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À quand l’adoption d’un guide du design autochtone pour Montréal?

L’Institut culturel cri Aanischaaukamikw à Oujé-Bougoumou au Québec.
L’Institut culturel cri Aanischaaukamikw à Oujé-Bougoumou au Québec. Photo: Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

Au lendemain du Sommet Mondial du Design tenu dans la métropole québécoise dernièrement, le directeur général de Montréal autochtone, Philippe Meilleur, souhaite l'adoption prochaine d'un guide du design pour orienter de futurs chantiers autochtones en milieu urbain.

Un texte d’Anne-Marie Yvon

Sur les rives du fleuve Saint-Laurent, à quelques encablures des rapides de Lachine, se dresse Nations sur le fleuve, un site culturel autochtone évoquant l’occupation amérindienne. Outre un centre culturel, on y trouve un camping urbain et partout autour des plantes indigènes.

Si le lieu est magnifique, il est avant tout virtuel, sorti tout droit de l’imagination de la designer d’ascendance malécite, Johanne Aubin, qui s’inspire de la culture autochtone dans son travail.

Le projet Nations sur le fleuve illustre comment Montréal pourrait, de manière très concrète, intégrer et valoriser la culture et l’histoire des Premiers Peuples. Le projet Nations sur le fleuve illustre comment Montréal pourrait, de manière très concrète, intégrer et valoriser la culture et l’histoire des Premiers Peuples. Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

Nations sur le fleuve illustre bien comment Montréal pourrait, de manière très concrète, intégrer et valoriser la culture et l’histoire des Premiers Peuples.

Le projet verra-t-il le jour? C’est le souhait de Philippe Meilleur qui, au sein de Montréal autochtone, fait tout pour intégrer des milieux de vie autochtones au cœur de la ville. Celle-ci accuse un certain retard comparativement à d’autres grandes métropoles du pays et du monde.

L’urbanité autochtone

Les données dévoilées par Statistique Canada le 25 octobre le montrent clairement : les Autochtones sont de plus en plus urbains. Le recensement de 2016 révèle que plus de la moitié (51,8 %) des Autochtones vivaient dans une région métropolitaine de plus de 30 000 habitants au pays.

Quelque 34 745 Autochtones habitent dans la région urbaine de Montréal, comparativement à 18 465 en 2006. Sur l’île de Montréal, ils sont environ 12 000, précise Philippe Meilleur.

L’organisme qu’il dirige a été fondé en 2014, pour pallier l’absence de service pour les familles et la jeunesse, de plus en plus nombreuses. Mais qu’en est-il de l’environnement bâti?

Une promenade dans les divers quartiers de Montréal ne permettra pas de mesurer à sa juste valeur la présence des Premières Nations. Il y a bien eu, en septembre, l’ajout d’un cinquième symbole, le pin blanc, placé au centre des armoiries de la Ville pour illustrer leur présence ancestrale sur le territoire.

Il y a aussi des représentations de leur culture dans les musées, tenus par des non-Autochtones, tient à préciser Philippe Meilleur, que ce soit le Centre d'histoire de Montréal ou le Musée McCord d'histoire canadienne, mais le reste tient de l’évènement ponctuel, qu'on pense aux pow-wow annuels, au festival Présence autochtone ou même au café de la Maison ronde, fermé pendant l’hiver.

Philippe Meilleur, directeur général de Montréal autochtonePhilippe Meilleur, directeur général de Montréal autochtone Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

Ce que souhaite Philippe Meilleur, et dont il a été question pendant l’exposition publique Autochtoniser Montréal, dans le cadre du Sommet Mondial du Design, c’est l’élaboration d’un guide de design autochtone en collaboration avec le Bureau du design de Montréal.

« Pour tout projet tagué autochtone et qui demande un terrain de la ville pour pouvoir exister, par exemple le projet de logement social à Verdun, ces projets seraient soumis à une réflexion sur la qualité, opérée par le bureau du design », mentionne-t-il.

Toutes les institutions publiques ont peut-être une réflexion à faire pour « autochtoniser » leur institution, s’ils déterminent qu’il y aura un pan de cette infrastructure qui va être dédiée aux Autochtones.

Philippe Meilleur

Ailleurs au Canada et dans le monde, des infrastructures publiques collent déjà à la réalité de leur population autochtone, tout en offrant un milieu inspirant pour les non-Autochtones.

À Oujé-Bougoumou au Québec, l’Institut culturel cri Aanischaaukamikw s’appuie sur l’architecture de la maison longue traditionnelle de cette nation.

L’Institut culturel cri Aanischaaukamikw à Oujé-Bougoumou au Québec.L’Institut culturel cri Aanischaaukamikw à Oujé-Bougoumou au Québec. Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

À Whistler, en Colombie-Britannique, le Centre culturel Squamish Lil'wat, soutenu par des poutres de sapins de Douglas géants, réinterprète aussi à sa manière les habitations traditionnelles de ces peuples.

L’idée est la même derrière la construction, à Taïwan, de la galerie autochtone de Taitung et de l’école primaire Ming-Chuan.

L’école primaire Ming-Chuan à TaïwanL’école primaire Ming-Chuan à Taïwan Photo : Radio-Canada / Anne-Marie Yvon

À Christchurch en Nouvelle-Zélande, la bibliothèque centrale, reconstruite après les tremblements de terre de 2010 et de 2011, met en valeur l’héritage de la tribu maorie des Nghai Tahus. À Auckland, on s’est basé sur le manuel de design Maori Te Oro pour réaliser des projets, dont le centre culturel Te Oro.

Un projet pourrait bénéficier des cinq principes élaborés dans ce guide de design autochtone, dont un principe d’autorité et de consultation, et devenir une première référence. Cette idée de logement social pourrait se concrétiser à Verdun d’ici quelques années.

« La pérennité de ces projets va passer par leur réflexion approfondie, collée à nos réalités, à nos valeurs; donc il nous faut un guide du design pour orienter un grand plan communautaire du développement des grands chantiers autochtones », conclut Philippe Meilleur.

 

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