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Dany Laferrière appuie le vote de l'Académie française contre l'écriture inclusive

Dany Laferrière tenant son épée d'apparat de l'Académie française

Dany Laferrière tenant son épée d'apparat de l'Académie française

Photo : Reuters/Charles Platiau

Radio-Canada

Dany Laferrière, le seul académicien québécois, était présent lorsque l'Académie française a adopté à l'unanimité sa position, dévoilée jeudi, sur l'écriture inclusive, que l'institution considère comme un « péril mortel » pour la langue française.

Un texte de Cécile Gladel

Dany Laferrière a décliné la demande d'entrevue de Radio-Canada par la voix de son attachée de presse, qui nous a assurés que le communiqué de presse de l'Académie représentait les idées de l'écrivain.

Jeudi, dans une déclaration adoptée à l'unanimité, l'Académie française a lancé une mise en garde contre l'écriture inclusive, parlant même de « péril mortel » pour la langue française.

Des gens circulent devant l'Académie française, à ParisAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'Académie française, à Paris

Photo : Getty Images / LIONEL BONAVENTURE

Une position que partage Guy Bertrand, premier conseiller linguistique à Radio-Canada, mais qui n'est pas d'accord avec le constat de l'Académie. « L'opinion de l'Académie n'a jamais pesé lourd. Les académiciens ne sont pas des linguistes. »

Si Guy Bertrand n'est pas d'accord avec l'écriture inclusive, en particulier quand on utilise des formes tronquées pour inclure le féminin avec des points, il souligne qu'on peut féminiser, dans certains cas, quand la majorité des personnes sont des femmes. Par exemple, il y a quelques années, il donnait une conférence devant un grand groupe composé de moins de 10 % d'hommes : « J'ai parlé au féminin tout le temps. »

Le premier conseiller linguistique d'ICI Radio-Canada Guy BertrandAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le premier conseiller linguistique d'ICI Radio-Canada Guy Bertrand

Photo : Radio-Canada / Louis-André Bertrand

L'Office québécois de la langue française ne préconise pas l'écriture inclusive où l'on use de formes tronquées, mais l'écriture épicène, c'est-à-dire la plus neutre possible, et qui est une forme d'écriture inclusive. « De manière générale, il y a consensus sur les règles de base de la féminisation des textes. Des sujets précis portent parfois à débat, dont les formes tronquées, soit l’utilisation de parenthèses, de barres obliques, de points, par exemple, pour marquer le féminin », a répondu par courriel le porte-parole de l'OQLF, Jean-Pierre Le Blanc.

« Pour l’Office, l’emploi de la formulation neutre ou des doublets complets demeure privilégié. Toutefois, l’Office considère que l’utilisation des doublets abrégés (formes tronquées) est acceptable seulement dans les tableaux, les formulaires, les offres d’emploi et les textes publiés dans des plateformes de microblogage, où l’espace est restreint, ainsi que dans les écrits de style télégraphique. Cependant, seules les parenthèses peuvent être employées comme formes tronquées. Quand l’espace le permet, les formes tronquées ne devraient pas être employées, car elles nuisent à la lisibilité. »

L'un des deux coauteurs du livre Grammaire non sexiste de la langue française, l'avocat Michaël Lessard, trouve l'Académie française alarmiste. « On va chercher des mots assez forts, alors que les termes condamnés sont d’usage au Québec et que notre langue n’est pas plus illisible. Je suis étonné par le ton, car on dit qu’on voit mal l’objectif poursuivi [par l'Académie] », explique-t-il lors d'une entrevue téléphonique.

Michaël Lessard souligne qu'actuellement, le français rend les femmes invisibles. Il ajoute que si le masculin doit l’emporter sur le féminin, selon la règle grammaticale, c'est à cause d'une décision historique prise au 17e siècle par des hommes, alors que le masculin était considéré comme noble et supérieur au féminin.

Michaël Lessard explique que, dans le livre qu'il vient de publier avec Suzanne Zaccour, l'objectif est de présenter les différentes solutions possibles pour écrire de manière non sexiste en y soulignant les avantages et les désavantages. « Le point est plus rapide, on utilise moins de mots. Ce qu’on voit apparaître maintenant, c’est le point médiant que l'on veut valoriser dans notre écriture, car les points ont déjà une fonction dans la phrase. Les différentes stratégies se valent. Les parenthèses sont à condamner, car les femmes ne doivent pas être entre parenthèses », ajoute l'auteur.

L'auteur souligne que le livre « donne une panoplie d’outils pour répondre aux critiques de l’Académie ».

D'ailleurs, le livre Grammaire non sexiste de la langue française sera publié au printemps 2018 en France.

La dernière fois que Dany Laferrière a parlé de l'Académie française, c'était la semaine dernière, lors d'une entrevue à la radio française Europe 1. Il soulignait que les académiciens devraient sortir de leur salle parfois.

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