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Catalogne 1930-2017 : le long chemin

L'entrevue de Sébastien Bovet avec Stéphane Beaulac et Daniel Turp
Radio-Canada

La Catalogne a déclaré son indépendance le vendredi 27 octobre 2017, mais ce n'était pas une première. C'était en fait la troisième fois en moins d'une centaine d'années qu'était proclamée la République de la Catalogne. Le gouvernement espagnol ne l'avait cependant jamais entendu ainsi. Résumé, en une trentaine de dates, de la quête parsemée d'embûches des nationalistes catalans.

28 janvier 1930 : démission du dictateur espagnol Primo de Rivera

Le général Miguel Primo de Rivera, qui avait pris le pouvoir à l'occasion d'un coup d'État à Barcelone, le 13 septembre 1923, constate son isolement et sent son éviction proche. Il préfère démissionner. Une nouvelle ère s'amorce en Espagne.

14 avril 1931 : la Catalogne se proclame République

Sans attendre l'adoption de la Constitution espagnole en décembre 1931, la Catalogne, autoproclamée République, tente de se doter d'un statut d'autonomie qui n'est compatible qu'avec un modèle d'État fédéral, et qui ne correspond donc pas à la réalité espagnole. Madrid parvient, au terme de négociations ardues, à ramener ses compétences à des proportions « acceptables » pour le nouvel État central.

9 septembre 1932 : la Catalogne devient une région autonome

Le Parlement espagnol approuve un statut qui accorde pour la première fois l'autonomie politique à la Catalogne. Il fixe les compétences du gouvernement régional.

6 octobre 1934 : proclamation d'indépendance de la Catalogne

Le président du gouvernement autonome de Catalogne, Lluis Companys, proclame un « État catalan dans le cadre d'une République fédérale d'Espagne » inexistante. Dix heures et des dizaines de morts plus tard (entre 46 et 80, selon les historiens), il se rend. Il est arrêté avec son gouvernement et plusieurs députés. Après un exil en Bretagne, il sera fusillé le 15 octobre 1940, sous le régime du dictateur Francisco Franco.

2 janvier 1935 : l'autonomie de la Catalogne suspendue

Les parlementaires espagnols votent pour suspendre indéfiniment le statut d'autonomie de la région. Ses compétences retournent entre les mains de l'État central.

Gros plan d'une photo de Franco que tient une dame espagnole.L'ancien dictateur Francisco Franco a toujours des partisans parmi les Espagnols. Photo : Reuters

17 juillet 1936 au 29 mars 1939 : la guerre civile déchire l'Espagne

Les républicains, orientés à gauche et à l'extrême gauche, s'opposent aux rebelles putschistes de droite et d'extrême droite menés par le général Francisco Franco. Un coup d'État considéré comme un échec technique permet tout de même au général Franco de prendre le pouvoir et d'instaurer une nouvelle dictature.

20 novembre 1975 : Franco meurt

Atteint de la maladie de Parkinson depuis 1969, le dictateur s'éteint. Juan Carlos de Bourbon devient roi d’Espagne peu de temps après. Il écarte les franquistes conservateurs et repositionne le pays sur la voie de la démocratie.

1979 : la Catalogne redevient autonome

La Catalogne et le Pays basque recouvrent leur statut d’autonomie. Le catalan devient la langue officielle dans les mairies et les écoles.

2006 : la Catalogne obtient des pouvoirs accrus

Un statut d'autonomie renouvelé dote la province du nord-est de l'Espagne de pouvoirs accrus sur les questions fiscales et judiciaires, notamment la nomination des juges.

 


28 juin 2010 : des pouvoirs retirés à la Catalogne

La Cour constitutionnelle espagnole annule 14 des 223 articles du statut de juin 2010Plusieurs des articles invalidés sont reliés au système judiciaire. Les magistrats de la Cour estiment en outre que 27 articles devraient être réinterprétés.

10 juillet 2010 : première grande manifestation pour l'indépendance

Plus d'un million de personnes sortent dans la rue en scandant : « Nous sommes une nation, nous décidons! » Les Catalans répondent ainsi à la décision de la Cour constitutionnelle.

11 septembre 2012 : manifestation géante pour l'indépendance

Des centaines de milliers de manifestants défilent dans la rue à Barcelone. Presque toutes les organisations indépendantistes et souverainistes sont rassemblées pour cette manifestation, qui réunit entre 600 000 et 1,5 million de personnes, selon les estimations.

12 décembre 2013 : les indépendantistes catalans s'entendent

Les partis séparatistes de Catalogne s'entendent sur la formulation de deux questions en vue d'un référendum d'autodétermination : « Voulez-vous que la Catalogne soit un État? » et si oui, « Voulez-vous qu'il soit indépendant?  ». Le gouvernement espagnol prévient immédiatement que le scrutin ne pourrait se tenir en raison de son caractère anticonstitutionnel.

21 janvier 2014 : Madrid assure qu'il ne tolérera pas de référendum

En entrevue à la télévision, Mariano Rajoy affirme que tant qu'il sera président du gouvernement d'Espagne, il ne tolérera pas la tenue d'un référendum sur la souveraineté de la Catalogne et que l'indépendance n'aura pas lieu.

25 mars 2014 : le droit à la souveraineté de la Catalogne est invalidé

La Cour constitutionnelle d'Espagne invalide partiellement la proclamation du droit à l'autodétermination de la Catalogne adoptée à l'unanimité par le Parlement régional en janvier 2013. La Cour juge « nul et anticonstitutionnel » le premier point de cette déclaration, selon lequel les habitants de la Catalogne ont le droit d'enfreindre la Constitution espagnole.

11 septembre 2014 : autre manifestation monstre à Barcelone

Près de 2 millions de personnes, selon la mairie de Barcelone, descendent dans les rues de la ville pour réclamer un référendum sur l'indépendance de la Catalogne. Les manifestants soulignent la Diada, la journée nationale de la Catalogne, pour une troisième année de suite. Mais cette année-là, la fête a lieu quelques jours avant un référendum sur l'indépendance de l'Écosse qui galvanise la ferveur des nationalistes catalans.

Artur Mas, alors qu'il était président du gouvernement catalan.Artur Mas en janvier 2016, alors qu'il était président du gouvernement catalan. Photo : Reuters / Albert Gea

27 septembre 2014 : la Catalogne annonce la tenue d'un référendum

Le président du gouvernement catalan, Artur Mas, signe un décret prévoyant la tenue d'un référendum sur l'indépendance le 9 novembre 2014. Le gouvernement espagnol fait savoir qu'il va s'opposer à cette initiative.

29 septembre 2014 : le référendum est suspendu par les tribunaux espagnols

La Cour constitutionnelle espagnole suspend l'organisation du référendum, le temps d'examiner s'il ne viole pas la Constitution du pays. Le gouvernement espagnol avait demandé à la Cour de déclarer illégal le référendum. Or, si la Cour pourrait avoir besoin de plusieurs mois, voire de plusieurs années, avant de se prononcer sur le fond, le fait qu'elle accepte de se saisir de la question entraîne automatiquement la suspension du vote.

13 octobre 2014 : la Catalogne renonce à tenir un référendum

Le président du gouvernement catalan, Artur Mas, admet que la consultation ne pourrait pas être tenue en l'absence de garanties légales, lors d'une réunion houleuse réunissant les partis indépendantistes.

9 novembre 2014 : 80 % des Catalans disent oui lors d'un vote symbolique

Un référendum consultatif a tout de même lieu. « Voulez-vous que la Catalogne soit un État? » et, si oui, « Voulez-vous qu'il soit indépendant? » 1,6 million de Catalans disent oui aux deux questions. En tout, plus de 2 millions de Catalans participent au scrutin sur 5,4 millions d'électeurs potentiels. Le 13 mars 2017, Artur Mas sera condamné à une amende de 36 500 euros pour avoir organisé ce référendum pourtant sans effet, et il lui sera interdit d’exercer toute fonction publique élective pour deux ans.

9 janvier 2016 : les indépendantistes reprennent le pouvoir

Les indépendantistes obtiennent la majorité parlementaire, à Barcelone, ce qui leur permettra de lancer une nouvelle feuille de route avec l'objectif de déclarer l’indépendance dans les 18 mois. Ils ne se soumettront qu’à la loi catalane, disent-ils.

Carles Puigdemont, actuel président du gouvernement catalan. Photo : Reuters / Albert Gea

9 juin 2017 : le référendum prend forme

Le président du gouvernement régional, Carles Puigdemont, annonce qu’un référendum d’autodétermination se tiendra le 1er octobre, malgré l’opposition du gouvernement de Mariano Rajoy. La question : « Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous la forme d’une république? »

6 septembre 2017 : le référendum a l'aval du Parlement catalan

La majorité au Parlement catalan approuve le projet de loi sur le référendum. Celui-ci prévoit que la consultation sera contraignante, peu importe le taux de participation.

7 septembre 2017 : Madrid annonce des poursuites contre le gouvernement indépendantiste

Le procureur général espagnol, Jose Manuel Maza, explique que des poursuites pénales seront déposées contre les dirigeants catalans qui ont permis l'adoption de la loi sur la tenue d'un référendum sur l'indépendance ainsi que contre les membres du gouvernement qui ont convoqué cette consultation populaire en dépit d’une interdiction de la Cour constitutionnelle du pays.

20 septembre 2017 : Madrid fait arrêter des responsables catalans

Quatorze responsables du gouvernement indépendantiste de la Catalogne sont arrêtés, à 11 jours du référendum sur l'autodétermination de la région. Pas moins de 42 lieux, dont six bureaux de l'exécutif catalan, font l'objet de perquisitions, et 9,8 millions de bulletins de vote sont saisis.

1er octobre 2017 : le oui l’emporte

Les Catalans disent oui à 90 % à l'indépendance, selon les chiffres du gouvernement régional, lors d'une journée référendaire tenue dans le chaos, où près de 900 personnes sont blessées lors d'affrontements entre des électeurs et des policiers ayant reçu l'ordre d'empêcher la tenue de la consultation. Quelque 2,26 millions de personnes y prennent part et plus de 2 millions votent en faveur de la séparation, dit le gouvernement catalan. Madrid rejette ce résultat. « Il n'y a pas eu de référendum d'autodétermination en Catalogne », prétend même Mariano Rajoy.

21 octobre 2017 : des sanctions sévères

Mariano Rajoy annonce qu’il va demander au Sénat la destitution du gouvernement catalan. Il invoque l’article 155 de la Constitution espagnole, qui lui permet de mettre sous tutelle une région du pays. Carles Puigdemont dénonce les décisions du gouvernement espagnol visant à prendre le contrôle de l'exécutif catalan. Il y voit une attaque contre les institutions catalanes sans précédent depuis la dictature de Francisco Franco.

27 octobre 2017 : la Catalogne déclare son indépendance

Les députés indépendantistes catalans approuvent une résolution proclamant l'indépendance de la Catalogne. La résolution, présentée par la coalition des partis indépendantistes en matinée au Parlement catalan, est adoptée à 72 votes pour le oui contre 10 pour le non, alors qu’il y a deux votes en blanc et 51 absences. Le Sénat espagnol passe au vote et autorise Mariano Rajoy à mettre la Catalogne en tutelle.

Le premier ministre de l’Espagne, Mariano Rajoy, avant une rencontre à Barcelone, vendredi le 15 septembre 2017Le premier ministre de l’Espagne, Mariano Rajoy, avant une rencontre à Barcelone, vendredi le 15 septembre 2017 Photo : La Presse canadienne / AP Photo/Manu Fernandez

30 octobre 2017 : Puigdemont s’enfuit

Le président destitué de la Catalogne s’enfuit à Bruxelles. Dans la capitale de l’Union européenne, il tient des conférences de presse et appelle au calme en Catalogne. Il se met ainsi à l’abri des forces de l’ordre espagnoles, qui cherchent à l’arrêter pour « rébellion ».

2 novembre 2017 : des ministres en prison

Une juge espagnole ordonne la mise en détention préventive de huit ministres. Elle estime qu’ils pourraient fuir le pays ou détruire des éléments de preuve s’ils étaient relâchés. Ils sont conduits en prison. Ils sont accusés de sédition et de rébellion et risquent des peines maximales de 15 et 30 ans de détention.

3 novembre 2017 : mandat d'arrêt européen contre Puigdemont

Une juge espagnole lance un mandat d'arrêt européen contre Carles Puigdemont. L'homme politique, exilé en Belgique, est accusé de sédition, de rébellion, de désobéissance à l'autorité et de détournement de fonds public.

10 novembre 2017 : la présidente du Parlement catalan détenue puis libérée

Détenue en prison depuis la veille, la présidente indépendantiste du Parlement catalan, Carme Forcadell, sort de prison en versant une caution de 220 000 dollars. La femme de 58 ans accepte notamment de ne pas participer à des activités politiques qui contreviennent à la Constitution espagnole.

4 décembre 2017 : début de la campagne électorale en Catalogne

Alors que Carles Puigdemont lance sa campagne depuis Bruxelles, la justice espagnole libère 6 des 10 dirigeants et militants catalans arrêtés dans la foulée de la déclaration d'indépendance du 27 octobre. Madrid « veut mettre tous les obstacles possibles pour que nous ne puissions pas faire campagne à égalité avec les autres candidats, lance M. Puigdemont. Les électeurs peuvent choisir entre nation et soumission [et] entre les institutions catalanes et les personnages obscurs de Madrid. »

Carles Puigdemont, en vidéoconférence de Bruxelles, participe au lancement de la camapagne électorale en Catalogne. Lancement de la campagne électorale des forces indépendantistes avec, à droite, Carles Puigdemont en vidéoconférence de Bruxelles Photo : Getty Images / PAU BARRENA

5 décembre 2017 : retrait du mandat européen contre Puigdemont

Le plus haut tribunal d’Espagne juge que la confirmation des intentions du président destitué de rentrer en Espagne pour se présenter aux élections catalanes du 21 décembre constitue une garantie suffisante pour retirer le mandat d'arrêt européen délivré contre lui. Les mandats d'arrêt espagnol et international sont cependant maintenus.

 Catalogne : vers une rupture avec l'Espagne?  
Avec les informations de Agence France-Presse, Reuters, Associated Press, et Le Monde

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