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Soirée hommage à Leonard Cohen : l’éternelle présence

Élégamment vêtu d'un veston noir, Sting chante et danse sur fond de lumière bleutée.
Sting a offert trois chansons de Leonard Cohen aux 15 672 spectateurs qui étaient réunis au Centre Bell lundi soir. Photo: Claude Dufresne
Philippe Rezzonico

Dès que le concert hommage Tower of Song a commencé, lundi soir au Centre Bell, Leonard Cohen était là, en images, derrière les grands rideaux translucides installés derrière les musiciens.

Ses mots, ses textes, ses poèmes, sa voix, ses musiques, son esprit… Il était omniprésent, le grand disparu de 2016. D’ailleurs, dès que Sting est venu interpréter Dance Me to the End of Love, une image de Cohen dans une fenêtre est apparue sur l’écran, un peu comme s’il allait, comme nous, assister au spectacle.

Pour rendre hommage au plus internationalement connu des artistes montréalais, son fils Adam et tous les producteurs qui ont mis la main à la pâte n’ont pas lésiné. Plus de 10 musiciens se trouvaient du côté cour de la scène : guitares, basse, claviers, batterie, mandoline, cuivres et choristes. L’ensemble pop, dira-t-on. Près d’une vingtaine d’autres musiciens se trouvaient du côté jardin : chef d’orchestre, piano et sections de cordes. L’ensemble classique.

Tous les artistes provenant du Québec, du Canada, des États-Unis et de la Grande-Bretagne pouvaient donc s’approprier le répertoire de Cohen de toutes les façons possibles. Si personne n’a tenté de faire du mimétisme – personne ne possède la voix unique de Cohen –, globalement, la plupart des invités ont opté pour des relectures dépouillées assez près des versions originales.

C’est le cas de Sting avec son offrande d’ouverture, durant l’interprétation de The Sisters of Mercy en deuxième partie et en fin de spectacle, avec Anthem et sa phrase déchirante : « There Is a Crack / A Crack in Everything ». Voix juste, quoique manquant un peu de tonus, sans fla-fla, mais le tout bien senti. Elvis Costello, l’autre vétéran Britannique, a eu une approche différente.

Ses interprétations de The Future et Bird on a Wire, avec guitare électrique, étaient plus chargées et dotées d’arrangements complexes. Les deux orchestres ont été mis à contribution. Sans dénaturer l’esprit des chansons, Elvis a su se les approprier.

« L’homme de la situation »

Dans un tel spectacle où le cahier des charges est énorme, on se demande toujours qui va chanter telle ou telle immortelle? Disons que je n’aurais pas parié que la pièce I’m Your Man allait être interprétée par une femme, en l’occurrence Sharon Robinson, choriste, auteure et amie de longue date de Cohen.

Avec un chapeau du genre de ceux que portait Leonard, Robinson a mordu dans la chanson avec un plaisir évident et partagé. La nouvelle mairesse de Montréal Valérie Plante se désignait comme étant « l’homme de la situation », disons que Sharon Robinson a été son pendant artistique lundi soir. Bonne idée, aussi, d’avoir cédé aux Américains Wesley Schultz et Jeremiah Fraites, des Lumineers, la grande Democracy et sa phrase assassine : « Democracy is coming to the U.S.A. ». Dans le contexte actuel…

Enchaînées parfois sans aucune présentation – sinon des extraits de films, de documentaires ou d’archives personnelles de la famille Cohen –, les chansons offraient parfois de gros contrastes. Feist a offert Hey, That’s No Way to Say Goodbye, comme une élève appliquée, contrairement à Patrick Watson et ses collègues qui ont chanté avec leurs tripes une version aérienne de Who By Fire. Passion aussi, pour Bettye LaVette et une fichue de belle interprétation de In My Secret Life, avec les Webb Sisters en arrière-plan, qui ont coloré presque toutes les chansons de la soirée.

Le chanteur montréalais Patrick WatsonPatrick Watson Photo : Claude Dufresne

Nous étions sur le mode de l'économie et de la sensibilité avec Damien Rice (Famous Blue Raincoat) ainsi qu’avec Børns (If It Be Your Will), nous étions tout ouïe pour Ron Sexsmith (Suzanne) et sur le mode rouleau-compresseur avec une Courtney Love (Everybody Knows) frondeuse comme on l’aime.

Le rendez-vous raté a été celui de Lana Del Rey avec Adam Cohen pour Chelsea Hotel No. 2. L’Américaine échangeait les paroles avec l’hôte de la soirée, mais elle semblait constamment chercher ses marques.

La muse

En revanche, le rendez-vous fabuleusement réussi fut celui d’Adam Cohen et des Webb Sisters pour So Long Marianne. Précédée d’images de Leonard Cohen et de Marianne Inlen, la chanson a été augmentée de passages lus par Adam de la lettre que son père avait envoyée à sa muse avant son décès. Je le dis sans honte : j’ai fondu en larmes. Et avec k.d. lang qui a enchaîné par une version céleste de Hallelujah, on avait besoin de respirer durant l’entracte.

La chanteuse k.d. lang chante avec ferveur.k.d. land a offert une version de « Hallelujah », l'une des chansons les plus connues de Leonard Cohen, lundi soir lors de l'hommage au chanteur décédé il y a maintenant un an. Photo : Claude Dufresne

Autre bonne trouvaille au retour de la pause, cette ouverture de Tower of Song avec le chœur Shaar Hashomayim suivie aussitôt par des portions préenregistrées de Willie Nelson, de Céline Dion, de Peter Gabriel, de Chris Martin (Coldplay) et de Cohen lui-même.

Cohen a aussi interprété dans cette soirée le poème A Thousand Kisses Deep (tiré du DVD d’il y a quelques années), tandis que Seth Rogen a fait de même avec Field Commander Cohen. La seule autre portion dialogue de la soirée – outre les présentations des musiciens d’Elvis Costello – a été occupée par le premier ministre Justin Trudeau et son épouse Sophie Grégoire, qui ont parlé de leur relation familiale avec le grand artiste.

On pensait bien que You Want It Darker – avec la voix de Cohen et le chœur – allait boucler le spectacle, mais Adam Cohen est revenu chanter la première chanson qu’il a apprise de son père, Coming Back to You, avec Basia Bulat. Et c’est cette dernière qui a entonné Closing Time, une offrande de circonstance.

Terminé? Si la fenêtre sur l’écran avec Leonard Cohen s’est graduellement éloignée de nous au fur et à mesure que le spectacle progressait, c’est néanmoins la voix de Cohen qui nous a accompagnés jusqu’à la sortie avec Save the Last Dance for Me.

Finalement, durant cette soirée hommage, Leonard Cohen aura été là, tout le temps, avec nous. Et il nous accompagnera encore longtemps de sa présence éternelle.

Ce concert sera diffusé en première mondiale le mardi 7 novembre à 20 h sur ICI Musique (Nouvelle fenêtre) (en ondes et sur le web), et sur ICI Radio-Canada Télé le 3 janvier 2018.

À lire aussi : Hommage à Leonard Cohen

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