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  • René Lévesque, le souverainiste

    Le président du Parti Québécois, René Lévesque, une cigarette entre ses doigts.
    Le politicien René Lévesque en 1969. Photo: Radio-Canada / André Le Coz

    Le 1er novembre 1987, le journaliste et politicien René Lévesque meurt dans sa résidence de l'île des Sœurs. Il avait alors 65 ans. Pour souligner le 30e anniversaire de sa disparition, nous vous présentons le dernier article de la série. Aujourd'hui, la crise d'Octobre et la souveraineté du Québec.

    Le 10 octobre 1970, quelques heures après l'enlèvement de Pierre Laporte, Robert Bourassa téléphone à Pierre Elliott Trudeau pour lui demander d’appliquer la Loi sur les mesures de guerre. Une demande à laquelle répond favorablement le premier ministre du Canada dans la nuit du 15 au 16 octobre.

    La tension dans la province de Québec est alors à son comble : aux bombes qui, déjà, explosaient à Westmount s’ajoutent l’enlèvement de l'attaché commercial du Royaume-Uni, James Richard Cross, et celui du ministre provincial du Travail, Pierre Laporte, par le Front de libération du Québec (FLQ).

    Dans un message télévisé diffusé le 16 octobre 1970, le chef du Parti québécois, René Lévesque, blâme le gouvernement de Robert Bourassa et le gouvernement fédéral. Il leur reproche les comparaisons entre le nationalisme démocratique et un mouvement terroriste.

    Il s’empresse également de dénoncer les gestes du FLQ et supplie les ravisseurs de M. Cross et de M. Laporte d'accepter les conditions dictées par Ottawa. Lorsqu'il enregistre ce message, le sort de Pierre Laporte lui est encore inconnu. Il déclarera plus tard : « Ceux qui, froidement et délibérément, ont exécuté M. Laporte après l'avoir vu vivre et espérer, après tant de jours, sont des êtres inhumains. »

    Entre 1963 et 1970, le FLQ commet près de 200 crimes violents, dont des vols de dynamite, des attentats à la bombe, des braquages de banque. Deux meurtres sont perpétrés et au moins trois crimes donnent lieu à des morts violentes dues à des attentats à la bombe ou à des fusillades. Vingt-trois membres du FLQ seront condamnés pour ces offenses, dont quatre pour meurtre.

    Pour en savoir plus :

    Le Parti québécois au pouvoir

    Le soir du 15 novembre 1976 à 20 h 42, Radio-Canada annonce la victoire du Parti québécois. René Lévesque devient dès lors le 23e premier ministre du Québec. Surpris face à cette victoire inespérée, il est acclamé par les militants du parti qui applaudissent à tout rompre au centre Paul-Sauvé. C’est difficile pour lui, visiblement ému, de s’adresser à la foule. Les mots, lentement, se font entendre :

    Je n'ai jamais été aussi fier d'être Québécois que ce soir. 

    René Lévesque

    C’est la consternation dans le reste du Canada. Il faut dire que, durant la campagne électorale, Robert Bourassa avait allégrement brandi la « menace séparatiste » pour gagner des points auprès de l’électorat. Par contre, en perdant l’appui traditionnel des Anglo-Québécois qui étaient vivement irrités par l'adoption du projet de loi 22, les libéraux ont eu une campagne électorale beaucoup plus difficile que prévu.

    Le Parti québécois, quant à lui, a vu sa base électorale se resserrer autour de sa stratégie qui visait à rassurer l'électorat : René Lévesque s’était en effet engagé à tenir un référendum préalable sur la question de la souveraineté-association. Une stratégie mise au point par Claude Morin avec l’objectif de réaliser l’indépendance, étape par étape. Ainsi, une élection pour le PQ ne signifiait plus directement la séparation du Québec.

    Dans le discours de victoire que René Lévesque prononce au centre Paul-Sauvé, il remercie les militants du parti et salue l’audace du peuple québécois : « Mes collègues ici, comme moi, on est conscients du poids énorme que la confiance des Québécois vient de placer sur nos épaules. »

    Inclusion et ouverture

    Dès le lendemain de l’élection, René Lévesque adopte en conférence de presse un ton qui se veut rassurant envers tous les électeurs. Il revient sur la question de la séparation, spécifiant, encore une fois, que « ce chapitre ne s’écrira pas sans l’accord de la majorité des Québécois ».

    Il y a une place chez nous pour tous ceux qui animent, habitent et aiment le Québec

    René Lévesque

    En faisant, devant les journalistes, le lien entre l’élection de son parti et le célèbre « Maître chez nous », slogan de Jean Lesage en 1962, René Lévesque inscrit son parcours politique dans la continuité. Il souhaite ardemment mettre en place « un gouvernement qui soit aussi vraiment celui de tous les Québécois, de tous les milieux et de toutes les origines. »

    Le référendum de 1980

    Si je vous ai bien compris, vous êtes en train de dire à la prochaine fois.

    René Lévesque

    Entre 1976 et 1985, le gouvernement de René Lévesque met en place de nombreuses réformes avant de tenir, en mai 1980, un référendum sur la souveraineté-association. La question référendaire, longue et complexe, est déposée à l’Assemblée nationale le 20 décembre 1979. Les débats ne commencent que le 4 mars 1980.

    Le premier ministre du Canada, Pierre Elliot Trudeau, s’oppose fermement à la souveraineté du Québec. Il propose alors, en pleine campagne, de rassembler les fédéralistes autour de la question du bilinguisme et des libertés individuelles à l’intérieur du gouvernement fédéral. Par contre, il reste plutôt vague sur les mesures qu’il entend mettre en place, mais promet toutefois d’apporter des changements à la Constitution.

    La campagne est difficile pour le camp du oui. La proposition de René Lévesque et des souverainistes québécois est défaite à 59,56 %.

    La nuit des longs couteaux

    Pierre Elliott Trudeau arrive à la fin de sa carrière. Il est bien décidé à procéder au rapatriement de la Constitution canadienne, et ce, même sans l’accord du Québec. Ainsi, dans la nuit du 4 au 5 novembre 1981, une entente est signée entre Ottawa et les autres provinces canadiennes, sans le consentement du Québec.

    Vous n'avez pas l'accord du Québec.

    René Lévesque

    Le premier ministre du Québec, René Lévesque, apprend la nouvelle le lendemain, à 8 heures du matin. Furieux, il refuse de signer le document.

    La crise au Parti québécois

    En 1984, la situation économique est difficile au Québec. René Lévesque souhaite reporter la souveraineté à plus tard, après la crise. Quand l’économie ira mieux. Le Parti progressiste-conservateur de Brian Mulroney offre à Lévesque de réformer le fédéralisme canadien et de faire entrer le Québec dans la Constitution canadienne.

    Le chef du Parti québécois choisit d’accepter l’offre et de soutenir Mulroney. Il ne reste plus, pour Lévesque, qu’à faire passer le projet auprès de ses troupes. Par contre, sa stratégie échoue. Cinq ministres démissionnent, dont Jacques Parizeau, Louise Harel et Camille Laurin.

    René Lévesque au sujet d'un possible renouvellement du fédéralisme qui remettrait la souveraineté aux calendes grecques : « Il y a un élément de risque, mais c'est un beau risque. » Les membres du gouvernement péquiste n’avaient, de toute évidence, pas la même opinion.

    Hommage et démission

    La crise affaiblit profondément René Lévesque et ce dernier est fatigué. Le 20 juin 1985, à 23 h 30, il remet sa démission comme chef du Parti québécois.

    Ironiquement, le même jour, on lui rendait hommage à l’Assemblée nationale pour souligner ses 25 ans de carrière en politique. Lévesque, le regard sombre, est assis, il écoute.

    Le premier ministre est presque seul à savoir comment va se terminer cette journée d’anniversaire

    Jean Bédard, journaliste

    En démissionnant, René Lévesque met fin à des mois de suspense. Une décision difficile et douloureuse pour lui, après toute une vie de dévouement pour le service public. Il retourne, peu après son retrait de la politique active, au journalisme. Là où tout a commencé.

    Le 1er novembre 1987, René Lévesque meurt dans sa résidence de l'île des Sœurs. Il avait alors 65 ans. Deux jours plus tôt, Pierre Elliott Trudeau et René Lévesque, les ex-premiers ministres, s’étaient rencontrés à la librairie Paragraphe, à Montréal, dans le cadre d'une campagne de souscription en appui aux écrivains. Les deux blaguent, visiblement heureux de se revoir dans d’autres circonstances.

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