•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La restructuration au Bureau de l'éducation française inquiète la communauté francophone

Un élève remplit un questionnaire.
Un élève remplit un questionnaire. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les francophones continuent d'exprimer leurs inquiétudes à la suite des changements au Bureau de l'éducation française, qui subit les contecoups d'une restructuration de l'ensemble du ministère.

Un texte de Camille Gris Roy

Radio-Canada a obtenu une note de service interne du BEF qui informe les employés que l'ancien sous-ministre adjoint francophone Jean-Vianney Auclair a été muté à un autre poste et devient conseiller senior au sein de la Division de l'éducation postsecondaire et du développement de la main d'oeuvre.

Les employés du BEF relèveront dorénavant d’un autre sous-ministre adjoint, Rob Santos, indique la note de service. Lui-même est déjà responsable de nombreuses autres priorités.

« Je pense que c’est une régression importante parce que ça va diminuer l’importance du BEF au sein du ministère de l’Éducation, affirme le politologue Raymond Hébert, qui a été le premier sous-ministre adjoint responsable du BEF en 1976.

Je pense que ça demande une réaction vraiment assez forte de la communauté, parce que l’autre question, évidemment, c’est : est-ce que le BEF va demeurer intact?

Raymond Hébert, politologue

« Toutes les fonctions importantes en éducation sont réunies sous un seul toit, un seul chapeau », rappelle M. Hébert à propos du bureau, Et la situation d’il y a 40 ans, avant la création du BEF, c’était justement qu’il y avait une toute petite section française qui était intégrée dans les sections - une des sections - anglophones du ministère. »

Raymond Hébert en entrevue avec Radio-Canada à l'Assemblée législative du ManitobaLe politologue Raymond Hébert a été sous-ministre adjoint pour le Bureau de l'éducation française, entre 1976 et 1979 Photo : Radio-Canada / Thomas Asselin

Même son de cloche du côté de Guy Roy, qui a été sous-ministre adjoint au BEF entre 1982 et 2004, avant de prendre sa retraite. Il affirme que cette décision doit être annulée.

Je suis très profondément troublé et déçu de cette décision. Je suis inquiet pour l'avenir de l'éducation en français.

Guy Roy, ancien sous-ministre adjoint au ministère de l'Éducation du Manitoba

« Normalement dans une administration, l'autorité va avec les responsabilités, dit-il. Et dans ce cas-ci l'autorité est transmutée ailleurs, et les responsabilités sont diffusées. »

M. Roy souligne l’importance d’un tel poste dans la structure du BEF. « Le sous-ministre adjoint peut normalement entrer en contact assez directement avec le sous-ministre lui-même et même le ministre [...]. Il peut [les]conseiller face à des décisions politiques très importantes. »

« L’exemple le plus patent à mon avis, c'est celui concernant la gestion scolaire qui a eu lieu durant les années 1990. J'ai personnellement pu conseiller le ministre dans l'élaboration de la politique relative à ça et l'élaboration du projet de loi qui a mis sur pied la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM). » Le sous-ministre adjoint contribue également, dans le cadre de ses fonctions de représentations, au rayonnement du Bureau à l’échelle provinciale, nationale, et ailleurs.

Guy Roy, à l'extérieurGuy Roy a été sous-ministre adjoint pour le BEF de 1982 à 2004 avant de prendre sa retraite. Photo : Radio-Canada / Gilbert Rowan

Restructuration plus large

Le gouvernement progressiste-conservateur assure toutefois qu’il y aura une continuité au BEF. « Nous sommes certainement engagés à offrir une éducation en français de qualité au Manitoba. Et nous savons que, selon la Loi sur les écoles au Manitoba et la Charte canadienne des droits et libertés, nous avons une obligation de le faire », affirme le ministre de l’Éducation, Ian Wishart.

Le ministre précise que ce changement s’inscrit dans le processus, plus large, de restructuration de la fonction publique entamée par le gouvernement, dans le but de gagner en efficacité. « Le ministère a connu des changements majeurs dans la façon de fournir ses services [...] Il faut aussi avoir une perspective d’ensemble [en éducation]. »

Il ajoute que les compétences de l’ex-sous-ministre adjoint Jean Vianney-Auclair sont de grande valeur et seront mises à profit dans son nouveau poste. Dans le cas de Rob Santos, qui hérite du dossier du BEF, il affirme qu’il a de solides compétences. « Et on en fait tous plus qu’avant », ajoute-t-il.

Le ministre de l'Éducation et de la Formation du Manitoba, Ian Wishart, dans son bureau à l'Assemblée législativeLe ministre de l'Éducation et de la Formation du Manitoba, Ian Wishart Photo : Radio-Canada / Thomas Asselin

L’opposition officielle exprime pour sa part son désaccord à propos de cette décision. « C’est une position qui est très symbolique et toute personne qui vient d’une communauté minoritaire connaît l’importance des symboles », dit Wab Kinew, chef du Nouveau Parti démocratique (NPD).

« Mais, en même temps, c’est aussi une décision qui reflète les priorités du gouvernement. Pour moi, c’est important d’avoir quelqu’un qui a est en communication directe avec le ministre de l’Éducation, qui peut essayer de gagner des appuis pour la communauté francophone. »

Affaire à suivre

La Société de la francophonie manitobaine (SFM) juge aussi la situation « préoccupante ». « Mais on s'informe justement de ce qui se passe et des changements qui ont été effectués, et on travaille de concert avec les autres parties prenantes : la DSFM, l'Université de Saint-Boniface, Canadian Parents for French... », explique Christiann Monnin, président de la SFM.

« On a déjà eu une rencontre pour discuter de comment on va aborder ceci. »

« Cette influence, cette hiérarchie, avoir l’oreille du ministre et du sous-ministre : là, ça change. Il reste à voir quel serait un impact possible », dit pour sa part Chirstian Michalik, de la Division scolaire Louis-Riel.

Le politologue Raymond Hébert croit que, dans tous les cas, le BEF doit conserver sa forme actuelle. « S’il y a des économies à faire, il faut peut-être vérifier au sein du BEF s’il y a des postes qui sont redondants, par exemple, ou si on peut fusionner des tâches à l’intérieur du BEF. Mais je pense qu’il faudrait garder le BEF intact et dirigé par un sous-ministre adjoint. Sinon, on recule 40 ans en arrière. »

Le BEF, qu'est-ce que c'est ?

Établi en 1974 comme division à part entière du ministère de l'Éducation du Manitoba, le BEF est responsable de tout ce qui a trait à l'enseignement en français au Manitoba - la création de programmes et de services, l’évaluation de la qualité, la gestion des octrois -, et conseiller le ministre sur les priorités, autant du côté de l’immersion que du côté de la Division scolaire franco-manitobaine (DSFM).

Manitoba

Politique provinciale