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« On vit un moment historique » : au cœur de la soirée électorale de Projet Montréal

Une militante  au rassemblement de Projet Montréal au Théâtre Corona.

Une militante au rassemblement de Projet Montréal au Théâtre Corona

Photo : Radio-Canada / Vincent Champagne

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Les militants de Projet Montréal retenaient beaucoup leur enthousiasme en début de soirée, comme s'ils n'osaient pas croire à ce que les sondages et leur travail sur le terrain laissaient présager. Un vent les poussait, très fort, mais ils en doutaient avant que les bureaux de vote ne ferment. Puis, le vent a créé la vague et libéré les émotions.

Un reportage de Vincent Champagne

« Je suis trop émue! Je suis hystérique! » s'exclame Marie, une résidente du Plateau-Mont-Royal, les yeux dans l’eau. Entourée de quelques centaines de militants réunis au Théâtre Corona, elle s’abandonne enfin à la joie de la victoire.

Sa candidate, Valérie Plante, a été élue mairesse de Montréal. Elle est la première femme à occuper cette fonction. Son parti Projet Montréal a gagné la majorité au conseil municipal et a conquis 11 arrondissements sur 19.

« C’est un peu irréel. On est excités! », dit Catherine, 23 ans, de Villeray. « Je suis encore un peu tremblant, on ne s’attendait pas à une telle vague », affirme Damien Dupuis. « J’ai de l’espoir pour Montréal! Il y a du potentiel dans notre ville, et ça va éclater maintenant! », dit Josée Martel.

Marie, Catherine et AnthonyAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marie, Catherine et Anthony

Photo : Radio-Canada / Vincent Champagne

Quelques heures plus tôt, l’enthousiasme était plus contenu. « Si elle gagne, ça va être par à peu près 3000 voix », disait Ludovic Moquin-Beaudry, dans la très longue file d’attente à l’extérieur du Corona. À la fin de la soirée, Valérie Plante avait plus de 27 000 voix de majorité sur le maire sortant Denis Coderre. Bien au-delà des prédictions du jeune prof de philo, qui a pourtant suivi de très près la campagne.

« On ne sait pas encore ce qui va se passer », renchérissait son ami Jérémie Vachon, diplômé en urbanisme.

« Valérie Plante ne gagnera peut-être pas l’élection, mais elle a gagné la campagne », avait pour sa part lancé Micheline Leclerc, rencontrée dans un bureau de vote de Tétreaultville en début de soirée, en espérant se tromper.

« Il y a trois semaines, j’évaluais les chances de Valérie Plante de gagner à environ 20 %, dit Pierre Lefebvre, venu voter au même endroit. Ce soir, je dirais qu’elle a peut-être 50 % des chances de gagner. »

Pas étonnant que les émotions aient été aussi fortes lorsque les résultats se sont mis à débouler. Les militants de Projet Montréal, dont une grande partie est issue des milieux communautaires, syndicaux et progressistes, se voyaient à une marche du pouvoir, alors qu’ils se contentaient de le critiquer depuis l’opposition au cours des dernières années. C’est leur tour maintenant.

Une locomotive nommée Valérie

Ce résultat, il tient en grande partie à Valérie Plante, selon Stéphanie Watt qui s’est fait élire comme conseillère de ville dans Rosemont–La Petite-Patrie. « Elle a permis aux Montréalais de rêver de nouveau. Valérie n’est pas méprisante, elle ose avoir une vision à long terme, une vision qui répond aux besoins des Montréalais », dit-elle.

Valérie Plante salue la foule après sa victoire à la mairie de MontréalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Valerie Plante

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

La personnalité joyeuse et vibrante de la nouvelle mairesse a séduit les citoyens. « Valérie, c’est une jeune politicienne qui incarne l’authenticité », affirme le maire réélu de l’arrondissement du Sud-Ouest, Benoit Dorais. « Les gens se reconnaissent en elle. »

Il est vrai que la nouvelle mairesse apporte de la fraîcheur. Sur scène, avant son discours de victoire, elle danse, elle saute, elle rit. « Valérie! Valérie! Valérie! », scande la foule de militants en utilisant son prénom, comme si elle était leur amie.

« Elle apporte de nouvelles idées, de nouvelles façons de voir les choses, dit Micheline. Comme la ligne rose, ça fait partie des choses auxquelles on peut rêver. Pourquoi Montréal se contenterait d’un réseau de métro comme celui qu’on a en ce moment? »

Un parti qui s’est construit

La vague qui a fait virer l’Hôtel de Ville du côté de Projet Montréal ne tient pas qu’à Valérie Plante, précise toutefois Christine Gosselin, qui s’est fait réélire comme conseillère de ville dans Rosemont–La Petite-Patrie, après avoir occupé la même fonction dans Le Plateau-Mont-Royal au cours des quatre années précédentes.

« C’est la chef et le parti, insiste-t-elle. Ça fait longtemps que l'on construit le parti, bloc par bloc. Dans Le Plateau-Mont-Royal et dans Rosemont, on est là depuis deux mandats. C’est clair que les citoyens ont reconnu ce que Projet Montréal peut faire comme changements. »

Jeansil Bruyère, Damien Dupuis et Frédéric Gagnon, heureux de l’issu électorale de la soirée.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jeansil Bruyère, Damien Dupuis et Frédéric Gagnon, heureux de l’issu électorale de la soirée.

Photo : Radio-Canada / Vincent Champagne

Le nouveau maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Pierre Lessard-Blais, abonde dans le même sens. « Le parti a grandi et s’est solidifié. Il y a une profondeur chez Projet Montréal. »

C’est entre autres le travail des conseillers de Projet Montréal qui a fait la différence, explique-t-il, donnant en exemple le conseiller Éric Caldwell qui s’est battu pour préserver le patrimoine de l’école Baril, rénovée de fond en comble à cause de problèmes de moisissure. « Les gens trouvent qu’il a fait un travail extraordinaire. »

Aux dernières élections, il y a quatre ans, le parti portait encore la marque de son fondateur Richard Bergeron et du maire du Plateau-Mont-Royal Luc Ferrandez, dont les projets soulevaient régulièrement la controverse.

Aujourd’hui, il incarne plutôt le parti qui est à l’écoute des citoyens, s’il faut en croire les militants rencontrés sur place. « Moi, je suis directeur général d’un organisme communautaire, dit Jeansil Bruyère. Les gens de Projet Montréal sont venus nous voir pour nous poser des questions. C’est une équipe qui nous a écoutés. »

« On sent que c’est un parti qui veut travailler en consultation avec les citoyens », dit pour sa part Elizabeth Plaxton, une militante du Sud-Ouest.

Quelques centaines de militants de Projet Montréal ont fêté l’élection de leur chef à la mairie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Quelques centaines de militants de Projet Montréal ont fêté l’élection de leur chef à la mairie.

Photo : Radio-Canada / Vincent Champagne

Pour son amie Maya, la vision du parti est clairement axée sur les « vrais » besoins des citoyens. « Tout au long de la campagne, j’ai senti que Montréal était à la croisée des chemins. Soit on allait vers des gros projets à la Coderre, imposés aux citoyens pour du soi-disant développement économique, soit on allait vers des projets locaux de revitalisation, qui respectent le citoyen. »

« La barre est haute maintenant, parce qu’on va changer les orientations à 180 degrés. Mais maintenant, Montréal est sur la bonne voie », ajoute-t-elle.

L’éloignement bénéfique de Richard Bergeron

C’est la deuxième fois que Pierre Lessard-Blais tente sa chance à la mairie de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, là où il réside avec sa petite famille et là où il a son commerce, la microbrasserie L’Espace public.

Pendant que la plupart des candidats voyaient leur élection confirmée, il continuait de rester sur ses gardes, même s’il avait une large avance sur le maire sortant Réal Ménard, et même si ce dernier l’avait appelé pour lui concéder la victoire. Jusqu’à ce que la nouvelle de son élection arrive enfin.

« Les gens nous l’ont dit tout au long de la campagne : on veut sortir Coderre. Il y a une "écœurantite" de la vieille manière de faire de la politique, derrière des portes closes », dit-il.

Comment expliquer que cette volonté de changement se soit concrétisée autour de Projet Montréal cette année, et pas lors de la dernière campagne électorale?

« Valérie Plante est un contraste total avec Richard Bergeron », lance Pierre Lessard-Blais. L’ancien chef a quitté le parti pour rejoindre celui de Denis Coderre après la dernière campagne et a perdu ses élections hier soir.

« On l’a vu en se promenant dans les quartiers. Les gens se ‘’garrochaient’’ sur Valérie pour prendre des photos. Elle tire le parti vers le haut. Bergeron le tirait vers le bas, à cause de son manque d’empathie, son manque de charisme », ajoute M. Lessard-Blais.

« En 2013, pendant la campagne, on était très encadrés, même ‘’supervisés’’, dit le nouveau maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, âgé de 32 ans. Cette année, on a reconnu notre expertise, et on nous a fait confiance. Et ça, ça libère des forces! »

Mixité et jeunesse

Cet élan, cette fraîcheur, ces idées nouvelles ont su attirer de nouveaux militants. Dans la salle du Corona, des gens de tout âge : des jeunes, des moins jeunes, et des Québécois de toutes les origines.

Des jeunes comme Marie, 21 ans, du quartier Rosemont, qui est heureuse du changement de régime. « Denis Coderre voulait mettre Montréal ‘’sur la mappe’’, mais quand tu vis ici, ça n’a pas d’importance. On veut une ville où il fait bon vivre, et on veut que la voix des citoyens soit prise en compte. »

Des citoyens issus de la diversité, comme Firdaws Faraj, qui confirme les propos de Marie : « Projet Montréal s’intéresse aux Montréalais, pas juste à l’image de Montréal, comme Coderre! »

Firdaws Faraj. à gauche, avec une amie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Firdaws Faraj. à gauche, avec une amie.

Photo : Radio-Canada / Vincent Champagne

Des militants plus âgés, comme Marie-Pierre, sont du même avis : « On est à l’aube d’une ère nouvelle! C’est le milieu communautaire qui rentre en ‘’boom’’! C’est du gros changement! »

Dimanche soir, l’heure était à la fête pour les militants de Projet Montréal. À partir d’aujourd’hui, ils ont une ville à gérer, et à transformer. Valérie Plante, qui a remporté sa première élection contre Louise Harel en 2013 et la chefferie du parti en 2016, saura-t-elle gagner son pari de faire de Montréal une ville à son image?

« On vit un moment historique », dit Anthony Lasalle, 26 ans.

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