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André Ménard, l’homme aux 100 000 t-shirts

André Ménard
André Ménard Photo: La Presse canadienne / Paul Chiasson
Franco Nuovo

Je ne vous cacherai pas qu'en apprenant cette semaine que l'Université de Montréal remettait un doctorat honoris causa à André Ménard, l'un des fondateurs de l'équipe Spectra et du Festival international de jazz, j'ai souri. Son collègue Alain Simard a lui aussi eu droit au même honneur.

J’ai souri, oui, d’abord en le voyant, lui, Ménard, l’homme aux 100 000 t-shirts, avec son incroyable bouille, vêtu de la toge et du mortier.

J’ai souri aussi en me disant que, lui, qui n’avait jamais eu de diplôme universitaire, se retrouvait soudain ainsi « diplômé ».

J’ai souri de bonheur parce que cet homme, humble et modeste, a en effet bâti à sa façon l’industrie musicale montréalaise qui a permis l’émergence de tant de talents et que cette toge, ce mortier et ce prix honorifique, il les méritait tant.

Mais j’ai souri surtout de satisfaction et de bonheur pour lui, parce qu’il y avait là une victoire, celle de la passion. Ce n’est pas rien, la passion, parce qu’avec elle, on déplace des montagnes et que sans elle, peu importe les moyens, on ne construit rien.

Les six personnes posent pour le photographeGuy Breton, Alain Simard, André Ménard, Louise Roy, Isabelle Panneton, doyenne de la Faculté de musique, et Alexandre Chabot, secrétaire général de l’Université. Photo : SPEQ PHOTO

On lui a d’ailleurs rendu hommage cette semaine pour les 40 ans de l’Équipe Spectra. Des proches sont allés à l’Astral pour témoigner de leur admiration et de leur reconnaissance.

Un simple cinq à sept qui ressemblait à l’homme dans sa simplicité et son authenticité. Des proches, des amis, ses filles, qu’il aime tant, ont livré des témoignages parfois drôles, parfois touchants. André Papanicolaou a chanté Dylan, et Martha Wainwright, les sœurs McGarrigle. Et – puisque André Ménard a un fort penchant, probablement parce que ça évoque une époque à laquelle il aurait aimé vivre, pour le Rat Pack de Dean Martin, Sammy Davis Junior, Joey Bishop, Peter Lawford et bien sûr Sinatra – Éric Lapointe, simplement accompagné au piano, a interprété My Way pour son ami. La foule a figé, les yeux se sont mouillés et André, ému, touché, se tenant du coup si droit, a peut-être revu 40 ans d’aventure « à sa façon ».

Avant de commencer à chanter, Lapointe a remercié Ménard pour son respect en rappelant que jamais il n’avait rencontré quelqu’un qui aimait autant les artistes.

Et c’est vrai. À peine obsessif dans son amour des chanteurs et des musiciens, bavard comme il ne s’en fait pas, il doit voir encore aujourd’hui entre 300 et 400 concerts par année. Sa collection, bien en évidence chez lui, doit bien compter 12 000 CD et 5000 vinyles, sans compter qu’il traîne dans sa besace des dizaines, des centaines et peut-être même des milliers d’anecdotes sur des artistes, ceux qu’il a croisés et les autres.

Voir 56 concerts des Rolling Stones

Parce que cet homme est une mémoire, il pourrait écrire, raconter qu’il a vu 56 concerts des Rolling Stones, qu’il peut chanter les Beatles en entier et dans l’ordre, qu’il se souvient comme si c’était hier du premier spectacle qu’il a vu, les Doors au Forum de Montréal, le 16 septembre 1969, que sa rencontre avec Miles Davis lui a fait sentir qu’il était en présence d’un vrai génie du 20e siècle, qu’en termes de génie, Ella Fitzgerald ne donnait pas sa place ou que Dave Brubeck est le gentleman parfait.

J’ai rencontré André Ménard il y a une quarantaine d’années justement. Il était assis au bar du mythique Prince-Arthur, buvait un coup et jasait. Il m’a été présenté par un ami commun. Je m’en souviens comme si c’était hier. Puis il y a eu le Festival de jazz, que j’ai dû couvrir en tant que journaliste pendant une bonne dizaine d’années. Et en 1982, l’ouverture de cette sublime salle, le Spectrum, que l’on pleure toujours.

Le cofondateur du Festival international de jazz de Montréal André MénardLe cofondateur du Festival international de jazz de Montréal André Ménard Photo : Festival International de Jazz de Montréal / Denis Alix

C’est à cette époque, dans les années 1980, que j’ai vraiment appris à connaître cet homme passionné, respectueux avec les gens qu’il croisait, les journalistes, avec qui il prenait toujours plaisir à discuter, à déballer des vérités. Il flottait, porté par sa passion. Et le plus merveilleux dans tout ça, c’est que cette passion ne s’est jamais éteinte.

Curieux personnage, un peu secret, tantôt en pleine lumière tantôt dans l’ombre, il fait partie, et c’est pour ça qu’il est important d’en parler aujourd’hui, de ces hommes qui ont modelé notre culture.

La soixantaine bien sonnée, il est encore capable de s’émerveiller devant une création, une performance. La tête pleine des imprévus qui ont façonné l’incroyable route du petit gars de l’est. Encore et toujours, avec sincérité et poésie, il dit « être un touriste dans sa propre vie ». J’aime. He did it his way!

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