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Les mauvais sorts se transmettent par la langue, de François Guerrette

L'auteur François Guerrette

L'auteur François Guerrette

Photo : Camille Legault-Denis

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

François Guerrette est originaire de Rimouski et vit à Montréal. Il est l'un des finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2017. La lauréate est Marie-Eve Blanchard pour son poème Louise.

François Guerrette consacre sa vie à l’écriture. Il est l’auteur de cinq livres, publiés aux éditions Poètes de brousse. Son plus récent ouvrage, Constellation des grands brûlés, est paru en octobre 2017. Il a entrepris cet automne un doctorat à l’Université de Montréal, où il prépare une thèse portant sur l’œuvre du poète Denis Vanier.

Dans Les mauvais sorts se transmettent par la langue, un homme apprend à combattre en s’ouvrant à une femme. Il fait sienne la lutte qu’elle mène en observant de plus près comment, dans un monde d’inégalités, elle se tient debout tout en tenant tête à ce qui lui fait violence.

Les mauvais sorts se transmettent par la langue

1

la tête pleine d’entrepôts malades, tu n’es plus

qu’un simple cas lourd de fragilité

des caillots de mémoire s’échappent

par ta bouche quand tu aimes, tu deviens

une œuvre traduite en langue trouée

une inconnue dans ton corps

monte la garde

les fenêtres se taisent, se retournent

contre toi comme les mauvaises

fréquentations qui rendent sensible

aux éclairs qu’on ne voit pas

je te crois, le tonnerre

précède la lumière

2

ton île aux yeux fermés est difficile

à traverser, j’enfreins

la loi de la gravité en suivant ta voix

et m’écrase quand le brouillard apaise

sur ta peau les zones de combats

j’oublie alors si j’ai peur

pour toi ou de toi, tu m’ouvres

sous ta poitrine la porte

d’un abattoir où les victimes

se comptent en oiseaux dépaysés

leurs radiographies révèlent une noirceur

plus respirable et profondément

à notre image

en tombant elle attaque en plein visage

3

l’âge des saintes se compte en coups reçus

le tien en coups donnés

tu joues fort du Mozart sur tes côtes

pour embellir le suicide bleu

du monde ouvert sous tes pieds

ta langue pratique des incisions sincères

elle laisse respirer

les coyotes électrifiés qui courent dans tes nerfs

laisse ta colère éclore, je récolterai

les cerfs-volants sauvés par la foudre

4

ton commando rampe en toi sur les éclats

de miroirs encore chauds, tu es

la célébrante d’une messe espionnée

tes mains étranglent le pain

pour qu’il soit chaque jour

plus frais et sacré

le matin où j’ouvrirai des yeux

de serpent qui ne rêve plus, maquille-moi

avec tes poings comme si tu cueillais

des fruits sauvages en prison

5

nous sommes citoyens d’un long crime douloureux

tu ne crois plus en Dieu quand tu le vois

s’échapper à bord des araignées

tu préfères collectionner leurs piqûres

et redonner la rage aux héros en propageant

le message fragile de ton pouls rapide, ton seul

verbe de combat pour survivre aux lois

là où les juges sont de grands acteurs tristes

sur une piste de danse coupante

ta peur est pure, elle te fait

passer de la parole au feu pour montrer

par quels miracles nous sortirons

rois de notre trou noir

6

tu étudies à mort les effets

secondaires de la braise, j’ai vu

en plein jour tes rêves

devenir fractures du crâne

tu souffres comme moi de lumière héréditaire

en se croisant, nos regards activent une boussole

pointant vers un autre nord

où nos corps à l’abri de nous

se réincarnent quelques secondes en neiges éternelles

quelques secondes où nous cessons d’être

des oiseaux marchant sur des lames de rasoir

7

tu es à ta place partout

où les sirènes d’ambulance

te donnent des nouvelles de nous

à travers tes yeux fatigués, je vois très vite

toutes les femmes du monde

en train de recoudre en secret

la carte des continents dynamités

aucun alcool ne sera assez fort pour brûler

les preuves de votre innocence

8

les étoiles t’ont appris à parler

la langue des mantes religieuses

qui ne se pardonnent pas

d’être si belles

tes poignets blancs ont fait rougir

des exactos inapaisables, aujourd’hui tu respires

par les grands espaces de la peau

tu réanimes à chaque seconde le cadavre

d’un ange échoué sur une plage

hantée par nos voyages

la mer n’est plus une fenêtre trop haute pour sauter

Découvrez les autres finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2017.

Véritable tremplin pour les écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada (Nouvelle fenêtre) sont ouverts à tous, amateurs ou professionnels. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles et poèmes inédits soumis au concours.

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