•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Shauit, le reggaeman innu

Un homme innu prend la pose devant des pins.
L'auteur-compositeur-interprète Shauit Photo: Radio-Canada / Pascale Fontaine

Après avoir enregistré deux mini-albums, l'artiste métis Shauit lance, mardi prochain, son premier album « officiel », Apu Peikussiaku, 10 chansons interprétées en français et surtout en innu. Reggae, dancehall, folk, soul... l'artiste auteur-compositeur-interprète n'a jamais eu peur de mélanger les genres et les langues. Entrevue avec un artiste unique en son genre.

Propos recueillis par Laurence Niosi


Pourquoi avoir choisi le reggae?

C’est un genre de musique qui vient me chercher. Et dans ma tête, l’innu pouvait bien se mélanger au style reggae. C’est une occasion pour moi de faire ce que j’aime et faire découvrir que le métissage musical peut exister.

Est-ce que c’est une musique qui s’écoute dans les communautés?

Un peu, certaines personnes n’écoutent que ça. Mais les gens aiment que je fasse autre chose que ce qui se fait d’habitude chez les Innus. Les gens sont fiers de voir que je vais assez loin dans ma carrière, et ça leur procure une fierté.

Qu’écoutais-tu comme musique en grandissant?

J’ai découvert la musique innue à l’âge de 12 ans. Pendant toute ma jeunesse, je n’ai pas vraiment eu l’occasion de visiter ma famille à Maliotenam [près de Sept-Îles]. J’ai été élevé par mon père principalement, qui est originaire de Saint-Quentin, en Acadie. Je suis donc aussi d’origine acadienne. À 12 ans, je suis tombé en amour avec la musique innue, et le groupe [innu] Kashtin, très populaire dans les années 90 et qui nous a ouvert la porte aux Innus, aux Autochtones. C’est quelque chose qui m’a beaucoup marqué de les voir, quand je suis allé au Festival Innu Nikamu [à Maliotenam], qui se tient tous les ans depuis 33 ans. J’ai demandé à ma mère si je pouvais avoir une guitare, et mon père m’en a acheté une à 13 ans. Je ne parlais pas encore innu, mais c'est à ce moment que j’ai décidé de reconnecter avec les miens.

Pourquoi avoir décidé de chanter en innu? À quel point c’est important de transmettre les langues autochtones et de les garder vivantes?

Car c’est une langue qui se perd, qui est en voie d’extinction. Dans d’autres communautés, il y a le même problème, mais à Maliotenam, les jeunes parlent de plus en plus en français. Je suis allé visiter une école alors que je participais à un documentaire sur la musique innue. Et je parlais aux jeunes en innu, ils comprenaient, mais ils répondaient en français. Il y a 20 ans, ce n’était pas comme ça. C’est vraiment un combat pour nous de préserver ce qui nous reste. C’est important d’être un exemple pour ceux qui veulent l’apprendre, c’est faisable. Je parle passablement bien la langue aujourd’hui. Je suis content d’avoir la chance de m’exprimer, de lancer des messages positifs et d’avoir un impact dans la vie des gens.

Depuis quelques années, il y a beaucoup d’artistes autochtones qui mélangent divers styles contemporains, comme A Tribe Called Red, Samian… Qu’est-ce qui s’est passé?

Je pense que c’est un désir de faire partie du son contemporain. Je pense que c’est bien que les artistes aillent dans ce chemin. La musique traditionnelle a sa place avec la musique moderne. Si les gens veulent faire du jazz, du blues, n’importe quoi. Le reggae, j’en ai entendu en russe, en japonais, en chinois, alors pourquoi pas dans une langue autochtone?

Dans ton album, tu parles de Dieu, d’environnement. On l’entend dans la chanson Drame nature.

La protection de l’environnement m’interpelle beaucoup. J’ai une chanson dans laquelle, je dis « bienvenu ». Cet été, j’ai fait une chanson au show de la Saint-Jean, et ils m’ont demandé d’écrire une chanson en me mettant dans la peau des premiers colonisateurs. La chanson, qui se retrouve dans l’album, s’appelle « bienvenu mon ami ». C’est sûr que je lance des petites pointes – comme faites attention à nos enfants, à l’environnement.

Je parle aussi des miens, je parle aux Innus, je leur dis que je suis content qu’on soit en vie encore. Certains de nos frères sont disparus de la carte. J’essaie de restaurer la fierté. Ma mère était au pensionnat et elle a perdu un peu de cette fierté autochtone. Soyons fiers, n’ayons pas honte.

En faisant [de la musique], j’aimerais aller vers la réconciliation. Et je suis bien placé en tant que Métis. Je me sens porte-parole des miens. Au début, j’avais de la difficulté à assumer. J’arrive d’une tournée en Acadie, où il y a un combat également pour sauvegarder le français.

Et tu parles aussi de Dieu?

Oui, le titre de l’album c’est Apu Peikussiaku (nous ne sommes pas seuls). Il y en a qui peuvent l'interpréter comme ils veulent, mais je parle de Dieu. La foi commence à manquer pas mal sur la Terre. Je crois que ce qui se passe de terrible sur la planète, c’est dû au fait que l’être humain a abandonné la foi. [La foi], c’est quelque chose de très important dans ma vie.


Shauit se produit le 7 novembre au Cabaret Lion d’Or, avec Matiu.

L'album de Shauit est disponible en écoute intégrale à Ici musique  (Nouvelle fenêtre)

Autochtones

Arts