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De porte-conteneur à pétrolier, la transformation de l’Astérix

Des centaines de curieux étaient sur place pour voir le Astérix. Photo: Radio-Canada / Guylaine Bussière
Radio-Canada

La Marine royale canadienne s'apprête à prendre livraison de l'Astérix, plus grand navire de sa flotte. Il s'agit d'un porte-conteneurs qui a été converti en bateau de ravitaillement pour les Forces canadiennes. C'est une première canadienne, réalisée en moins de deux ans au chantier maritime Davie, à Lévis.

Un texte de Daniel Carrière, de Découverte

Les ravitailleurs transportent la cargaison, les munitions et les vivres pour d'autres bateaux. Mais l’Astérix est un pétrolier ravitailleur, un immense camion-citerne flottant transportant plus de 10 millions de litres de carburant.

Les pétroliers ravitailleurs s’approchent des autres navires et font le plein de carburant grâce à des pompes géantes qui ont un débit de plus de 120 litres par seconde. Cela permet aux autres navires de la Marine canadienne de poursuivre leurs missions sans avoir à retourner à la terre ferme pour faire le plein.

On peut voir trois navires sur l'eau, de devant, en contre-plongée. Celui du centre, le pétrolier ravitailleur, est connecté aux deux autres, qui font le plein de carburant.Extrait d'une animation montrant le pétrolier ravitailleur à l'oeuvre. Photo : Chantier Davie inc.

Le Canada avait un besoin urgent de ce navire. Les deux derniers ravitailleurs de la Marine royale – le Preserver et le Protecteur, qui ont été construits dans les années 60 – étaient trop vieux pour reprendre la mer.

Faute de ravitailleurs, l’Armée canadienne faisait appel à ses alliés pour faire le plein de ses navires. Un contrat pour la construction de deux nouveaux ravitailleurs a été octroyé par le gouvernement canadien en 2012, mais ces navires ne seront pas prêts avant 2021.

Pour pallier cette pénurie, Chantier Davie, à Lévis, a proposé une solution provisoire qui n’a jamais été réalisée au Canada : convertir un porte-conteneurs en bateau ravitailleur. Pour obtenir le contrat, le chantier a promis de convertir le navire pour le quart du prix d’un nouveau et de le livrer en moins de deux ans.

Pour réaliser ce défi, l'entreprise de Lévis a transformé un porte-conteneurs tout jeune de la marine marchande allemande. L’Astérix avait moins de sept ans et transportait jusqu’à 1700 conteneurs.

Avec ses 182 mètres et sa vitesse maximale de 22 nœuds, il était le candidat idéal pour la transformation, selon des experts.


Images : Chantier Davie


La reconversion a commencé le 30 novembre 2015. Il a fallu dépecer l’ancien porte-conteneurs et installer 62 réservoirs.

Pour gagner du temps, le Chantier Davie a privilégié une construction modulaire. Pendant qu’on démontait le porte-conteneurs sur l’eau, des soudeurs en atelier construisaient les nouvelles sections du navire. Ces modules ont tous été préassemblés avec leur tuyauterie et leur câblage, puis ils ont été déposés dans le navire, comme d’immenses blocs Lego.

On voit un gros bloc brun, de côté, qui est hissé sur le chantier naval à l'aide de grues.Un module préassemblé destiné au nouveau navire Photo : Jérémy Citone, Chantier Davie

Pour accélérer la conversion, l'entreprise de Lévis a fait appel à des sous-traitants européens. C’est de Norvège que sont venues les deux grues géantes à l’avant du navire, et c’est en Finlande qu'a été construite la superstructure du navire, qui comprend notamment les cabines de l'équipage, un hangar pouvant accueillir deux hélicoptères et un hôpital pouvant héberger 90 patients. Cet immense bloc d’acier de 2400 tonnes a traversé l’Atlantique sur une barge et a été déposé sur le nouveau navire grâce à des treuils hydrauliques de plus de 400 roues.

On voit en contre-plongée le navire au Chantier maritime Davie, à Lévis, à la pénombre. L'Astérix en pleine reconversion Photo : Jérémy Citone, Chantier Davie

Le nouveau navire a été dessiné par l’architecte naval Paul Barbeau. Du porte-conteneurs d’origine, il ne reste que la coque et la chambre des machines. Tout le reste est nouveau.

L’Astérix compte 17 fonctionnalités, dont certaines sont uniques.

Pour protéger l’équipage, Paul Barbeau a ajouté un pont couvert qui permet aux marins de traverser tout le navire sans être exposés aux intempéries.

Paul Barbeau a également pensé au confort des marins : pour la première fois dans l’histoire de la Marine royale, tous les membres de l’équipage auront leur chambre individuelle avec télévision, hublot, une connexion wi-fi et une salle de bain privée.

On voit le pétrolier ravitailleur sur le fleuve Saint-Laurent, devant le Chantier Davie, à Lévis.L'Astérix est prêt à prendre la mer Photo : Jérémy Citone, Chantier Davie

Le navire reconverti, qui commence ses essais en mer fin novembre, a coûté 660 millions de dollars – bien en deçà du prix de construction d’un navire neuf.

Chantier Davie, qui a souvent frôlé la faillite, espère que le succès de cette opération lui permettra d’obtenir d’autres contrats de reconversion. Les propriétaires du navire ont déjà repéré sept autres porte-conteneurs qui pourraient subir la même transformation.

Science