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De « grands espoirs » pour l'Enquête nationale sur les femmes autochtones à Edmonton

Stephanie Harpe, dont la mère a été tuée il y a 20 ans, sera la première personne à témoigner lors des audiences à Edmonton.
Stephanie Harpe, dont la mère a été tuée il y a 20 ans, sera la première personne à témoigner lors des audiences à Edmonton. Photo: Brad Crowfoot Photography
CBC News

Depuis les 18 dernières années, il ne se passe pas une journée sans que Stephanie Harpe n'éprouve de l'anxiété en lien avec la mort de sa mère. Ruby Anne McDonald a été retrouvée morte dans un logement d'Edmonton, en 1999. Mme Harpe, qui a aujourd'hui 40 ans, s'est depuis le drame engagée à honorer les femmes autochtones disparues et assassinées, et doit prendre la parole à Edmonton, mardi, en compagnie d'une équipe de l'Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées.

« Je suis brave. Je suis forte. Je suis une femme qui est guérie », affirme Mme Harpe.

La quadragénaire précise qu'elle sera la première des 58 témoins qui partageront leurs expériences avec l'équipe de l'enquête à Edmonton.

« Je suis honorée et prête », dit-elle.

Les cérémonies d'ouverture de la rencontre devaient avoir lieu lundi après-midi avec l'allumage d'un feu sacré.

L'Enquête se penche sur la tragédie nationale que sont les morts et la disparition des femmes et des filles autochtones à travers le pays. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) a identifié 1200 victimes signalées entre 1980 et 2012, bien que certains experts estiment que le bilan véritable est bien plus élevé.

« J'ai beaucoup d'espoir », poursuit Mme Harpe à propos de l'Enquête, qui a publié un rapport intermédiaire la semaine dernière.

Le document de 119 pages comprend des conclusions préliminaires et des recommandations promettant de mettre au jour « des vérités difficiles à propos des effets dévastateurs de la colonisation, du racisme et du sexisme ».

Mme Harpe dit avoir ressenti les effets en question dans l'affaire de la mort de sa mère. Selon elle, la police a trop tardé à envisager la possibilité d'un meurtre. Elle souhaite recevoir des suggestions concrètes de la part de l'Enquête. Elle accorde à celle-ci la capacité de bâtir la confiance au sein des communautés autochtones.

« Il faut que la GRC, les policiers des villes, les juges, les avocats et le gouvernement fédéral disposent d'une représentativité autochtone dans tous ces secteurs », indique Mme Harpe.

« Pauvreté, discrimination et isolement »

Si l'Enquête a clairement indiqué qu'elle pourrait ne pas être en mesure de trouver réponse à tous les cas individuels, elle dispose néanmoins de l'autorité pour examiner les pratiques policières.

L'équipe de l'enquête se penche également sur les conséquences du système de bien-être à l'enfance, en plus du traitement des peuples autochtones dans des établissements tels que les hôpitaux et les prisons.

Voilà des questions pour lesquelles Muriel Stanley Venne cherche depuis des années à obtenir des réponses.

« En 2004 et 2005, nous avons rendu visite à des femmes autochtones à travers le pays », mentionne celle qui est présidente et fondatrice de l'Institute for the Advancement of Aboriginal Women, à Edmonton. « Il n'y avait à peu près pas de différences dans ce qu'elles disaient. »

« Ce dont j'ai entendu parler, c'est de pauvreté, de discrimination et d'isolement », ajoute-t-elle.

De son côté, le gouvernement albertain garde un oeil sur l'Enquête.

« Nous examinerons les recommandations et prendrons des décisions sur les façons nous permettant d'offrir un appui », mentionne ainsi Richard Feehan, ministre des Relations autochtones de la province.

Selon le ministre, l'Alberta réalise déjà des progrès à propos de certains thèmes principaux évoqués dans le rapport intermédiaire de l'Enquête.

Le ministre de l'Éducation chargé de s'attaquer au racisme

Toujours au dire de M. Feehan, le plan du ministère de l'Éducation pour s'attaquer au racisme - sous la gouverne du ministre David Eggen - aura des conséquences partout dans la province.

Il estime que le Ministère présentera des recommandations pour s'attaquer à certaines plaintes entendues depuis longtemps à propos du système judiciaire.

« Bon nombre de recommandations s'attaqueront directement, bien sûr, à la question du racisme, ou à d'autres difficultés qui peuvent être rencontrées à l'intérieur du système judiciaire », indique le ministre Feehan.

Les recommandations découlant du processus de révision du ministère de l'Éducation sont attendues d'ici la fin de l'année.

La Commissaire en chef de l’Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées, Marion BullerLa Commissaire en chef de l’Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues ou assassinées, Marion Buller, à Vancouver le 6 juillet 2017 Photo : Radio-Canada

Des Autochtones qu'on « laisse constamment tomber »

Si l'Enquête a été ralentie par des allégations voulant qu'elle n'agisse pas suffisamment rapidement pour répondre à son mandat, la commissaire en chef, Marion Buller, maintient que son équipe s'attaque de la bonne façon à une tâche particulièrement complexe.

« Rappelez-vous, personne n'a jamais fait rien de tel », a confié Mme Buller à CBC News. « Nous sommes dans toutes les provinces et tous les territoires. »

Pour la commissaire en chef, les progrès déjà accomplis sont une source de fierté, particulièrement en raison de la confiance accordée par des familles de partout au pays.

« Nous entendons parler de gens qui, pour la première fois, témoignent de ce qui leur est arrivé », dit-elle.

Quant à Mme Harpe, elle dit elle aussi demeurer positive et espère que l'Enquête mènera aux changements qu'elle souhaite.

Je demeure réaliste, parce qu'on nous a constamment laissés tomber.

Stephanie Harpe

Après la cérémonie d'ouverture de lundi, l'Enquête recevra les témoignages des familles jusqu'à jeudi.

L'équipe de l'Enquête doit remettre son rapport final avant le 31 décembre 2018.

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