•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Malaise dans l’éducation française au Manitoba

Jules Rocque
Jules Rocque, professeur de la Faculté d’éducation de l’Université de Saint-Boniface, à Winnipeg, s'inquiète d'une nouvelle démarche qui place l'éducation française sous l'égide d'un sous-ministre adjoint anglophone qui doit s’occuper également d’autres priorités. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Des acteurs du domaine de l'éducation au Manitoba expriment des inquiétudes par rapport à la récente décision de la province de confier la gestion du Bureau d'éducation française à un sous-ministre anglophone.

Un texte de Catherine Logan

Radio-Canada a mis la main sur une note de service interne, circulant au Bureau de l’éducation française du Manitoba, qui informe les employés que l’ancien sous-ministre adjoint francophone Jean-Vianney Auclair a été muté au « poste de conseiller sénior au sein de la division de l’éducation poste secondaire [sic] et du développement de la main d’oeuvre [sic] ».

Les employés du BEF rendront dorénavant des comptes au sous-ministre adjoint anglophone Rob Santos, dit la note, qui devra représenter les intérêts francophones et conseiller le ministre de l’Éducation sur les priorités en éducation française et d’immersion.

Plusieurs intervenants dans le domaine scolaire francophone et d’immersion affirment que cette décision crée un malaise quant à l’avenir de l’éducation en langue officielle minoritaire.

Jules Rocque, professeur de la Faculté d’éducation de l’Université de Saint-Boniface, souligne que la démarche du gouvernement provincial soulève plusieurs questions.

Moi, c’est au niveau organisationnel que c’est très inquiétant. […] Est-ce que c’est la première pierre qu’on enlève à cette structure qui a été mise en place au milieu des années 70?

Jules Rocque, professeur de la Faculté d'éducation, Université de Saint-Boniface

M. Rocque rappelle que le BEF a été mis en place en 1974 pour répondre au mandat de création de programmes, d’évaluation de la qualité des programmes et de conseiller du ministre à propos des priorités de la province en fonction de l'instruction de langue française, autant du côté de l’immersion que du côté de la Division scolaire franco-manitobaine.

Or, l’éducation en langue française se retrouve sous le la responsabilité d’un sous-ministre adjoint qui doit s’occuper également d’autres priorités.

« Si on est le groupe majoritaire, qu’on gère les priorités de la minorité et qu’on a une attitude de traduction, pour répondre aux besoins de la francophonie, on peut concevoir des approches pédagogiques, à titre d’exemple, conçues par la majorité et puis tout simplement envoyées au bureau de traduction », observe le pédagogue d’origine albertaine. « [Même si] on sait qu’en milieu minoritaire il nous faut des pédagogies particulières pour permettre aux interlocuteurs, donc. les élèves, de s’approprier cette langue-là. »

En outre, le gouvernement risque de banaliser le français, comme d’autres provinces l’ont fait, en mettant les programmes de français comme programme de langue au même titre que toutes les autres langues qui se trouvent sur le territoire, dit-il.

Le professeur de la Faculté d’éducation se questionne également sur la vision plus large du gouvernement de Brian Pallister pour la francophonie manitobaine.

« Quelles sont les intentions d’un gouvernement qui adopte une loi, met sur pied un comité consultatif avec la ministre [des Affaires francophones Rochelle] Squires sur ce qu’on doit faire dans notre communauté pour assurer la pérennité et l’épanouissement, et du même souffle, adopte des pratiques qui ont l’air vraiment draconiennes et unilatérales, où on limoge des gens à l’intérieur d’une structure aussi importante que la structure du BEF », demande-t-il.

La province du Manitoba n’a pas voulu commenter en détail sa décision, la porte-parole Julie DeVoin confirmant seulement qu’« Éducation et Formation Manitoba fait l’objet d’un renouveau organisationnel ainsi que d’un remaniement de ressources afin de répondre aux besoins opérationnels ».

Avec des informations de Marie-Lise Mormina

Manitoba

Éducation