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Les jetées, de Marie-Hélène Constant

L'auteure Marie-Hélène Constant

L'auteure Marie-Hélène Constant

Photo : Franck Le Coroller

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Marie-Hélène Constant est originaire de Gatineau et vit à Montréal. Elle est l'une des finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2017. La lauréate est Marie-Eve Blanchard pour son poème Louise.

Marie-Hélène Constant termine un doctorat à l’Université de Montréal portant sur l’héritage intellectuel des théories postcoloniales en littérature québécoise. Elle a mené un mémoire en recherche-création sur la violence du langage dans le théâtre contemporain. Elle écrit pour diverses plateformes et s’intéresse particulièrement aux espaces d’écriture hybrides, entre essai et poésie. On trouve ses textes notamment dans les Cahiers du Théâtre français du Centre national des Arts (Ottawa) et dans la revue Contre-jour.

Les jetées, c’est qu’est-ce qu’on construit au-devant de soi pour se protéger. C’est aussi ce qui reste des douleurs de l’enfance, des familles, et qui ne passe pas.

Les jetées

« Apprendre le goût du jeûne, du musc noir, du sang jeune, du corps triste, avec ou sans poils ou sueur ou blessure, laper le petit alcool, manger l’or et la peur, mourir quatre fois, faire l’amour, pénitence, faire son deuil dans les langes, vivre une seule fois, ensuite connaître la soif, le sel, ensuite toucher quelque chose, un fil de soie, un œil fermé, un dieu de passage. » – Benoit Jutras, Outrenuit

Tu avais dans les entailles

des camions rouges de pompiers et des balles plomb

dans le tendre la couenne

des joues d’enfant et mille inventions autour

ça goûtait le fer     le jour

je sais

***

J’ai mal au cœur de ce qui reste après

mais une couple de clémentines me tiennent maison

si tu veux

tu peux peut-être passer     même

qu’on explose

que la vie nous pète en pleine face

***

Les tulipes jaunes d’un lieu de printemps avorté

je te les ai portées en eau en sac

le sable plein la gorge

j’ai mangé toutes les racines de l’arbre qu’on avait inventé

mais n’en parlons jamais le silence

en enfilade données là

j’avoue mi-pisse mi-parfum coupable

avec la poitrine asphyxiée des jours heureux

***

Mon père avait ce don de tordre

en épine de passé fantôme sous les ongles

Tout avoir et oublier la roche de ne jamais avoir touché un homme

***

Jouons les trois cents rennes foudroyés

abdiquons il n’y a que les mains

nous serons les sexes aux envers

les territoires sont connus et les frontières

     à fendre

collons déchirons remâchons chaque espace

ils ne réussiront pas à poser leurs drapeaux sur nos corps croches

ton père ne te regarde pas

***

Découvrez les autres finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2017.

Véritable tremplin pour les écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada (Nouvelle fenêtre) sont ouverts à tous, amateurs ou professionnels. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles et poèmes inédits soumis au concours.

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