•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Défaite de Denis Coderre : un rejet, mais aussi un mandat

Valérie Plante salue ses partisans avec son conjoint Pierre-Antoine Harvey et ses deux fils après avoir été élue à la mairie de Montréal, le 5 novembre 2017.

Valérie Plante salue ses partisans avec son conjoint Pierre-Antoine Harvey et ses deux fils après avoir été élue à la mairie de Montréal, le 5 novembre 2017.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Sans rien enlever – mais là, absolument rien – à la victoire de Valérie Plante, la première mairesse de l'histoire de Montréal, la manchette de cette élection reste la défaite toute personnelle de Denis Coderre.

Une analyse de Michel C. Auger, animateur de Midi info

Le maire sortant n’avait pas à rougir de son bilan. La Ville s’est remise à fonctionner comme une administration publique normale après des années d’errance et de corruption. Certaines de ses initiatives, comme la création du Bureau de l’inspecteur général, ont été de grandes réussites et doivent être conservées.

Mais les Montréalais ont rejeté le « style Coderre ». Un maire qui en menait large, mais qui avait vite oublié qu’il avait été élu avec moins du tiers des voix. M. Coderre se voyait comme le « nouveau shérif », mais les Montréalais ne lui avaient pas accordé ce mandat...

Le politicien avait aussi le vilain défaut de ne s’occuper que des dossiers qui l’intéressaient et qu’il traitait avec beaucoup d’opacité. Qu’on pense au retour du baseball majeur, à la Formule E ou à l’amphithéâtre de l’île Sainte-Hélène. Des projets très personnels pour lesquels il n’écoutait personne et n’acceptait aucune critique.

Un maire qui en menait trop large. M. Coderre voyageait de Bogota à Téhéran pour faire de la « diplomatie municipale », un concept étrange qu’il a inventé, mais pour lequel il n’a jamais démontré la moindre transparence.

Un maire, surtout, qui se voyait trop souvent comme s’il était à la tête d’une sorte de principauté n’étant pas soumise aux lois du Québec qui ne faisaient pas son affaire. Le décevant statut de métropole ne justifiait certainement pas cette attitude.

Pendant ce temps, les grands dossiers qui doivent préoccuper un maire ne l’intéressaient guère. Ainsi, l’administration Coderre a démontré un désintérêt historique relativement aux questions de transport en commun.

Il a appuyé le projet de Réseau électrique métropolitain de la Caisse de dépôt et placement du Québec sans même poser de questions, trop heureux de laisser ce dossier en sous-traitance à quelqu’un d’autre.

Mais trêve d’autopsie. Le mandat de Mme Plante est clair, d’autant qu’elle aura la majorité au conseil municipal, ce qui lui permettra d’imposer sa vision de la ville, qui est bien différente de celle de l’administration sortante.

Sans secret ni opacité

Mais la première chose à faire, c’est de ne pas exagérer la force de son mandat. Les grands rejets ne signifient pas un chèque en blanc à ceux qui prennent le pouvoir.

Valérie Plante a reçu un mandat des Montréalais, mais elle devra d’abord montrer que son administration aura une manière de gouverner qui se démarquera de celle de son prédécesseur. L’opacité et le secret auront été une marque de commerce de Denis Coderre.

Par exemple, elle pourrait reprendre la belle pratique du maire par intérim Laurent Blanchard de tenir les réunions du Comité exécutif en public et de les téléviser.

Le Conseil municipal doit également redevenir une instance délibérative ouverte qui ne sera pas bâillonnée par les lignes de parti.

Mme Plante doit aussi prendre le temps de réaliser ses promesses électorales, avec toute la flexibilité qui s’impose. Par exemple, la ligne rose du métro est loin d’être le projet irréaliste que beaucoup ont critiqué trop vite.

Toutes les études réalisées depuis trois décennies ont montré que c’est dans cette partie de la ville qu’il faut augmenter l’offre de transport en commun. Mais ce projet est perfectible, il devra être étudié et amendé si nécessaire. Cela demandera du temps.

Un pas dans la bonne direction

Mais surtout, Mme Plante devra devenir la mairesse de tous les Montréalais. Ses racines politiques sont chez Québec solidaire et au NPD, c’est bien connu. Sans les oublier, elle devra apprendre à écouter et à travailler avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, les milieux d’affaires et les élites traditionnelles qui ont tous pris fait et cause pour M. Coderre. Son discours d’hier soir était un pas dans la bonne direction.

Elle devra aussi travailler avec les gouvernements de Québec et d’Ottawa – ce qui sera d’autant plus facile que, même si on ne le disait pas très fort, le style de M. Coderre en avait fait un allié parfois encombrant pour les deux gouvernements.

Tout maire de Montréal ne peut réussir qu’en forgeant un large consensus dans tous les milieux de la ville. L’échec de Denis Coderre a justement été de croire qu’il n’avait pas à se soucier de ceux qui ne pensaient pas comme lui.

Valérie Plante vient de fracasser un énorme plafond de verre et accomplir l’exploit de gagner une élection, alors qu’elle était pratiquement inconnue il y a trois mois. Elle mérite amplement la traditionnelle « chance au coureur » et le temps d’apprivoiser ses nouvelles fonctions.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !