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Louise, de Marie-Eve Blanchard

L'auteure Marie-Eve Blanchard

L'auteure Marie-Eve Blanchard

Photo : Myriam Ménard

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Marie-Eve Blanchard a grandi à Granby et vit à Verdun. Elle est titulaire d'une maîtrise en études littéraires de l'Université du Québec à Montréal et est la lauréate du Prix de poésie Radio-Canada 2017

Féministe engagée, Marie-Eve Blanchard s'implique pour la justice sociale et travaille pour un organisme communautaire en défense collective des droits. Lorsque la conciliation travail-famille le lui permet, elle consacre son temps à l'écriture d'un premier recueil de poésie. 

Louise, c’est le « fait divers » qui se déploie et devient sien, c’est une souffrance qui brûle, car insoutenable. C’est à la fois une prise de conscience et un cri réprimé. Louise pourrait être plusieurs de ces femmes qui accompagnent leur conjoint dans un grand chantier minier éloigné et qui supportent au quotidien les contrecoups de l’industrie extractive. Mais cette analyse, Louise la donnerait-elle à entendre?

Louise

coupable

de crime

au premier

degré

ça aurait pu

***

être toi

la femme

laissée

pour morte

près

du poêle à bois

***

la manchette

de ce matin

te sert

pour

alimenter

le feu

qui te consume et qui

brûle

la nouvelle du jour

comme sur toi

l’ivresse

des derniers mois

***

vous avez bu

des caisses

de 24 pour

vous rendre l’amour

habitable

dans cette maison où

les moisissures

prolifèrent derrière

les murs

de vos promesses

***

les bûches qui

crépitent

dans le poêle

à bois

te rappellent

les mots

flammèches

dits

***

ceux

capables

de décimer

terres et forêts

maisons et villages

rangs et familles

de mettre

à feu

et à sang

mère et père

amante

et amant

***

tu te dis

que

même si

tu enrichissais

ton vocabulaire de

pauvre

des barils de mots remplis d’espoir pétrole

ça finit toujours tôt

ou tard

par avoir

la peau

de quelqu’un

la tienne de

peau

de chienne

***

l’amour

lorsqu’il est

noir

liquide tout

que tu te dis

***

tu regardes

les bûches

partir

en fumée

et

penses

au fait que

tous les carburants possèdent une même propriété

dégainer la honte

***

honte

de ne

savoir

dire

***

durant

les saisons

de chômage

quand

les enfants te demandent

pourquoi

Chibougamau ce n’est pas

le bout

de ciel

qui ferait briller

leurs yeux

dans un

clair

firmament

mais le bout de la

civilisation

asphaltée

les chiens errants

hurlent au reste

du monde

qui

ne les entend pas

***

qui

ne t’entend pas

ne pas

savoir dire

la plus analphabète des pulsions

***

car même les gestes

conformes à l’ordinaire

(une caresse sur la nuque

qui donne à croire

que tout ira bien)

tu ne sais plus

les faire parler vrai

***

dans ces moments où

le vraisemblable t’échappe

tu voudrais

avoir appris à

discerner

les mots qui te manquent de

ton manque de moyens

***

contre le

poêle à bois

est encore accoté là

le tisonnier

***

c’est un matin

de décembre que

se sont élevés

les tisons

de votre désarroi commun

tu jetais

le bois d’allumage

dans le foyer

de votre hiver

conjugal

long et froid et sec

au beau milieu de ce décor

traversé de bord

en bord par une rivière

shabo

gamaw

les mots flammèches

te sont arrivés en

pleine gueule

***

comme d’autres

s’enfargent

en recevant un bâton

de hockey

dans les jambes

tu as

perdu

pied

dans le ventre de la

fournaise

***

étendue

sur le plancher

près

du poêle à bois

tu regardes

l’écorce des

bûches se réduire

en cendre

comme la peau de ton bras de ton cou de ton visage

noircie et

cartonnée

***

tu te demandes

pourquoi

ne pas

avoir mis en carton

les dernières années

à vous saouler de vouloir

encore vous aimer à vous saouler

de vos amours mortes à vous saouler

jusqu’à la lie de votre fin du monde à vous saouler

des résidus de ce que vous étiez avant quand votre bout

de ciel se faisait l’écho de vos aboiements à la lune nouvelle et gibbeuse et pleine

de vos rêves habitables

***

près

du poêle à bois

tu te dis

que c’est peut-être toi

la femme

laissée

pour morte

près

du poêle à bois

***

et

tu en

crèverais

tant

tu en

brûles

d’envie

***

mais

les gens de ta trempe

ça ne crève pas

que tu te dis

tu ramasses les restes

du journal par terre

les mets dans le feu

et souffles

shabo

gamaw

Les quatre finalistes du Prix de poésie Radio-Canada 2017 sont :

Véritable tremplin pour les écrivains canadiens, les Prix de la création Radio-Canada (Nouvelle fenêtre) sont ouverts à tous, amateurs ou professionnels. Ils récompensent chaque année les meilleurs récits (histoires vécues), nouvelles et poèmes inédits soumis au concours.

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