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Deux ans et demi après le scandale, la FIFA en procès à New York

Le trophée de la Coupe du monde de la FIFA repose sur un socle lors du tirage au sort des éliminatoires, en 2015.

Le trophée de la Coupe du monde de la FIFA repose sur un socle lors du tirage au sort des éliminatoires, en 2015.

Photo : Getty Images / AFP/Olga Maltseva

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Deux ans et demi après un spectaculaire coup de filet à Zurich, un procureur fédéral new-yorkais s'apprête à exposer à partir de lundi lors d'un procès à Brooklyn comment la corruption a gangréné pendant près d'un quart de siècle la haute hiérarchie du football mondial.

Le procureur va s'appuyer sur de nombreux témoins et des milliers de documents réunis au cours de « l'une des enquêtes financières internationales les plus complexes jamais menées », selon le fisc américain.

Entreprises-écrans, comptes cachés à l'étranger, enveloppes d’argent comptant, villas luxueuses et oeuvres d'art, la corruption au sommet de l'instance censée promouvoir le sport le plus populaire du monde se chiffrait en centaines de millions de dollars de pots-de-vin et de rétrocommissions, devenus incontournables pour organiser de multiples tournois internationaux et attribuer les juteux contrats de marketing et de droits télévisés les accompagnant.

La justice américaine, qui avait notamment fait procéder à un spectaculaire coup de filet le 27 mai 2015 à Zurich, en Suisse, en marge d'un congrès de la Fédération internationale de football (FIFA), a mis en cause au total 42 individus et deux sociétés de marketing sportif. Mais seuls trois dirigeants, tous sud-américains, seront sur le banc des accusés lundi lorsque commencera la sélection des jurés de ce procès censé durer plusieurs semaines.

Il s'agit de l'ex-président de la grande fédération brésilienne José Maria Marin - à 85 ans, il est l'un des accusés les plus âgés -, de Juan Angel Napout, ex-président de la fédération paraguayenne et de la confédération sud-américaine CONMEBOL, et de Manuel Burga, qui dirigea la fédération péruvienne de 2002 à 2014 et fut membre du comité de développement de la FIFA.

Leurs avocats se sont refusés à tout commentaire avant le procès. Les chefs d'inculpation de corruption et fraude qui les visent sont passibles, chacun, de peines allant jusqu'à 20 ans de prison.

Les enquêtes ne sont pas terminées

Si le volet judiciaire américain vise essentiellement des responsables nord et sud-américains, plusieurs hauts dirigeants européens, dont l'ancien président de la FIFA Sepp Blatter et son ex-bras droit français Jérôme Valcke, sont eux dans le collimateur des justices française et suisse.

Et malgré une direction presque entièrement renouvelée et l'adoption de nouveaux garde-fous, le monde du soccer peine à s'extirper du scandale, comme en témoignent les récentes auditions par la justice suisse de Nasser Al-Khelaïfi, président qatari de beIN Média et du Paris Saint-Germain.

L'enquête américaine a démarré en 2011 avec l'arrestation par le fisc américain de Chuck Blazer, ex-membre du comité exécutif de la FIFA qui fut, pendant 21 ans, secrétaire général de la CONCACAF, regroupant les fédérations d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes.

Décédé d'un cancer en juillet, ce New-Yorkais qui vivait en pacha dans son appartement de la Trump Tower à Manhattan avait accepté de devenir un informateur de la police fédérale (FBI) et d'enregistrer ses pairs de la FIFA.

Il apporta aux enquêteurs les preuves les plus tangibles d'une corruption endémique parmi les grands barons du soccer.

Mais plusieurs puissants protagonistes de ce scandale resteront invisibles au procès qui débute lundi, comme Jack Warner, l'ex-patron de la CONCACAF, débarqué dès 2011 pour des soupçons de corruption et inculpé par la justice américaine en mai 2015.

Originaire de Trinité-et-Tobago où il est revenu après sa radiation à vie de la FIFA, ce septuagénaire considéré comme un héros dans son pays, qui fut ministre et parlementaire, combat depuis son extradition vers les États-Unis.

Interrogé récemment par l'AFP à Trinidad, il a fait un pied de nez à ses accusateurs : « La FIFA me doit de l'argent, a-t-il affirmé. Je viens juste d'entamer les démarches pour récupérer ce qui m'est dû, car si Blatter et les autres récupèrent le leur, pourquoi pas moi ? »

Cependant rares sont ceux qui font dans la bravade.

Jeffrey Webb, qui succéda à Warner à la CONCACAF et que beaucoup voyaient comme un Monsieur Propre avant son inculpation pour avoir empoché plusieurs millions de dollars de pots-de-vin, est une autre figure centrale du scandale.

Mais comme 23 autres inculpés, il a déjà plaidé coupable pour éviter un procès. L'accusation n'a pas voulu dire s'il serait appelé comme témoin.

À ce jour, deux condamnations seulement ont été prononcées, pour des protagonistes relativement mineurs de ce dossier: un adjoint de Webb, Costas Takkas, vient d'entrer en prison pour trois mois tandis que l'ex-président de la fédération guatémaltèque, Hector Trujillo, écopait de huit mois.

Aussi mineur que soit Trujillo, il a « trahi la confiance » de ses concitoyens et leur « amour pour le soccer », estimait récemment Pamela Chen, la juge en charge de tout le dossier.

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