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Comment Valérie Plante a imposé sa personnalité politique

Valérie Plante

Valérie Plante

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Radio-Canada

Celle qui était loin d'être la favorite au départ et qui s'est elle-même qualifiée d'« underdog » (candidate donnée perdante) aura finalement réussi à se faire élire comme première mairesse de Montréal. Selon deux experts de la politique municipale, son assurance, son écoute et sa capacité à saisir les intérêts de la population lui auront permis de déjouer les pronostics.

Un texte de Marie-Claude Frenette

La nouvelle mairesse a les coudées franches : elle a obtenu la majorité au conseil municipal.

Déjà hier soir, certains parlaient de la « vague Valérie Plante » ou de la « vague rose », faisant référence à son projet d’une nouvelle ligne de métro rose reliant Montréal-Nord au centre-ville.

« Je suis surprise par les résultats. On savait le maire Coderre en danger, mais il y a vraiment eu une vague, un peu comme la vague orange au Québec », souligne Danielle Pilette, professeure associée au Département d'études urbaines et touristiques de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM.

Mme Pilette est d’avis que la chef de Projet Montréal a non seulement réussi à unir son parti, mais aussi à rassembler les arrondissements.

La Ville de Montréal est plus unie qu'elle ne l'a jamais été depuis les fusions de 2002.

Danielle Pilette

Reconquérir le citoyen

L’anthropologue de formation serait arrivée à les unir grâce notamment au fait d'avoir ciblé des enjeux qui touchent directement les citoyens.

« C’est une version pragmatique de Projet Montréal. C’est une version adoucie et teintée de populisme », croit Mme Pilette.

Rémy Trudel, professeur à l’École nationale d’administration publique et ancien ministre des Affaires municipales du Québec, mentionne « une reconquête des arrondissements et de la vie dans les arrondissements ».

Les deux experts comparent cette victoire à celle de Jean Doré et du Rassemblement des citoyens et citoyennes de Montréal en 1986, un parti reconnu notamment pour la création de conseils de quartier et pour le retour de la voix des citoyens à l’Hôtel de Ville.

Jean Doré lève les bras pour célébrer la victoire

Jean DorŽé en 1986

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Lors de son discours, dimanche soir, Mme Plante a d’ailleurs dédié sa victoire aux citoyens et rappelé ses priorités : la mobilité (transport en commun, sécurité sur les routes), les services publics et le logement abordable.

Inspirer et fracasser un plafond de verre

Si, au départ, de nombreuses personnes ont sous-estimé les chances de « la politicienne à vélo » de l’emporter, M. Trudel est d’avis qu’elle a su transcender cette image au fil de la campagne.

À son avis, le moment décisif a eu lieu à la fin du deuxième débat.

« D’une façon calme et détendue, elle a demandé à M. Coderre : ''Est-ce que vous allez demeurer chef de l'opposition?" », rappelle-t-il.

Grâce à cette certitude qui l’habitait, elle s'est dessiné un statut. Elle est devenue un personnage politique important.

Rémy Trudel

Denis Coderre a d’ailleurs annoncé qu’il quittait la vie politique municipale lors de son discours de défaite.

Mme Pilette et M. Trudel sont également d’avis qu’on ne peut pas passer sous silence le fracassement du plafond de verre.

« Le style "femme", ça compte. Ce ne sont pas toutes les femmes qui sont pareilles, mais Mme Plante représente une catégorie intelligente d’intervenante. Elle a gagné avec détermination et sur le terrain », fait valoir M. Trudel.

« Elle s’est placée comme un modèle », renchérit Mme Pilette.

Écouter, un couteau à double tranchant

Cependant, les deux observateurs de la politique municipale ne s’entendent pas sur la raison principale qui lui a permis d’accéder à la mairie.

« Elle a eu l’habileté politique de retourner aux gens ce qu’elle entendait. C’est ce qu’elle a fait pendant toute sa campagne », croit M. Trudel.

Selon lui, Denis Coderre était trop à l’avant-plan.

Il faut que la ville soit plus grande que toi, et ici le maire était plus grand que la ville, et les citoyens le sentaient.

Rémy Trudel

Mme Pilette estime de son côté que Mme Plante a principalement profité d’une insatisfaction envers Denis Coderre, entre autres à l'égard de ses projets d’envergure, telle la course de formule électrique.

Son habileté a été de cristalliser l’opposition au maire Coderre et même de la faire croître. L’écoute ne paye pas tellement, je crois. C’est plutôt cela qui risque de lui jouer des tours, parce que, à un moment donné, les gens se tannent du style "travailleuse sociale".

Danielle Pilette

En plus d'être titulaire d'un baccalauréat en anthropologie, d'une maîtrise en muséologie et d'un certificat en intervention multiethnique, Mme Plante a travaillé quelques années pour la Fondation Filles d’Action qui vient en aide aux filles et aux jeunes femmes.

Mme Pilette ajoute que la nouvelle mairesse ne doit pas tomber, selon elle, dans le maternalisme. « Ce n’est pas plus accepté que le paternalisme. L’écoute, c’est bien beau, mais il faut aller de l’avant pour prendre des décisions. Quand tu écoutes trop de personnes, ce n’est pas bon en politique. »

Quelles seront ses premières actions?

Valérie Plante a de nombreux engagements concrets, mais elle ne sera pas en mesure de les réaliser du jour au lendemain pour de multiples raisons, avertissent les experts.

Mme Pilette rappelle qu’elle aura notamment des questions à régler à plus court terme, comme le développement immobilier dans Pierrefonds-Ouest, sur lequel s’est penché l’Office de consultation publique de Montréal et pour lequel il y a déjà eu des recommandations.

« Normalement, elle devra d’abord se rapprocher de l’Office. Il y aura aussi toute la question des référendums municipaux [que Projet Montréal promet de rétablir] et [celle de] la bonification de la politique des arrondissements en ce qui concerne le logement social », explique Mme Pilette.

Bien que Mme Plante ait mis en avant une meilleure gestion des chantiers de construction, elle ne pourra pas arrêter les travaux d’infrastructures déjà en cours, dit Rémy Trudel.

Elle pourra toutefois mieux informer les usagers de ce qui est en train de se faire, et ce, quotidiennement.

Rémy Trudel

M. Trudel ajoute qu’elle aura un gros défi à relever dès le départ : adopter le premier budget de la Ville de Montréal, le 15 décembre.

« Mais elle ne pourra pas faire grand-chose dans le premier budget, car les éléments sont fixés. On peut changer quelques éléments qui peuvent être des symboles, mais pas sur le fond », précise-t-il.

Beaucoup d’électeurs s’attendront à ce qu’elle bouscule les choses dès le lendemain de son élection, et elle devra gérer ces attentes avec « délicatesse », croit M. Trudel.

D’ailleurs, le taux de participation de 42 % devrait lui rappeler qu’elle ne peut pas tenir pour acquis l’appui d’une majorité de citoyens.

« Le défi sera pour elle d’informer et de former ses nouveaux élus sur ce qui peut être accompli », ajoute Mme Pilette.

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