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Quand papa tue maman : l'histoire de Dania Nehme

L'étudiante en finances de 22 ans n'a pas pu assister au procès de son père, trop bouleversée par les événements.

L'étudiante en finances de 22 ans n'a pas pu assister au procès de son père, trop bouleversée par les événements.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Depuis son adolescence, Dania Nehme porte le fardeau d'être la « fille dont le père a tué la mère ». Au moment où le jury délibère au procès pour meurtre de son père, au palais de justice de Montréal, elle vit dans la peur qu'il soit déclaré non criminellement responsable pour cause de troubles mentaux.

Un texte de Geneviève Garon

Aucun compliment ne rend Dania Nehme plus heureuse que de se faire dire qu'elle est la copie conforme de sa mère. Sa maman, son « idole », son modèle, celle qui lui a été arrachée à 16 ans.

La Montréalaise Catherine de Boucherville, 44 ans, a été poignardée à mort par son mari, Ahmad Nehme, le matin du 5 juillet 2012, dans la résidence familiale de l'arrondissement de LaSalle.

C'est l'adolescente du couple, Dania, qui a communiqué avec le 911 en entendant les hurlements de sa mère.

« J'ai tellement peur de lui »

L'étudiante en finances de 22 ans attend nerveusement la fin des délibérations du jury, anxieuse à l'idée que son père ait convaincu les jurés qu'il souffrait d'un trouble mental qui l'empêchait de distinguer le bien du mal au moment du meurtre.

Pour elle, il ne fait aucun doute que c'était un meurtre prémédité. Son père était contrôlant et agressif depuis de nombreuses années, selon elle.

« Il m'a fait tellement de menaces que c'est toujours en moi. J'ai tellement peur de lui », confie-t-elle, en pleurs.

Ahmad Nehme Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le procès de Ahmad Nehme pour le meurtre de sa femme est toujours en cours.

Photo : Tribunal

Catherine de Boucherville était victime de violence conjugale depuis de nombreuses années, selon sa fille. Non seulement Ahmad Nehme terrifiait sa femme, mais Dania soutient qu'il la menaçait aussi, de même que son jeune frère autiste.

« Il m'a fait mal toute ma vie, il me fait encore mal aujourd'hui et je suis convaincue qu'il n'a pas terminé ce qu'il tenait à faire », explique la jeune femme.

Un crime d'honneur?

La jeune femme est convaincue que sa mère a été victime d'un crime d'honneur.

« Quelques jours avant le meurtre il m'a dit : ''Dania tu sais, dans l'Islam, une femme qui trompe son mari et une fille qui n'est pas vierge avant le mariage peuvent être tuées.'' Il faisait référence à ma mère et à moi, vu qu'il m'accusait de ne pas être vierge et il accusait ma mère de le tromper », raconte-t-elle.

Aucune référence à la religion n'a été mentionnée aux membres du jury.

Incapable d'assister au procès

Son témoignage au début du procès a été une expérience bouleversante, mais Dania Nehme remercie le tribunal de lui avoir permis de répondre aux questions dans une autre salle pour ne pas être en présence de son père.

L'accusé a tout de même pu la voir sur un écran, ce qui l'a fait frissonner.

De savoir qu'il me voit, ça me tracasse. Je ne trouve pas qu'il a le droit de voir ses enfants grandir, il ne le mérite pas.

Dania Nehme

La jeune femme n'a pas assisté au procès, mais elle s'est informée grâce à ses proches et aux médias.

Elle a été chamboulée par le témoignage d'Ahmad Nehme, qui a affirmé que Catherine de Boucherville le trompait et qu'elle complotait avec des amants pour le tuer. Il a assuré avoir été un bon père de famille et a remis en question que Dania soit sa fille biologique.

« Ça fait beaucoup de peine de voir qu'il continue à mentir et m'accuse de mentir, dit-elle. Il doute même que ce soit moi sa vraie fille! Je trouve ça très blessant et très insultant de voir qu'il me renie de cette façon-ci en public. »

« La violence est inacceptable »

Dania Nehme dénonce toute violence exercée contre « des femmes et des enfants » et souhaite sensibiliser ses pairs afin de prévenir d'autres drames.

La victime, Catherine de Boucherville.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La victime, Catherine de Boucherville.

Photo : soumis par Dania Nehme

« Dès qu'il y a un signe de violence, il faut parler. Il ne faut pas le garder pour soi. Que ce soit un ami, un membre de la famille ou peu importe : il faut en parler avec quelqu'un. »

Trouver la force d'avancer

Au cours des cinq dernières années, Dania Nehme a souffert de dépression, d'anxiété et d'insomnie. Malgré cela, elle s'accroche à ses études universitaires et souhaite rendre sa mère fière.

Ses amies ont lancé une campagne de financement en ligne pour tenter de lui apporter une sécurité financière et réduire son stress. L'initiative sur le site Internet GoFundMe a permis d'amasser près de 3000 $ jusqu'à présent pour Dania et son petit frère.

« Je suis convaincue que ma maman met de bonnes personnes sur mon chemin », affirme la jeune femme, un sourire timide sur les lèvres.

Quatre verdicts possibles

Le jury au procès d'Ahmad Nehme délibère depuis mercredi après-midi. Il doit s'entendre à l'unanimité sur l'un des quatre verdicts suivants : non-responsabilité criminelle, homicide involontaire, meurtre non prémédité et meurtre prémédité.

L'acquittement n'est pas une option, puisque l'homme de 53 ans reconnaît avoir tué son épouse.

Deux psychiatres ont présenté des opinions divergentes lors du procès à savoir si Ahmad Nehme était atteint ou non d'un trouble délirant qui l'empêchait de savoir qu'il commettait un crime en tuant sa femme.

Les délibérations se poursuivent vendredi.

Justice et faits divers