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Accusé d'agression sexuelle par Léa Clermont-Dion, Michel Venne nie tout

Les explications de Jean-Philippe Robillard
Radio-Canada

Le journaliste et fondateur de l'Institut du Nouveau Monde (INM) Michel Venne nie avoir agressé sexuellement la militante féministe Léa Clermont-Dion, qui a annoncé plus tôt avoir porté plainte à la police. Celle-ci soutient que l'agression est survenue en 2008, alors qu'elle avait 17 ans. Elle déplore avoir été persuadée de garder le silence par Lise Payette, qui a démenti les propos de la présumée victime.

J’ai pris connaissance des allégations circulant à mon endroit. Je nie avoir agressé sexuellement Léa Clermont-Dion.

Extrait de la déclaration de Michel Venne sur sa page Facebook

« Puisqu’une plainte aurait été déposée, il est préférable pour le moment de laisser le processus d'enquête suivre son cours. Entre-temps, je suspends mes activités professionnelles et mes collaborations avec les organisations avec lesquelles je suis lié, en particulier l’Institut du Nouveau Monde dont j’ai quitté la direction générale en mars dernier », a-t-il ajouté.

On ignore si des accusations seront portées contre M. Venne. La police devra au préalable mener son enquête.

Devant ces allégations au sujet de son ancien directeur général, l'INM a publié un communiqué indiquant qu'il « suspend sa collaboration avec [Michel Venne] jusqu'à ce que la lumière soit faite sur les faits allégués ».

Dans une publication affichée jeudi sur Facebook, Léa Clermont-Dion indique que les faits se sont produits alors qu’elle travaillait, le temps d’un été, pour l'INM. Elle avait reçu le mandat d’accompagner M. Venne pendant quelques jours, raconte-t-elle, une perspective qui l’avait initialement ravie, car elle l’admirait beaucoup.

Je déchante un peu quand je constate que mon idole est étrange et déplacée. Je déchante tout court quand je me fais agresser.

Léa Clermont-Dion, militante féministe, sur Facebook

« Je quitte mon emploi, bouleversée et cynique. [...] À cause de lui et de sa prédation, j'ai honte, j'ai mal, je suis salie », poursuit-elle.

« Vous comprendrez que je ne raconterai aucun détail relatif à ce qui s’est passé pour ne pas nuire au procès », ajoute-t-elle plus loin.

La rencontre avec Lise Payette

Lise Payette sur le plateau de <i>Tout le monde en parle </i> en 2016Lise Payette sur le plateau de Tout le monde en parle en 2016 Photo : Radio-Canada/Karine Dufour

Ces dernières années, Léa Clermont-Dion avait dévoilé certaines bribes de l'affaire sur différentes tribunes, sans nommer celui qui l’aurait agressée, mais en donnant suffisamment de détails pour que son identité puisse être déduite.

En 2015, elle en a discuté avec l'ancienne chroniqueuse et femme politique Lise Payette, dit-elle, soulignant qu’il s’agissait, comme Michel Venne, d’une de ses « idoles ».

Lise Payette « me dit que j’ai fait du tort à un ami. Cet ami, c’est Michel Venne qui brigue la direction du journal Le Devoir. Par ma faute, il n’aura pas le poste, me dit-elle. J’ai "brisé cet homme, sa famille". Elle me demande de me rétracter, car "après tout, je n’ai pas été violée". Elle me demande de signer une lettre réfutant les faits. Car, à ses dires, je pourrais être poursuivie », relate-t-elle sur Facebook.

« J’ai le vertige. J’obéis. Je signe. Je commets l’erreur. Je réagis comme une proie devant un prédateur, encore », ajoute-t-elle.

« Je suis en état de choc. La première femme à avoir été ministre de la Condition féminine du Québec qui agit de la sorte. C’est juste surréaliste. Je ne peux pas croire », souligne Mme Clermont-Dion, notant un peu plus loin ne pas avoir été surprise quand Mme Payette a, plus tard, pris la défense du défunt cinéaste Claude Jutra, qui faisait l’objet d’allégation de détournement de mineurs.

Puis, alors que le mouvement #MoiAussi est apparu sur les réseaux sociaux, la femme maintenant âgée de 26 ans a décidé de rappeler Lise Payette, raconte-t-elle.

« Je lui explique que je veux me rétracter, car je me suis sentie flouée, intimidée et que cette lettre n’a pas été signée dans un état de consentement réel sous la peur de menaces judiciaires potentielles. […] Où est la lettre? Elle ne sait pas. Venne l’aurait prise », écrit-elle.

On ne connaît pas le contenu de cette lettre, dont Radio-Canada n'a pas pu obtenir copie.

Lise Payette dément et précise qu'elle « n’est pas une amie de Michel Venne »

En fin d’après-midi jeudi, Lise Payette a démenti les propos de Léa Clermont-Dion, dont elle dit avoir « pris connaissance avec surprise ».

Dans un communiqué, Lise Payette écrit avoir rencontré Léa Clermont-Dion « qu’une seule fois », et la discussion, selon elle, a porté sur la « difficulté pour les femmes de porter des accusations et ce à quoi elles s’exposent en général dans ce processus ».

[Lise Payette] comprenait bien la situation et a témoigné de toute la sympathie que cette jeune femme recherchait alors auprès d’elle, comme elle l’a toujours fait avec toutes les victimes d’agression. Elle regrette [que Léa Clermont-Dion] ait pu l’interpréter autrement si tel avait été le cas.

Extrait du communiqué de Lise Payette

Le communiqué explique aussi que Mme Payette « n’est pas une amie de Michel Venne », et qu’elle n’a « jamais été impliquée dans le processus de sélection du directeur du journal Le Devoir ».

Questionnée un peu plus tôt par Le Journal de Montréal, Lise Payette avait pourtant reconnu avoir recommandé à Mme Clermont-Dion de ne pas porter plainte, disant l'avoir fait pour la protéger.

Je trouvais qu’elle était trop jeune et, à mon avis, incapable d’affronter ce qui pouvait arriver. Je ne savais pas ce qui pouvait arriver. On ne l’avait jamais vécu avant maintenant.

Lise Payette dans une entrevue au Journal de Montréal

« Je lui ai donné de l’information pour qu’elle puisse mesurer sa décision. Elle était libre. Mais moi, je lui ai expliqué que ça pouvait avoir des conséquences sur son avenir et sur la façon dont elle allait être traitée par la suite », s'est-elle justifiée auprès du quotidien montréalais.

Lise Payette a rédigé sur Facebook, ces dernières semaines, plusieurs messages en appui aux victimes de délits sexuels.

« Pourquoi les femmes ont-elles du mal à dénoncer? Parce qu'elles savent déjà dans quelle situation elles se placeront en racontant ce qui leur arrive », a notamment écrit lundi l’ancienne ministre.

« Les femmes courageuses qui portent ouvertement le désir profond de toutes les femmes, en font leur combat et en assument les conséquences. Elles méritent toute notre admiration », a-t-elle ajouté mercredi.

Justice et faits divers