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Encore loin de la parité hommes-femmes au municipal

Caroline St-Hilaire aura été mairesse de Longueuil pendant huit ans.

Caroline St-Hilaire

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2017 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Si 4000 femmes sont candidates lors des élections municipales au Québec qui connaîtront leur dénouement dans une semaine, la progression vers la parité n'en demeure pas moins très lente.

Un texte de Mathieu Gohier, des Coulisses du pouvoir

La proportion de femmes candidates est passée de 25 % à 31 % entre les élections de 2005 et de 2017. À ce rythme, il faudra encore deux décennies pour compter autant de représentants des deux sexes.

Pourquoi encore aujourd'hui si peu de femmes s'intéressent à la politique municipale? Suzanne Roy, la mairesse de Sainte-Julie, sur la Rive-Sud, évoque plusieurs hypothèses.

« On appelle ça l'arène politique, déjà juste le terme qu'on utilise en dit extrêmement long. Ce n'est pas très attirant pour les femmes de dire qu'on va aller dans une arène politique », avance celle qui fut d'abord conseillère municipale avant de devenir mairesse.

La mairesse de Sainte-Julie Suzanne Roy estime que la situation des femmes s'est lentement améliorée en politique municipale. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La mairesse de Sainte-Julie Suzanne Roy

Photo : Radio-Canada

Réélue sans opposition cette année, Suzanne Roy ajoute que les villes ont longtemps géré des dossiers moins attirants pour les femmes.

« Traditionnellement, les municipalités avaient comme fonction les infrastructures, les arrêts, l'asphalte, les égouts, l'eau potable. On ne peut pas dire que c'est culturellement très féminin », dit-elle, tout en ajoutant que les villes en font aujourd'hui beaucoup plus en matière d'environnement et de qualité de vie.

À Longueuil, Caroline St-Hilaire s'apprête à mettre un terme à 20 ans de vie politique, dont les huit dernières à la mairie. Que ce soit durant ses années à la Chambre des communes ou au conseil municipal, elle a pu constater que l'organisation même des partis influait beaucoup sur la présence des femmes.

Les partis politiques sont encore essentiellement dirigés par des hommes et, on le voit souvent, c'est naturel, un homme va solliciter son réseau de contacts qui sont des hommes.

Caroline St-Hilaire

Déficit de confiance

Mais autant Caroline St-Hilaire que Suzanne Roy insistent pour dire que les hommes ne sont pas le seul facteur dans l'équation.

« Il y a encore la notion d'imposteur, où les femmes se disent qu'elles ne peuvent pas faire de politique », souligne la mairesse sortante de Longueuil.

« Souvent, les femmes ne se font pas confiance. Quand elles viennent m'en parler, elles demandent quelle formation elles devraient suivre pour se lancer en politique municipale », renchérit Suzanne Roy.

Un phénomène étudié par les universitaires Anne Mévellec et Manon Tremblay dans leur livre Genre et professionnalisation de la politique municipale pour lequel elles ont rencontré plus de 300 élus locaux.

Anne Mévellec s'intéresse particulièrement à la politique municipale au Québec. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Anne Mévellec est professeur à l'Université d'Ottawa

Photo : Radio-Canada

« Il y a vraiment ce déficit dans cette confiance à la compétence que les femmes vont compenser en assistant à de nombreuses formations avant d'être candidates, pendant leur période de candidature et une fois qu'elles vont être élues », note Anne Mévellec de l'Université d'Ottawa.

Notre dossier sur les élections municipales 2017 au Québec  

L'éternelle conciliation travail-famille

Faire de la politique n'est pas qu'une question de confiance, encore faut-il concilier l'engagement public et la vie de famille. « On part vraiment de loin », soupire Suzanne Roy. « Je dis souvent qu'on fait nos consultations publiques à l'heure où on donne le bain aux enfants, alors ça aussi ce sont des choses qu'il faut revoir, de nouvelles façons de penser », ajoute-t-elle.

Capture d'écran du conseil municipal de Longueuil, le 19 septembre 2017.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Capture d'écran du conseil municipal de Longueuil, le 19 septembre 2017.

Photo : Radio-Canada

Jongler avec un horaire professionnel exigeant et une vie de famille reste l'un des principaux obstacles à la participation des femmes en politique, acquiesce Anne Mévellec. « Si vous voulez être un conseiller, une conseillère municipale impliquée sur des dossiers, il faut à la fois gruger sur les horaires de travail et gruger sur les horaires familiaux », dit-elle.

Caroline St-Hilaire apporte toutefois un bémol, même les horaires de travail les mieux adaptés à la vie de famille ne pourront remplacer un entourage compréhensif. « À un moment donné il faut dire non, il faut dire qu'il y a une fin de semaine qui m'appartient soit comme femme, soit pour la famille. [...] Si on a des adjoints qui disent "non, ça, la mairesse, la députée ou la conseillère ne touche pas à ça" c'est important de le préserver. »

L'UMQ fait campagne

Pour accélérer le rattrapage, l'Union des municipalités du Québec (UMQ) a organisé de février à septembre une tournée de conférences avec d'actuelles et d'anciennes élues. Une campagne publicitaire a aussi été lancée. « C'est cette idée de se projeter comme modèle qui est selon moi plutôt efficace », souligne Anne Mévellec.

Au-delà des campagnes, la mairesse sortante de Longueuil aimerait aussi voir des mesures plus directes qui touchent le financement des partis politiques. Selon elle, les partis devraient recevoir des remboursements de dépenses électorales plus élevés s'ils font élire plus de femmes.

Malgré tous les efforts déployés, les choses changent lentement et les degrés d'optimisme varient quant à une plus grande représentation des femmes sur la scène municipale.

En fin de mandat, Caroline St-Hilaire n'est pas particulièrement optimiste. « C'est encore les mêmes questions, pas juste qu'il y a 8 ans, mais il y a 20 ans, quand j'ai commencé à faire de la politique », laisse-t-elle tomber.

À Sainte-Julie, Suzanne Roy croit que la patience portera ses fruits. « Il n'y a pas 100 ans, les femmes n'étaient pas reconnues comme des êtres humains. Aujourd'hui, on atteint 4000 candidates à l'élection, c'est quand même un pas de géant! L'histoire d'un peuple, ça se construit sur des centaines d'années, l'histoire des femmes aussi », résume-t-elle.

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