, abonde dans le même sens.

Une jeune femme au nez percé, aux cheveux noirs relevés avec des mèches bleues pose devant un mur couvert de dessins. Elle porte un t-shirt noir qui laisse entrevoir un tatouage naissant au bas du cou.La tatoueuse Becky Dahl Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rhéaume

Ici, c’est assez conservateur, à cause du gouvernement.

Becky Dahl, tatoueuse

Malgré ce conformisme ambiant, certains employés de la fonction publique repoussent les limites des stéréotypes qui sont conférés à leur profession.

Parlez-en à Sophie Lauzon Larochelle, chef d’équipe à la Défense nationale. La jeune femme de 31 ans a du mal à compter le nombre de tatouages qui recouvrent son corps.

Une jeune femme porte une robe corset bleue claire à l'image d'Alice aux pays des merveilles. Elle est assise par terre. Ses bras et ses jambes sont tatoués. Le sol est recouvert de feuilles mortes.Sophie Lauzon Larochelle est une adepte du tatouage qui travaille pour la Défense nationale Photo : Stéphanie Grondin / Foreveralive photography

Bien qu’elle ait fait l’objet de quelques commentaires négatifs en début de parcours professionnel, elle observe dans son ministère une plus grande ouverture à l’égard des tatouages. Pour Sophie Lauzon Larochelle, cette transition s’explique par l’importance accordée à la diversité.

Malgré tout, certains préjugés persistent.

J'aime penser qu'en voyant mon efficacité et mon professionnalisme au travail, j'aide la communauté tatouée à être mieux vue et prouve que finalement, la couleur de ma peau n'altère aucunement la qualité de mon travail.

Sophie Lauzon Larochelle, fonctionnaire et adepte du tatouage

Pour elle, la culture du tatouage dans la région se révèle l’exemple parfait de deux extrêmes.

Une jeune femme tatouée avec un anneau dans le nezSophie Lauzon Larochelle Photo : Courtoisie : Sophie Lauzon Larochelle

« Nous avons des gens passionnés qui recherchent leurs artistes, visitent les studios, font leurs choix basés sur le style voulu et sont prêts à assumer les coûts de la qualité. Nous avons des artistes très talentueux qui vivent de cette passion. Puis, nous avons les gens qui recherchent les deals, les prix le plus bas possible au lieu de la qualité », se désole Sophie Lauzon Larochelle.

Pour qu’Ottawa-Gatineau s’inscrive réellement comme une capitale du tatouage, il faudrait selon elle moins de studios, plus de qualité et de la régulation des deux côtés de la rivière.

« Tant que les consommateurs soutiendront les tatoueurs-maison, ils vont continuer de nuire aux artistes vivant de cet art », conclut Sophie Lauzon Larochelle.


Des artistes tatoueurs à découvrir

Les coups de coeur de Daniel Pagé

- Phil Cantin de Tatouage Collectif à Gatineau

Un tatoueur en plein travailAgrandir l’imageLe tatoueur Phil Cantin Photo : Mathieu Tremblay Photographie
Des tatouages réalisés par Phil CantinDes tatouages réalisés par Phil Cantin Photo : Courtoisie : Phil Cantin

- Coco du Studio Rituel à Gatineau

Un tatoueur en plein travailAgrandir l’imageLe tatoueur Coco du Studio Rituel à Gatineau Photo : Courtoisie : Coco Studio Rituel
Un tatouage d'Iron ManUn tatouage réalisé par Coco du Studio Rituel à Gatineau Photo : Courtoisie : Coco Studio Rituel

Le coup de coeur de Jason Potvin

- Dan Allaston du New Moon à Ottawa

Les coups de coeurs de Becky Dahl

- Rob Chambers, propriétaire du Cosmic Debris Studio à Ottawa

Samantha Read du Cosmic Debris Studio à Ottawa

Ottawa-Gatineau

Art de vivre