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Recul du taux de participation au Québec

Une main dépose un bulletin de vote dans une urne.

Quelque 470 bureaux de vote étaient ouverts dimanche.

Photo : iStock

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les électeurs québécois étaient appelés aux urnes dimanche pour élire leur maire et leurs conseillers municipaux, mais ce fut un rendez-vous manqué pour la majorité d'entre eux. Voici des pistes d'explications.

Un texte de Ximena Sampson

Dans la plupart des grandes villes de la province, le taux de participation était en baisse.

À Longueuil, Laval, Gatineau, Montréal, Sherbrooke et Trois-Rivières, entre autres, moins d’un électeur sur deux s’est déplacé.

Le taux de participation est un peu plus élevé à Québec et à Saguenay, mais tout de même inférieur à 60 %.

Ce qui peut sembler un manque d’intérêt pour la politique municipale est peut-être simplement de la méconnaissance, croit Chris Erl, doctorant au Département de géographie de l’Université McGill.

« Les gens sont parfois confus par rapport à la façon dont le système municipal fonctionne », croit-il. Ils connaissent les compétences pouvoirs et responsabilités des provinces, mais pas nécessairement celles des municipalités.

Les gens ne savent pas toujours qui sont leurs représentants municipaux ni ce qu’ils font.

Une citation de : Chris Erl, doctorant au Département de géographie de l’Université McGill

À Montréal, en particulier, les électeurs peuvent être appelés à voter pour un grand nombre de postes : maire, maire d’arrondissement, conseiller de ville et conseiller d’arrondissement. Il est parfois difficile de s’y retrouver.

Il y a aussi le fait que les propriétaires de chalet peuvent voter dans la municipalité où se trouve leur résidence secondaire, mais aussi dans la municipalité de leur résidence principale, précise Patrick Champagne, politologue et consultant en affaires municipales. « Une personne peut avoir plus d’un vote au niveau municipal, tandis qu’au provincial ou au fédéral, ce n’est pas possible », souligne-t-il.

Si ces propriétaires ne votent pas aux deux endroits, ils apparaissent comme abstentionnistes là où ils n’ont pas voté. « Cela pourrait expliquer une partie de l’écart », pense le politologue, qui souligne cependant que le phénomène devrait être clairement mesuré pour savoir jusqu’à quel point il influence les résultats sur le taux de participation. Cela permettrait également de faire des comparaisons plus justes avec le taux de participation aux élections fédérales et provinciales, souligne-t-il.

Aux élections provinciales de 2014, 71,43 % des électeurs inscrits ont exercé leur droit de vote.

42,46 % à Montréal

Dans la métropole, le taux de participation a légèrement baissé par rapport à la précédente élection municipale.

Une diminution qui ne laisse pas indifférents les responsables du scrutin. D’importants efforts de publicité avaient été déployés pour inciter les gens à aller voter.

« On aurait espéré que le taux soit supérieur », reconnaît Pierre G. Laporte, porte-parole d’Élection Montréal.

Il y a plus d’électeurs qui ont voté en 2017 qu’en 2013, mais il y avait 40 000 personnes de plus dans la liste électorale.

Une citation de : Pierre G. Laporte, porte-parole d’Élection Montréal.

Cependant, ce taux aurait peut-être été plus faible s’il n’y avait pas eu de campagne publicitaire, nuance François Gélineau, professeur au Département de science politique et titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires à l’Université Laval. « Le lien de causalité est difficile à établir, affirme-t-il. Je ne conclurai pas à l’échec des campagnes. »

Pourquoi cette baisse?

Selon Chris Erl, l’élection de 2013 avait entraîné une hausse de participation en raison du contexte très particulier dans lequel elle s'est tenue.

« Après une année où on a eu trois maires, l’accent était mis sur la corruption et le besoin de mettre de l’ordre à l’Hôtel de Ville. » Il rappelle qu’en 2013, quatre candidats importants s'affrontaient à la mairie de Montréal.

En 2017, par contre, l’enthousiasme n’était plus là, selon lui. « C’était simplement la vision de Denis Coderre contre la vision de Valérie Plante », résume M. Erl.

Ce manque d’intérêt des électeurs a surpris François Gélineau.

Avec la remontée de Valérie Plante en fin de parcours et les sondages qui annonçaient une lutte serrée, je me serais attendu à ce qu’il y ait une mobilisation un peu plus grande.

Une citation de : François Gélineau, professeur au Département de science politique de l’Université Laval

Ailleurs au Québec

Deux électeurs aux urnesAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les électeurs exercent leur droit de vote à l'École Saint-Jean-Baptiste de Jonquière.

Photo : Radio-Canada

Le taux global pour l’ensemble du Québec n’est pas encore connu, mais il devrait être semblable à celui des années passées, soit 47,2 % en 2013 et 45 % en 2009 et en 2005.

Cette moyenne cache cependant d’importantes disparités selon les municipalités. Le taux de participation a tendance à être plus haut dans les petites municipalités que dans les centres urbains.

Cela s’explique peut-être par une plus grande proximité entre les électeurs et les élus, avance François Gélineau. « Les gens connaissent bien les candidats et les enjeux », soutient-il. « Ils savent identifier réellement l’impact que les élus ont sur leur quotidien. Dans une grande ville, c’est peut-être plus difficile. »

Il y a aussi, bien sûr, l’âge de la population, qui est souvent moins élevé en ville, rappelle le politologue Patrick Champagne. Et il est documenté que les jeunes votent moins que les personnes plus âgées.

Enfin, les enjeux et les contextes locaux ont aussi une incidence sur les variations régionales.

Il y a des réalités et des luttes locales qui font que l’intérêt est plus ou moins élevé d’une municipalité à l’autre.

Une citation de : Patrick Champagne, politologue et consultant en affaires municipales

Quant à l’avenir, Chris Erl est plutôt optimiste : « Les gens sont de plus en plus au courant de ce qui se passe au niveau municipal, mais ça se répercute très lentement dans le taux de participation. »

La légère augmentation qu’on a vue depuis le début des années 2000 est quand même encourageante, selon lui.

Patrick Champagne, pour sa part, pense que le taux de participation aux élections municipales québécoises n’est pas si mauvais, si on le compare à celui d’autres États ou provinces de l’Amérique du Nord. Il souligne également que le nombre de candidatures aux élections municipales est en augmentation, alors que le nombre d’élus sans opposition, lui, est en baisse.

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