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Un enseignant relève le défi de s'alimenter avec 19 $ par semaine : « J'avais continuellement faim »

Clint Johnson a relevé le défi de se nourrir avec 19 dollars seulement pendant une semaine.
Clint Johnson a relevé le défi de se nourrir avec 19 $ seulement pendant une semaine. Photo: Radio-Canada / Jacqueline Landry
Radio-Canada

Peut-on survivre avec un panier d'épicerie de seulement 19 $ par semaine? Des membres de la coalition Raise the Rates, un organisme qui sonne l'alarme sur l'appauvrissement des Britanno-Colombiens, ont participé à ce défi. Leur constat est unanime : s'il est possible de survivre ainsi pendant sept jours, il est impossible de se nourrir sainement avec si peu d'argent.

Un texte de Jacqueline Landry

Les organisateurs du défi, qui en est à sa 6e année, souhaitent provoquer des changements dans la province, pour que les personnes qui vivent de l'aide sociale puissent demeurer en bonne santé.

Les membres de la coalition Raise the Rates parlent du défi des plus démunis de se nourrir avec seulement 19 dollars par semaine.Les membres de la coalition Raise the Rates parlent du défi des plus démunis de se nourrir avec seulement 19 $ par semaine. Photo : Radio-Canada / Jacqueline Landry

Le groupe a voulu illustrer qu'avec le chèque mensuel de 710 $, que reçoivent les plus démunis à travers l'aide sociale, il ne reste que 19 $ pour se nourrir chaque semaine, une fois le logement et les autres frais de première nécessité payés.

La somme de 2,60 $ par jour, c'est insuffisant pour se payer un simple café dans la plupart des restaurants.

Kell Gerlings, de la Coalition Raise the Rates
Kell Gerlings, de la coalition Raise the Rates, demande au gouvernement de la Colombie-Britannique de hausser le montant de l'aide sociale accordée aux plus démunis.Kell Gerlings, de la coalition Raise the Rates, demande au gouvernement de la Colombie-Britannique d'augmenter le montant de l'aide sociale accordée aux plus démunis. Photo : Radio-Canada / Jacqueline Landry

Il est ainsi impossible d'atteindre les normes recommandées en matière de nutrition, un panier d'épicerie coûtant 58,46 $ par semaine, selon la coalition.

Les personnes les plus pauvres ne peuvent alors s'acheter de la viande et souffrent d'une carence en protéines.

Avec mes 19 $, je peux acheter des nouilles en boîte déshydratées, des légumes en conserve, mais pratiquement jamais de protéines. Car je n'ai pas assez d'argent.

Erica Grant, porte-parole de la coalition Raise the Rates
Erica Grant, porte-parole de la coalition Raise the Rates, parle à la presse des difficultés de se nourrir avec seulement 19 dollars par semaine.Erica Grant, porte-parole de la coalition Raise the Rates, parle des difficultés de se nourrir avec seulement 19 $ par semaine. Photo : Radio-Canada / Jacqueline Landry

Se mettre à la place des plus démunis

Au cours de la dernière semaine, des participants ont relevé le défi de se nourrir avec 19 $ seulement, sans aide extérieure et sans avoir recours aux banques alimentaires.

Clint Johnson, un enseignant de Chilliwack et vice-président de la Fédération des enseignants de la province (BCTF), compare le défi à une véritable épreuve mentale.

Acheter et préparer la nourriture occupait toutes mes pensées. Manger devient donc une préoccupation majeure dans l'esprit des personnes pauvres et elles ne peuvent penser à rien d'autre.

Clint Johnson, enseignant et vice-président de la BCTF

« Pendant une semaine, dit-il, j'ai mangé des pommes de terre, des fèves que j'ai fait cuire moi-même, car elles sont moins chères en sac, je me suis fait une soupe et j'ai bu beaucoup d'eau. J'ai aussi eu la chance d'acheter des fruits et des légumes dont on ne voulait plus au marché pour 1 $ le sac. Malgré mes efforts, j'ai perdu du poids. »

Clint Johnson admet qu'il a mis beaucoup de temps à rechercher la meilleure combinaison possible d'aliments pour ingérer les vitamines et les protéines dont son corps avait besoin.

Il croit que toutes les personnes démunies ne possèdent pas cette connaissance et qu'elles finissent par ne consommer que des féculents faibles en nutriments.

Père de cinq enfants, il n'ose imaginer le déchirement que doivent ressentir les parents dans cette situation, devant des enfants qui ont faim et qui sont en pleine croissance.

Ça doit être déchirant pour des parents de faire leur épicerie.

Clint Jonhson, enseignant et vice-président de la BCTF

Lily Crist, la directrice générale de l'organisme d'aide francophone La Boussole, qui relevait aussi le défi, a réussi à tenir seulement trois jours. Elle a trouvé l'expérience très difficile.

Lily Crist, directrice générale de La Boussole, a tenté de relever le défi de s'alimenter avec 19 dollars pendant une semaine mais a dû abandonner après trois jours.Lily Crist, directrice générale de La Boussole, a tenté de relever le défi de s'alimenter avec 19 $ pendant une semaine, mais a dû abandonner après trois jours. Photo : Radio-Canada / Jacqueline Landry

C'était une vraie catastrophe. Je ne pouvais pas me passer de café. J'ai donc dû débourser 8 $ pour un sac de café. Je n'avais plus assez d'argent pour le reste de la semaine.

Lily Crist, directrice générale de La Boussole

Aide à la pauvreté

En septembre, le gouvernement a haussé le montant de l'aide sociale de 100 $ par mois.

Mais, selon Kell Gerlings, de la coalition Raise the Rates, il faut en faire davantage. « En bout de ligne, ajoute-t-elle, ça coûtera plus cher à la province de soigner ces gens-là que d'augmenter le montant de l'aide sociale. »

S'il faut refaire le défi une septième année, on le refera. Nous, on a eu faim pendant une semaine, mais eux, c'est leur vie, 365 jours par année.

Kell Gerlings, Coalition Raise the Rates

Colombie-Britannique et Yukon

Pauvreté