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Alexandre Bilodeau et le tabou de l'argent dans le sport

Entrevue avec Alexandre Bilodeau

Dans le monde du sport amateur, parler d'argent demeure un tabou – à tort, pour l'ancien skieur acrobatique Alexandre Bilodeau. Le double champion olympique aimerait que les athlètes disposent d'outils pour mieux gérer leurs finances et leur image. Et ça commence de la plus simple des façons : en attaquant le tabou de front. En parlant d'argent.

Un texte d’Olivier Tremblay

Pourquoi une telle réticence lorsqu’il s’agit de parler de sous? Bilodeau rappelle qu’encore beaucoup d’athlètes ne vivent pas de leur sport et doivent conserver un emploi, même s’ils évoluent sur un circuit international.

« Dans mon sport, si tu n’es pas parmi les 10 ou 15 meilleurs du monde, tu rentres tout juste dans tes frais pour ta saison, explique Bilodeau en entrevue à Radio-Canada Sports. Certains vont faire beaucoup d’argent, et d’autres vont en perdre. On n’en parle pas nécessairement entre athlètes. »

Bilodeau s’est associé à la société de gestion de patrimoine Blue Bridge à titre d’ambassadeur pour aider les athlètes de haut niveau à négocier ce type de question épineuse.

Alexandre BilodeauAlexandre Bilodeau a gagné deux médailles d'or en bosses, à Vancouver, en 2010, puis à Sotchi, en 2014 Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Ces sportifs présentent un potentiel de revenu. L’ancien skieur tient à ce qu’ils apprennent à l’optimiser avec les ressources et les outils appropriés pour savoir comment faire un budget, quand investir dans sa carrière et quand épargner.

« Un athlète, c’est comme un entrepreneur, soutient Bilodeau. Il y a des maniaques de finance, qui investissent leur argent en bourse et qui en connaissent plus que les autres, et il y en a qui sont comme des artistes qui ne veulent rien savoir des chiffres, s’en remettent aux autres et ne savent pas quelles questions poser. »

Lorsqu’il était un athlète, le jeune retraité n’était pas du genre à garder le nez sur les pages Affaires du journal. Même s’il possède une base en littératie financière, Bilodeau s’est plutôt efforcé de bien s’entourer. C’est le message qu’il veut lancer à ses anciens pairs.

« Il faut que le stress financier soit léger sur leurs épaules pour qu’ils puissent mettre leur concentration à la bonne place. »

Être conscient de l’image

Les athlètes doivent aussi gérer un autre fardeau : les médias sociaux. Certains d’entre eux sont carrément devenus des marques qui doivent assurer une présence sur ces plateformes dont le potentiel illimité n’a d’égal que les risques de commettre un impair.

Andréanne Gagné est responsable au développement de la clientèle sportive de Blue Bridge. Ancienne joueuse de soccer de haut niveau, actuelle entraîneuse adjointe des Stingers de l'Université Concordia, elle sait, même si ça n’a pas été son cas, qu’un athlète peut passer du jour au lendemain de héros à zéro en raison d’une publication malavisée.

« Il faut faire attention à ce qu’on communique sur les médias sociaux, souligne-t-elle. C’est facile de s’y perdre. Il faut gérer le contenu et les moments pour publier. Quand l’athlète sort avec des amis, ce n’est peut-être pas le bon moment d’être sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas l’image qu’il veut transmettre à ses supporteurs. »

Tout dépend aussi du contexte et des résultats, comme pourrait en témoigner Eugenie Bouchard, qui documente ses sorties extrasportives qu’elle gagne ou qu’elle perde sur le circuit de la WTA – et reçoit toute une panoplie de commentaires parfois brutaux.

Alexandre Bilodeau n’a jamais reçu une telle volée de bois vert en ligne. Loin d’être accro des réseaux sociaux, il s’est inscrit sur Twitter au lendemain de sa première médaille d’or olympique, en 2010. À peine 24 heures plus tard, il comptait 30 000 abonnés.

Lorsqu’il s’agit de la présence d’un sportif sur Internet, visibilité égale possibilités, assure-t-il. Les médias sociaux sont ancrés dans la vie personnelle d’une nouvelle génération d’athlètes, qui doivent y être sensibles.

« On passe tous par l’adolescence, on a tous fait des choses qu’on n’aurait pas nécessairement mises sur les médias sociaux, fait remarquer Bilodeau. Les athlètes performants à un jeune âge – et à un moins jeune âge – doivent faire attention et en être conscients très tôt dans la carrière.

« C’est pour garder une belle image, mais c’est aussi un modèle à donner à la nouvelle génération. Mais ça ne doit pas les arrêter; ça peut leur procurer de belles possibilités. »

Ski et surf des neiges

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