•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Paris sans voitures thermiques : « Nous avons la capacité de le faire »

On voit gens se déplacer à vélo au centre de Paris.
La mairie de Paris souhaite accorder plus de place aux piétons et aux vélos comme ici, le 1er octobre, lors de la Journée sans voiture. Photo: Mairie de Paris

Paris veut bannir les voitures à énergie fossile d'ici 2030. Ce projet de la mairesse Anne Hidalgo suscite à la fois l'espoir et l'inquiétude. Comment le mettre en œuvre alors que d'autres grandes métropoles s'engagent sur la même voie?

Un texte de Gabrielle de Jasay

Irréaliste ou visionnaire? Paris veut se débarrasser des voitures à essence d’ici 2030 (2024 pour le diesel). C’est du moins la promesse de la mairesse Anne Hidalgo. Son projet doit être adopté en novembre par les élus de la ville dans le cadre d’un « Plan Climat ». Les Parisiens, eux, voteront au printemps.

La capitale deviendrait ainsi le fer de lance du projet du ministre français de l’Écologie, Nicolas Hulot, qui vise à interdire la vente des voitures à essence en France d’ici 2040.

Possible en associant toutes les technologies

« Nous sommes en capacité de le faire », assure Anne Hidalgo dans un entretien au quotidien Le Parisien. La Ville fait le pari que les constructeurs automobiles auront d’ici là suffisamment développé leur offre de modèles à zéro émission de carbone et souhaite combiner les différentes technologies et tendances : électrique, hydrogène, gaz naturel, mais aussi navettes autonomes, covoiturage et vélos électriques en libre-service.

On voit Anne Hidalgo à vélo, de face.Anne Hidalgo, la mairesse de Paris, lors de la Journée sans voiture qui se tient chaque année le 1er octobre. Photo : Mairie de Paris

Pour Célia Blauel, adjointe à la mairesse de Paris et responsable de l’environnement et du Plan Climat, « ce n’est pas surréaliste; d’ailleurs, d’autres pays ont choisi cette échéance de 2030, mais à l’échelle nationale, comme les Pays-Bas, le Danemark ou la Slovénie. »

Onze métropoles suivent l’exemple de Paris

Après Paris, les villes d’Auckland, de Barcelone, de Copenhague, du Cap, de Londres, de Los Angeles, de Mexico, de Milan, de Quito, de Seattle et de Vancouver veulent devenir des zones sans émission de carbone d’ici 2030. Leurs maires se sont engagés le 23 octobre à interdire tous les véhicules thermiques (essence et diesel) dans une « partie importante » de leur ville.

« Un tiers des émissions de gaz à effet de serre des villes proviennent des transports », rappellent les maires du C40 (un réseau de 91 grandes villes, actuellement présidé par Mme Hidalgo). Ils s’engagent à favoriser les transports doux (marche et vélo) et les transports en commun, notamment en dotant leurs flottes de véhicules zéro émission.

Les comportements ont déjà commencé à changer

Plus d’un demi-million de voitures circulent chaque jour dans Paris. Or, elles ne transportent que 1,1 personne en moyenne et ne représentent qu’un déplacement sur 10. Les 90 % restants se font en métro, en bus, en tram, à pied ou à vélo.

On voit une rangée de Vélib' à Paris.Les Parisiens plébiscitent Vélib’. La mairie veut doubler les pistes cyclables d’ici 2020. Photo : Radio-Canada / Gabrielle de Jasay

De fait, le réseau de métro est déjà au maximum de sa capacité et la Ville prévoit développer les transports de surface. Elle entend accorder plus de place aux piétons, aux vélos, aux bus et aux trams ainsi qu’à toutes les nouvelles formes de mobilité, et restreindre la place des véhicules individuels.

Aujourd’hui, la voiture n’assure que 10 % des déplacements, mais occupe 50 % de l’espace public parisien.

Célia Blauel, adjointe à la mairesse de Paris, responsable de l’environnement et du Plan Climat

En fait, les comportements des Parisiens ont commencé à changer depuis longtemps. Le trafic à l’intérieur de la capitale française a baissé de 30 % depuis 10 ans, selon la Ville. Paris étouffe pourtant régulièrement dans les bouchons et les pics de pollution, même si plus d’un Parisien sur deux a renoncé à posséder un véhicule.

On voit un voiture Autolib' garée dans la rue à Paris.Autolib’, le réseau de voitures électriques en libre-service dans l'agglomération parisienne, compte 150 000 abonnés, mais est de plus en plus concurrencé par le covoiturage. Photo : Radio-Canada / Gabrielle de Jasay

Le casse-tête des banlieusards

Il reste que pour les milliers de banlieusards qui viennent travailler à Paris tous les jours, ce projet risque de devenir un casse-tête quotidien.

« Pour que le projet fonctionne à Paris, il doit être nécessairement conçu à l’échelle métropolitaine », reconnaît Célia Blauel. Nouveaux stationnements autour de Paris, intermobilité, télétravail : plusieurs solutions sont à l’étude à l’échelle de la métropole.

Les travaux du Grand Paris Express ont commencé pour créer 200 km de nouvelles lignes de métro qui desserviront la banlieue.

Anne Hidalgo se montre optimiste : « Les enquêtes démontrent que seuls trois habitants de la Métropole du Grand Paris sur 10 utilisent leur voiture pour aller travailler. Et ils disent dans leur immense majorité qu’ils s‘en passeraient s’ils pouvaient faire autrement. »

En réalité, beaucoup sont en colère et inquiets, explique Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes. Comme nombre de Parisiens et d’habitants de l’Île-de-France, il dénonce la croisade anti-voitures de la mairesse et ce qu’il juge être un projet purement électoraliste.

Pour moi, c’est infaisable. On ne peut pas interdire 99 % des véhicules qui sont en circulation aujourd’hui. Qui plus est, le véhicule électrique coûte cher et n’a pas encore l’autonomie nécessaire. La conversion à l’électrique ne pourra pas se faire aussi rapidement.

Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes
On voit des voitures et des motos circuler sur l'avenue des Champs-Élysées, à Paris.En 2030, plus aucun de ces véhicules ne pourra circuler dans la capitale française. Photo : Radio-Canada / Gabrielle de Jasay

L’objectif n’est pas le tout électrique, mais le zéro carbone

Avec ce projet, la Municipalité entend donner un signal aux industriels pour que la technologie se démocratise, car la voiture électrique coûte encore trop cher.

La Ville prépare en ce moment la multiplication des bornes de recharge, mais son objectif n’est pas de remplacer chaque voiture thermique par une voiture propre.

« Le réseau d'énergie de Paris exploserait », souligne Célia Blauel. « Cette mesure s’inscrit quand même dans un Plan Climat qui vise à avoir la neutralité carbone de Paris en 2050, donc l'objectif est d’arriver à un cocktail technologique sobre en énergie », précise-t-elle.

Les Parisiens et les transports

  • On compte 8,5 millions de déplacements dans Paris par jour, dont 52 % à pied, 32 % en transports collectifs et 10 % en voiture;
  • 37 % des Parisiens possèdent une voiture, soit une baisse de 8 % entre 1999 et 2014;
  • Il y a 221 000 abonnés au service de vélo en libre-service Vélib’;
  • 2 % des habitants de l'Île-de-France et 4 % des Parisiens se rendent au travail en vélo;
  • 43 % des habitants de l'Île-de-France et 68 % des Parisiens utilisent les transports en commun;
  • Le Vélib’ 2, la deuxième génération de vélos en libre-service, sera lancé en janvier 2018. La flotte devrait compter 20 000 vélos, dont 30 % à assistance électrique, disponibles dans 1300 stations.

Source : Ville de Paris

Protection des écosystèmes

International