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Des experts inquiets des effets de la légalisation du cannabis sur les jeunes

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Plusieurs intervenants s'inquiètent de l'impact qu'aura la légalisation de la marijuana sur la santé des jeunes Canadiens lorsque son usage récréatif sera réglementé pour les adultes à compter du 1er juillet prochain au Canada. Réunis dans le cadre d'une conférence sur les jeunes et la justice à Toronto, ils citent notamment l'absence d'une politique de santé publique claire destinée aux mineurs sur les dangers réels du cannabis.

Un texte de Jean-Philippe Nadeau

Le professeur de droit Robert Solomon, de l'Université de Western Ontario, croit que le Canada doit apprendre des erreurs qui ont été commises dans l'État de Washington lorsque le cannabis y a été légalisé il y a cinq ans. Il regrette que le gouvernement Trudeau ait créé une loi sans mettre de l'avant une politique parallèle cohérente en matière de santé publique sur la consommation de marijuana auprès des jeunes.

Il pense aussi que le gouvernement fédéral a fait fausse route en transmettant aux provinces la responsabilité de réglementer toute la vente du cannabis.

« Il va falloir que les provinces ajustent la vente en fonction de l'âge limite pour la vente d'alcool et de tabac sur leur territoire, mais des provinces limitrophes pourraient ne pas avoir la même réglementation, si bien que des jeunes traverseront la frontière pour aller se procurer de la drogue lorsqu'il est interdit d'en acheter chez eux », explique-t-il.

Le cas de l'État de Washington

La Commission des alcools et du cannabis de l'État de Washington soutient qu'il a fallu du temps pour développer une politique efficace encadrant la production, la transformation et la vente de marijuana.

Le chef adjoint de la division de la Commission chargée d'appliquer la loi, Steven Johnson, précise que l'État a dû relever de nombreux défis imprévus.

« Ce n'est pas un commerce facile, ce n'est pas un commerce comme les autres. Il faut faire des tests en laboratoire pour s'assurer que le produit n'est pas dangereux et pour protéger les consommateurs. »

— Une citation de  Steven Johnson, Commission des alcools et du cannabis de l'État de Washington
Steven Johnson et Laura Pisko
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Steven John et Laura Pisko du ministère de la Santé et des Soins de longue durée qui a animé la conférence.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

M. Johnson ajoute que la légalisation du cannabis dans son État n'a pas mis fin au marché noir et qu'il existe encore beaucoup de mythes sur l'usage de la marijuana.

Il souligne qu'il est donc important qu'une campagne de sensibilisation et d'éducation - auprès des jeunes surtout - soit mise en place avant l'ouverture des points de vente.

L'État de Washington a légalisé l'usage médicinal de la marijuana en 1998 pour les 18 ans et plus, puis l'usage récréatif en 2012 pour les 21 ans et plus.

Dans cet État américain, la Commission des alcools et du cannabis réglemente la vente de la drogue dans des magasins d'État comme s'apprête à le faire l'Ontario avec la Régie des alcools (LCBO).

Selon la Commission, le nombre de collisions mortelles a augmenté sur les routes depuis que la consommation du cannabis est légale.

Le Centre antipoison de l'État enregistre aussi une augmentation de la consommation auprès des jeunes. Les sondages réalisés chez les 21 ans et moins montrent qu'ils croient de moins en moins que la marijuana est dangereuse pour la santé.

Le nombre d'élèves de 12e année ayant pris le volant moins de 3 heures après avoir fumé de la marijuana y est également en hausse.

Hypocrisie des gouvernements?

M. Solomon, qui est aussi le directeur des questions légales à MADD (Mothers against drug driving) Canada, pense qu'il existe un fossé entre le discours du gouvernement canadien et la réalité.

« Il y a beaucoup d’hypocrisie, puisque la loi C-45 dit que l'objectif du gouvernement est de réduire les risques auprès des jeunes. Or, de nombreuses études scientifiques contredisent la loi en ce qui concerne les effets néfastes du cannabis sur la santé mentale des jeunes. »

— Une citation de  Robert Solomon, professeur de droit à l'Université de Western Ontario
Le professeur de droit Robert Solomon
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Le professeur de droit, Robert Solomon

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Il croit que le gouvernement est aussi hypocrite quand il parle aujourd'hui de marijuana que lorsqu'il parlait à l'époque du tabac et de l'alcool.

« Cela a pris des années avant que les gouvernements ne mettent en garde la population contre les effets négatifs de l'alcool et du tabac après avoir réalisé les coûts que cela représentait sur leur système de santé », fait-il remarquer.

Le professeur reconnaît toutefois que le cannabis demeure moins dangereux que l'alcool ou la cigarette.

Commencer la sensibilisation

L'agence Springboard, qui offre des services aux jeunes en matière de justice, affirme qu'elle n'attend pas que la loi entre en vigueur pour organiser des ateliers dans les écoles de la province sur les dangers du cannabis sur la santé mentale et ses effets sur la conduite automobile par exemple.

Son directeur, Don Cooley, dit que « trop de jeunes pensent encore que le cannabis est sans danger ou que cette drogue accroît leur concentration, ce qui est faux ».

M. Cooley croit qu'il faudra que les gouvernements mettent au point des publicités aussi percutantes qu'ils l'ont fait il y a 20 ans en matière d'alcool au volant.

« Les jeunes ne font pas le parallèle entre l'alcool et le cannabis et leurs parents n'insistent pas assez sur la différence entre les deux, parce que l'alcool est légal et le cannabis ne l'est pas; or, il est plus facile pour un parent de parler d'alcool que de drogue. »

— Une citation de  Don Cooley, directeur de Springboard

M. Cooley se dit inquiet, parce que la conduite avec les facultés affaiblies par la marijuana a augmenté dans les États qui ont légalisé le cannabis comme au Colorado et dans l'État de Washington.

Il se dit néanmoins rassuré dans la mesure où le gouvernement de l'Ontario et la Police provinciale de l'Ontario sont déjà en train de mettre au point des stratégies sur les dangers du cannabis chez les jeunes.

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