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Analyse : la saison recrue de Stroll comparée à celles de Jacques et de Gilles Villeneuve

Lance Stroll

Lance Stroll

Photo : Williams / Twitter

BILLET - Lewis Hamilton a remporté dimanche un quatrième titre des pilotes du Championnat du monde de F1. Même s'il reste encore deux épreuves à disputer, on peut en quelque sorte considérer que la saison est terminée. Le moment est donc venu d'analyser la saison recrue du Québécois Lance Stroll...

En signant une 6e place au Grand Prix du Mexique le jour de son 19e anniversaire, Stroll (40 points) est parvenu à s’emparer du 10e rang du classement des pilotes, tout juste devant son coéquipier, le vétéran Felipe Massa. Le Brésilien a jusqu’à présent empoché 36 points.

En F1, parce que les monoplaces de chaque écurie sont différentes, les pilotes sont évalués et jugés en fonction de la compétition qu’ils livrent à leur propre coéquipier. Pour un pilote recrue, qui doit se familiariser avec les réglages d’une monoplace complexe ainsi qu’avec les configurations de nouveaux circuits, cette vive compétition interne est extrêmement difficile.

Ce matin, par simple curiosité, je vous propose d’analyser la saison recrue de Stroll en la comparant avec celles de Jacques Villeneuve (en 1996 chez Williams) et de son père Gilles (en 1978 chez Ferrari). Les résultats de cet exercice sont extrêmement intéressants.

[Il est pertinent de faire cette comparaison maintenant, parce que Stroll et Massa se sont affrontés 17 fois cette saison (Massa a été malade au GP de Hongrie). Comme le Championnat du monde ne comptait que 16 épreuves aux époques de Jacques et de Gilles Villeneuve, les échantillons sont donc comparables. NDLR]

Gilles Villeneuve - 1978

Gilles Villeneuve en 1980Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gilles Villeneuve en 1980

Photo : Getty Images / Steve Powell

Contexte : Gilles Villeneuve a disputé sa première saison complète chez Ferrari à l’âge de 28 ans. Son coéquipier était l’Argentin Carlos Reutemann, un vétéran aguerri de 36 ans qui comptait 5 victoires à son palmarès. D’ailleurs, Reutemann a bouclé le Championnat du monde au 3e rang cette saison-là.

Duel en qualifs : Tout au long de la saison, Reutemann est parvenu à coiffer Villeneuve durant les séances de qualifications. Au terme de la saison, le score était de 13 à 3 en faveur de l’Argentin aux dépens de la recrue de Berthier.

En moyenne, Villeneuve s’est classé au 6,8e rang sur la grille de départ, alors que Reutemann a occupé la 5,6e place. L’écart entre les deux coéquipiers était donc extrêmement mince : durant toute la saison, Reutemann et Villeneuve ont été séparés en moyenne par seulement 1,2 place sur la grille de départ.

Duel en course : Reutemann a clairement dominé Villeneuve au classement, récoltant 4 victoires et 48 points contre seulement 17 points pour le Québécois. Villeneuve avait toutefois bouclé la saison avec panache en signant sa mythique première victoire au Grand Prix du Canada.

Jacques Villeneuve - 1996

Jacques Villeneuve et son coéquipier Damon Hill au Grand Prix d'Australie en 1996Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jacques Villeneuve et son coéquipier Damon Hill au Grand Prix d'Australie en 1996

Photo : Getty Images / Michael Cooper

Contexte : Jacques Villeneuve est arrivé en F1 à l’âge de 25 ans après avoir remporté le championnat des pilotes de la série CART ainsi que les 500 milles d’Indianapolis la saison précédente. Chez Williams, il s’est retrouvé aux côtés du vétéran Damon Hill, alors âgé de 35 ans. Hill figurait alors parmi les favoris pour remporter le titre des pilotes. Il avait été vice-champion au cours des deux saisons précédentes en plus de terminer 3e au classement en 1993.

Le Britannique a effectivement remporté le titre mondial lors de cette saison 1996.

Duel en qualifs : Exactement comme cela avait été le cas pour son père à sa saison recrue, Villeneuve a été dominé 13 à 3 par son expérimenté coéquipier en qualifications.

En moyenne, le Québécois s’est classé 3,06e sur la grille de départ, tandis que Hill a multiplié les positions de tête, se classant en moyenne 1,4e. On parle d’un écart moyen de 1,66 place.

Villeneuve s’est donc montré extrêmement compétitif. Pour devancer Hill, il lui fallait rafler la position de tête, ce qu’il a fait trois fois au cours de la saison.

Duel en course : Durant les courses, cela n’a été pas facile pour Hill. Le champion du monde a remporté 8 victoires et bouclé le calendrier avec 97 points au classement, alors que son jeune lieutenant a triomphé dans 4 épreuves et récolté 78 points, ce qui lui a valu le second rang du Championnat.

Lance Stroll - 2017

Lance Stroll et Felipe MassaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lance Stroll et Felipe Massa

Photo : Getty Images / Mark Thompson

Contexte : Lance Stroll a fait son entrée en F1 chez Williams en 2016 à l’âge de 18 ans après avoir remporté le championnat européen de formule 3 la saison précédente. Plusieurs observateurs (moi le premier) se sont interrogés sur la précipitation dont son entourage a fait preuve pour le faire prématurément passer en F1. Son père, le milliardaire Lawrence Stroll, aurait investi plus de 50 millions chez Williams pour que son fils obtienne le volant.

Chez Williams, Stroll a été jumelé à Felipe Massa, un vétéran de 36 ans comptant 11 victoires en carrière en F1, mais dont la dernière conquête remontait à 2008.

Massa est d’ailleurs sorti de la retraite pour se joindre à Williams, parce que le pilote numéro un de l’écurie, Valteri Bottas, avait été recruté par Mercedes.

Duel en qualifs : Jusqu’à présent, Felipe Massa l’a clairement emporté 15 à 2 en qualifications sur son jeune coéquipier. Compte tenu de l’âge et de l’expérience de Stroll, le contraire aurait été ahurissant.

En moyenne, Stroll a hérité de la 15e place sur la grille de départ, alors que Massa a pris le départ de la 10,6e place. On parle d’un écart considérable de 4,4 places entre les deux coéquipiers.
Notons toutefois qu’en début de saison, l’écart était souvent de neuf ou dix places entre Stroll et Massa. Le Québécois s’est cependant montré plus compétitif en deuxième moitié, devançant Massa à deux occasions.

Duel en course : Incroyablement, malgré cette nette domination en qualifications, Felipe Massa tire de l’arrière 36 points à 40 points sur Lance Stroll au Championnat des pilotes!

Massa s’est classé 11 fois dans le palmarès des 10 premiers, comparativement à Stroll qui s’est faufilé 7 fois parmi ceux-ci. Au classement, la différence entre les deux pilotes réside dans la 3e place récoltée par le Québécois au Grand Prix d’Azerbaïdjan, au terme d’une course complètement folle et marquée de plusieurs accidents.

Après ce Grand Prix, les dirigeants de Williams soutenaient que Massa aurait remporté l’épreuve s’il n’avait pas été victime d’un bris de suspension qui l’a contraint à l’abandon.

Conclusion

Lance Stroll a démontré de très belles aptitudes en ce qui a trait à la gestion de course, surtout en deuxième moitié de calendrier. Il a su éviter les incidents et faire fructifier des stratégies de course parfois un peu plus audacieuses (adoptées en raison de ses positions désavantageuses sur la grille de départ).

Son pilotage a beaucoup gagné en maturité au fil de la saison. On l’a notamment vu en fin de semaine, à Mexico, alors que sa gestion des pneus lui a permis de rester longtemps en piste avant son premier arrêt aux puits. Cela lui a valu sa 6e place.

Mais Stroll est-il un pilote rapide selon les standards très élevés de la F1? C’est encore difficile à dire.

Il s’est incliné 15 à 2 en qualifications contre un pilote sorti de la retraite, qui a passé sa carrière dans un rôle de second. L’écart entre Stroll et Massa sur la grille a tout de même été considérable. N’empêche, malgré ses 19 ans, la recrue a montré une constante progression tout au long de la saison.

Il faudra sans doute attendre qu’il affronte un coéquipier appartenant à l’élite du Championnat du monde pour mesurer la véritable valeur de Stroll. De toute évidence, cela ne se produira pas la saison prochaine. Mais rien ne presse. Le temps joue en faveur de Stroll. En attendant les grandes confrontations, à lui de fourbir ses armes.

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