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États-Unis divisés, partis polarisés

Des électeurs montrent leur désaccord face au représentant républicain Leonard Lance, lors d'un rencontre à Branchburg, au New Jersey, le 22 février 2017.

L'arrivée au pouvoir de Donald Trump semble avoir avivé les tensions dans la population ainsi qu'à l'intérieur des deux grands partis politiques.

Photo : Reuters / Dominick Reuter

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pendant que le président américain insulte ceux qui ne sont pas d'accord avec lui, les partis républicain et démocrate sont ravagés par les chicanes internes. Un an après la victoire de Donald Trump, les temps sont durs pour les modérés aux États-Unis.

Un texte de Michel Labrecque, à Désautels le dimanche

Tous les gens qui, comme moi, ont beaucoup couvert la politique américaine dans les dernières années, constatent à quel point l’atmosphère politique s’est ennuagée. Que vous parliez à de simples citoyens ou à des décideurs, le mot polarisation est sur toutes les lèvres.

« Avant, j’habitais dans un quartier où démocrates et républicains se côtoyaient; on passait les soirées électorales ensemble », me racontait Dennis Seisun, un homme d’affaires de San Diego, en Californie, en mars dernier. « Mais aujourd’hui, ce n’est plus possible », ajoute celui qui s'est depuis installé dans un quartier où on ne trouve virtuellement que des démocrates.

La campagne présidentielle de 2016 n’a fait qu’exacerber cette polarisation. Elle a aussi créé des divisions à l’intérieur des deux grands partis : rappelez-vous comment Donald Trump a défié les autres candidats républicains. Et la bataille féroce du candidat Bernie Sanders contre Hillary Clinton.

Le Parti démocrate et le Parti républicain ont toujours été des coalitions d’intérêts disparates. Pensez aux démocrates dans les années 60, où on trouvait les frères John et Robert Kennedy, défenseurs des droits civiques, et des politiciens sudistes racistes. « Les deux grands partis ont toujours été des grandes tentes où logent plusieurs courants politiques », dit Frédéric Gagnon, spécialiste des États-Unis à l’Université du Québec à Montréal. « Mais l’époque actuelle est très particulière », ajoute-t-il.

Steve Bannon lors d'une conférence à Washington le 14 octobre 2017Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'ancien stratège en chef du président Donald Trump est en guerre ouverte contre l'establishment du Parti républicain.

Photo : Reuters / Mary Calvert

Fractures républicaines

En 2017, il n’est pas rare d’entendre parler de guerre civile à l’intérieur des deux partis. « Notre parti traverse une guerre civile. Il doit décider s'il veut devenir un parti de blancs caucasiens ou le parti de tous les Américains », me disait en mai 2016 Artemio Muniz, président pour le Texas de la Fédération des républicains hispaniques.

J’avais rencontré M. Muniz alors que Donald Trump n’était pas encore élu à la tête du Parti républicain. Aujourd’hui, l’ex-bras droit de Trump, Steve Bannon, a déclaré la guerre ouverte contre l’establishment du parti.

« Pour la première fois dans notre histoire, on ridiculise notre commandant en chef », a dit Bannon en s’adressant aux sénateurs Bob Corker et Jeff Flake, deux rares républicains qui ont ouvertement accusé Trump de mettre en danger les institutions américaines. Bannon et son groupe ont l’intention d’utiliser le système des élections primaires pour faire perdre les candidats de l’élite honnie par cette extrême droite nationaliste.

Ajoutez-y le mouvement du Tea Party, né après l’élection de Barack Obama en 2008, les conservateurs religieux, les libertariens et les modérés; il y a de quoi se demander quel est le liant qui tient tous ces ingrédients ensemble.

Presque tous les républicains veulent réduire la taille du gouvernement. Et ils veulent payer moins d’impôt. La réforme fiscale que vient de proposer le président Trump va peut-être réussir à unir tout ce beau monde. Car n’oubliez pas : les républicains dominent les deux chambres du Congrès et, malgré cela, ils n’ont pas réussi à remplacer la loi sur la santé de l’ex-président Obama. Encore les divisions.

Chose certaine, le Parti républicain n’a jamais été aussi à droite dans son histoire. « On pourrait parler d’un parti pathologique, qui est devenu fou » dit Lee Drutman, un politologue de la New America foundation, un groupe de réflexion de centre gauche. « Ils ne croient plus à la science et aux règles démocratiques de base. »

Mais cela n’empêche pas les républicains de gagner la majorité des élections, grâce à certaines particularités du système électoral de nos voisins.

Les candidats démocrates Bernie Sanders et Hillary Clinton lors d'un débat en février 2016.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La bataille entre Bernie Sanders et Hillary Clinton a laissé de lourdes séquelles chez les démocrates.

Photo : Reuters / Mike Segar

Fractures démocrates

Pendant ce temps, le Parti démocrate vit toujours un long « lendemain de veille », un an après la défaite cinglante d'Hillary Clinton contre Donald Trump [bien qu’elle ait gagné le vote populaire, mais perdu au collège électoral].

Les défaites sont souvent propices aux divisions.

Rappelez-vous : il y a eu cette course, beaucoup plus serrée que prévu, entre Hillary Clinton et le « socialiste » Bernie Sanders, qui a laissé des traces. Plusieurs démocrates croient que les dés étaient pipés pour le sénateur du Vermont, parce que l’establishment du parti avait décidé que Clinton devait gagner.

Ici aussi, les mots « crise », « chaos » et « guerre civile » sont souvent utilisés dans des documents de réflexion et des analyses politiques. Les partisans de Bernie Sanders font valoir que la recette du « centre » ne fonctionne plus. Et que le parti doit se camper davantage à gauche. Promouvoir une assurance maladie universelle à la canadienne, attaquer davantage Wall Street et les grandes entreprises.

« Ce n’est pas aussi simple », nuance Frédéric Gagnon de l’UQAM. « Il ne faut pas oublier que les progressistes authentiques forment autour de 20 % de l’électorat, alors qu’il y a 35 % de modérés. »

Pour le politologue américain Lee Drutman, au-delà des étiquettes gauche/centre, « il y a aussi un fort mouvement antiestablishment à l’intérieur du parti, qui tend à rejeter les institutions politiques actuelles ». Une sorte de miroir inversé des ultra-droitistes de Steve Bannon.

Le président américain Donald Trump s'adresse aux journalistes dans le bureau ovale de la Maison-Blanche.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un an après son élection, la cote de popularité de Donald Trump est à son plus bas.

Photo : Reuters / Carlos Barria

Un an après son élection, le taux de satisfaction de Donald Trump n’atteint pas 40 %. En théorie, il y a une belle occasion pour les démocrates d’en profiter pour faire des gains aux élections de mi-mandat de novembre 2018.

Mais avec ces divisions, les démocrates ont du mal à définir une vision claire.

« Pour le moment, je ne comprends pas le message des démocrates, c’est une cacophonie idéologique », lance Frédéric Gagnon.

Et comment faire pour aller rechercher ces hommes blancs des États industriels qui ont déserté les démocrates pour joindre Trump? C'est loin d'être évident.

Mais ces élections législatives sont dans un an, ce qui est l’équivalent d’une éternité en politique.

États divisés d’Amérique…

Mais une chose est certaine : les États-Unis sont encore plus polarisés un an après la victoire de Trump. Ceux qui aspirent à des actions bipartisanes et à des discussions et des compromis seront sans doute déçus.

Pour Lee Drutman, du groupe de réflexion New America, « il faudrait transformer le système électoral pour favoriser le multipartisme, comme ça s’est produit dans la plupart des démocraties développées ». Mais il serait surprenant que la classe politique actuelle ait beaucoup d’appétit pour ce genre de réforme. Drutman avoue qu’il est parfois très pessimiste : « j’ai peur que tout cela ne déchire notre pays, il y a des risques de violence », lance-t-il en fin d’entrevue.

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